EXCLUSIF Congo Guardian : « PoliScoop », un média rwandais au service de la manipulation, démasqué

Une plateforme qui se présente comme un « média indépendant » d’analyse géopolitique dans la région des Grands Lacs vient d’être épinglée pour avoir délibérément déformé les conclusions d’un rapport international afin de servir une narratif favorable au Rwanda et au M23.

En effet, une analyse minutieuse vient de permettre à Congo Guardian d’établir que derrière l’apparence d’un site d’information professionnelle, Poliscoop Media dissimule une opération d’influence sans adresse, sans téléphone et sans entité juridique identifiable.

Le rapport Anthropic détourné

Tout commence par un document. En septembre 2026, la société américaine d’intelligence artificielle Anthropic publie un rapport de renseignement sur les menaces documentant l’usage malveillant de son modèle Claude.

Le rapport identifie en République démocratique du Congo quelques actes dans ce sens. L’opération est attribuée à LKM Company, une société de marketing numérique basée en France.

Mais Anthropic est catégorique : aucune preuve ne permet d’affirmer qu’un gouvernement a commandité cette opération, et l’identité du client n’a pas pu être confirmée indépendamment.

C’est précisément cette nuance que Poliscoop Media a choisi d’effacer. En relayant le rapport, la plateforme a laissé entendre que les éléments concernant la RDC établissaient une implication du gouvernement congolais dans l’opération de désinformation, ce qui est faux.

En transformant une description de positionnement en accusation de commanditaire, Poliscoop fabrique une preuve qui n’existe pas.

Une ligne éditoriale alignée sur Kigali

Cette manipulation n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans une orientation éditoriale d’une remarquable constance, observable dans l’ensemble des publications de Poliscoop Media consacrées au conflit dans l’est de la RDC.

La plateforme critique régulièrement le président Félix Tshisekedi, l’accusant de « détourner l’attention par des accusations externes ». Elle érige la coopération entre Kinshasa et les FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda) en récit central, présentant ces forces comme la continuation politique et militaire du régime ayant perpétré le génocide de 1994 contre les Tutsi au Rwanda.

Elle emploie le terme « libération » pour décrire la prise de Goma par l’AFC/M23, et relaie en détail les activités de renforcement opérationnel de ce mouvement.

Cette ligne coïncide étroitement avec la stratégie informationnelle officielle de Kigali.

Le rapport Anthropic révèle précisément un tel écosystème : des réseaux de faux médias utilisés pour amplifier des positions géopolitiques spécifiques. Poliscoop en est un participant sous couvert de légitimité journalistique.

L’arme de l’invisibilité

Une question simple suffit à mesurer le problème : où se trouve Poliscoop Media ?

Sur la page « Contact » de son site officiel, le champ téléphone est vide. Le champ adresse est vide. Aucune recherche publique ne permet de trouver une adresse de bureau, une entité enregistrée ou une quelconque localisation vérifiable. Seule une adresse e-mail générique — poliscoopmedia@gmail.com — et un compte X (Twitter) sont disponibles.

Un compte X créé en 2020 mais certifié seulement en juin 2025, un site Internet créé en 2026 (pour le besoin de la cause ?), etc., tout donc pour démontrer la clandestinité d’un média dangereux.

Trop de failles pour être le fait d’une simple négligence. Ce n’est pas une négligence. C’est un choix.

Pas d’adresse physique : impossible de demander des comptes. Pas de téléphone : impossible de vérifier. Pas d’information d’enregistrement : l’entité opérationnelle et les sources de financement restent entièrement dissimulées derrière l’enseigne de « média indépendant ».

Une source d’information qui refuse de révéler son identité pratique déjà une manipulation : elle exige la confiance du lecteur tout en refusant toute obligation de transparence.

Conclusion, la stratégie de Poliscoop Media est claire. Emballer un contenu politique pro-rwandais et pro-M23 dans un habillage d’« analyse indépendante ». Construire une fausse légitimité par la citation sélective et déformée de sources faisant autorité, comme le rapport Anthropic. Échapper à tout examen et à toute responsabilité par l’absence totale d’informations institutionnelles.

Quand un « média » refuse de vous dire où il se trouve, qui l’opère et qui le finance, il vous dit déjà une chose : il ne veut pas être trouvé. Et s’il ne veut pas être trouvé, c’est peut-être parce que ce qu’il diffuse ne résisterait pas à la lumière.

Jonas Eugène Kota

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