Ensemble pour la République à feu : Olivier Kamitatu au cœur d’une stratégie d’isolement de Katumbi au Katanga ?

Dans le grand théâtre politique congolais, Olivier Kamitatu Etsou a toujours préféré l’ombre des cabinets stratégiques à la lumière brutale des estrades électorales. Pourtant, c’est bien autour de la figure de cet ancien président de l’Assemblée nationale que se cristallise la plus violente tempête interne de l’histoire d’Ensemble pour la République.

La crise a franchi un palier décisif avec l’intervention directe du directeur de cabinet de Moïse Katumbi après le pavé dans la marre du porte-parole Hervé Diakiese. Dans une tribune publiée à l’occasion du cinquième anniversaire de la disparition de Gabriel Kyungu wa Kumwanza, figure tutélaire de la politique katangaise, Olivier Kamitatu est sorti du silence pour prendre ouvertement la défense de Me Diakiese Kyungu — porte-parole suspendu du parti et fils du défunt leader.

Dénonçant une campagne d’« avilissement » préalable et le non-respect flagrant du principe du contradictoire, Kamitatu a révélé avoir formellement saisi le Directoire national d’un rapport circonstancié pour exiger l’annulation de la sanction.

En prenant acte, « sans s’en accommoder », du maintien de cette mesure et en mettant en garde contre le risque de voir de telles méthodes expéditives frapper d’autres cadres, l’ancien président de l’Assemblée nationale scelle une rupture spectaculaire.

En effet, en se posant en rempart contre l’arbitraire interne, Olivier Kamitatu ne cherche plus l’apaisement : il cristallise son antagonisme avec le premier cercle représenté par Salomon Kalonda SK Della et assume une prise de distance qui, pour de nombreux observateurs, ressemble déjà aux prémices d’un divorce consommé avec Moïse Katumbi.

Une « stratégie d’encerclement » dans le Grand Katanga ?

Dans le contexte politique national actuel marqué par des perspectives de concertations et d’ajustements majeurs autour du dialogue national, la posture d’Olivier Kamitatu répondait à un agenda que certains jugent méthodiquement calculé. En tout cas, les observateurs soutiennent mordicus que l’alignement soudain avec Hervé Diakiese dépasse la simple querelle procédurale : il touche au cœur du dispositif symbolique et régional de Moïse Katumbi.

En instrumentalisant — au sens politique du terme — la mémoire et l’héritage de l’incontournable Gabriel Kyungu wa Kumwanza via son fils, Kamitatu active un levier affectif et sociologique puissant au Katanga. Cette manœuvre s’inscrit, selon plusieurs analystes, dans une tentative globale de fragilisation du leadership du « Chairman » dans son propre fief :

* L’axe des héritiers et des déçus : Associer la marque politique des Kamitatu à la mémoire de Kyungu permet de constituer un pôle d’attraction pour tous les cadres katangais marginalisés par le premier cercle du parti.

* La convergence avec le retour de Katebe Katoto : Ce mouvement de tenaille rappelle la récente réapparition sur la scène katangaise de Raphael Soriano Katebe Katoto, grand frère de Moïse Katumbi. Analysé à l’époque comme une tentative de disputer à Katumbi son hégémonie familiale et politique dans le Katanga, ce retour croise aujourd’hui l’offensive d’Olivier Kamitatu.

* Un encerclement méthodique : Entre contestation de la légitimité interne, réactivation des réseaux libéraux et grignotage des symboles katangais, Moïse Katumbi se retrouve sous la menace d’un isolement stratégique, risquant d’être mis en minorité dans sa propre base avant même l’ouverture des négociations nationales.

Le pur produit d’une culture du pouvoir et du pragmatisme d’alliance

Pour comprendre le rôle que jouerait Kamitatu dans cette crise, il faut remonter le fil d’une trajectoire marquée par une science consommée du rapport de forces et du timing politique. Loin d’être un simple exécutant de l’appareil katangais, le diplomate en chef de Katumbi possède une culture politique forgée au plus haut niveau de l’État :

* L’école de la négociation (2002-2006) : Ancien secrétaire général du Mouvement de Libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba, il est propulsé au fauteuil de président de l’Assemblée nationale sous la transition « 1+4 ». Il y acquiert une maîtrise inégalée des arcanes institutionnelles et un vaste réseau diplomatique.

* Le choix de la souveraineté partisane (2006) : En rupture avec le MLC, il fonde l’Alliance pour le Renouveau du Congo (ARC). Un parti libéral-centriste avec lequel il intègre l’Alliance de la Majorité Présidentielle (AMP) de Joseph Kabila, avant de former le courant du Centre Libéral Progressiste (CLP) pour résister à l’hégémonie du PPRD.

* Le dynamiteur du système (2015) : C’est encore lui, avec les ténors du « G7 », qui claque la porte du pouvoir kabiliste en 2015 pour refuser le glissement électoral et offrir à Moïse Katumbi une plateforme politique à vocation nationale, en mettant entre parenthèse son propre parti politique- ARC.

Un stratège perçu comme un « corps étranger » par les loyalistes

Au sein du premier cercle de Moïse Katumbi, la personnalité de Kamitatu a toujours suscité une forme de rejet instinctif de la part des gardiens du temple. Face à des fidèles historiques comme le sénateur Salomon Kalonda SK Della, garants de l’ancrage régional et sociologique du parti, Olivier Kamitatu incarne une ligne intellectuelle, kinoise et institutionnelle.

En exigeant que le parti se montre « digne de l’héritage de Gabriel Kyungu » en garantissant la justice interne plutôt qu’en imposant le silence, Kamitatu s’attaque directement aux méthodes de gestion de l’entourage immédiat du président.

« Olivier Kamitatu n’a jamais été l’homme d’un seul patron. C’est un homme d’État qui conçoit la politique en termes de rapports d’institutions et non de fidélités personnelles », réagissait récemment un ancien cadre de la majorité sous couvert d’anonymat.

Les scénarios d’une émancipation : la tentation de l’ARC

En actant le blocage des voies de recours internes, l’hypothèse d’une réactivation de l’Alliance pour le Renouveau du Congo (ARC) n’a jamais paru aussi imminente. Avec une structure politique légalement reconnue (le parti n’a jamais été formellement dissout), Olivier Kamitatu dispose d’un bouton d’éjection tout prêt. Un départ définitif d’Ensemble lui permettrait de :

* Redevenir un interlocuteur direct à la table des négociations nationales, au moment où se dessinent les contours d’un éventuel dialogue ou d’un repositionnement de l’opposition;

* Libérer une parole stratégique affranchie des contraintes du camp Katumbi, notamment sur la conduite à tenir face au régime de Félix Tshisekedi;

* Fédérer les cadres victimes de purges internes autour d’un pôle libéral et réformateur refusant le monolithisme.

La charge publique d’Olivier Kamitatu montre qu’il a donc franchi le Rubicon : la question n’est plus de savoir s’il cherche à fléchir Moïse Katumbi, mais bien à quel moment il formalisera la relance de sa propre trajectoire politique.

Dossier à suivre…

Jonas Eugène Kota

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