Ève Bazaiba annonce le lancement d’une campagne permanente de solidarité nationale pour les déplacés et vulnérables

La Ministre d’État, Ministre des Affaires Sociales, Actions Humanitaires et Solidarité Nationale, Ève Bazaiba, a annoncé ce jeudi, lors du briefing de presse animé par le Ministre de la Communication et Médias, le lancement prochain de la Campagne Permanente de Solidarité Nationale.

Placée sous le Haut patronage du Chef de l’État, cette initiative dont le coup d’envoi sera donné par le Président Félix-Antoine Tshisekedi en personne le 25 août 2026, vise à mobiliser l’ensemble de la nation et de la communauté internationale face à la crise humanitaire qui frappe durement la RDC.

« Réveiller les Congolais » : un appel à la solidarité nationale

« Le président de la République lui-même va, dans l’objectif de réveiller les Congolais, pour que nous puissions, au-delà de ce que le gouvernement répond, voir comment ils peuvent contribuer pour soulager la souffrance de certains d’entre nous », a déclaré Ève Bazaiba en introduction de son échange avec les journalistes. La campagne, qui revêt un caractère permanent, vise à « redynamiser, susciter à nouveau l’esprit, la culture d’entraide entre les Congolais », a-t-elle insisté.

Au-delà de la collecte des dons en nature ou en numéraire, l’initiative ambitionne d’« inculquer dans l’âme du Congolais l’amour, le patriotisme, les préoccupations, les soucis de la vie de l’autre », a ajouté la ministre, déplorant que « de plus en plus, les Congolais commencent à devenir plus ou moins indifférents ».

Plus de 15 millions de Congolais en situation de vulnérabilité

S’appuyant sur les données contenues dans les TDR, Ève Bazaiba a dressé un tableau alarmant de la situation humanitaire. La République démocratique du Congo compte aujourd’hui plus de 15 millions de Congolais en situation de vulnérabilité totale, répartis selon trois chocs principaux :

  • 60 % sont victimes de chocs liés aux conflits : « Ça fait trois décennies aujourd’hui que les Congolais vivent cette situation », a-t-elle rappelé, évoquant les conflits d’agression rwandaise et les conflits intercommunautaires.
  • 25 % sont affectés par les épidémies de toutes sortes : Ebola, choléra, Mpox, rougeole et autres.
  • 15 % subissent les aléas climatiques : pluies diluviennes, inondations, éboulements de terre.Selon les données disponibles au début de l’année 2026, le pays compte environ 7,3 millions de personnes déplacées internes, dont plus de 90 % sont concentrées dans l’Est du territoire.

« Ces crises combinées ont engendré des déplacements massifs de populations civiles, contraignant des millions de personnes à abandonner leurs foyers, leurs moyens de subsistance et leurs repères sociaux », souligne le document-cadre.

La Province du Nord-Kivu demeure la plus affectée avec plus de 2,7 millions de déplacés, notamment autour de Goma et Masisi. L’Ituri connaît une instabilité persistante, tandis que le Sud-Kivu, avec le territoire de Kalehe, enregistre un afflux continu de déplacés.

Une réponse gouvernementale face au retrait de l’aide internationale

La Ministre a tenu à souligner le rôle prépondérant du gouvernement dans la réponse humanitaire, dans un contexte marqué par le retrait progressif de l’aide internationale : « Le gouvernement est la seule institution qui prend en charge les crises humanitaires actuellement en République démocratique du Congo », a-t-elle affirmé. Elle a rappelé que l’aide américaine, qui constituait 70 % de l’assistance humanitaire à la RDC, et l’aide britannique, à hauteur de 15 %, ont été suspendues, privant le pays de 85 % de l’aide humanitaire classique.

« Il est tout à fait normal que nous puissions nous prendre en charge pour servir notre peuple », a-t-elle martelé avant de préciser : « Le gouvernement n’a pas dérogé à ses responsabilités, mais en tant que responsable du secteur des affaires sociales, action humanitaire et solidarité nationale, je suis dans le devoir de stimuler, de rendre opérationnel le volet de solidarité nationale ».

Cinq objectifs stratégiques

Pour atteindre son objectif global de mobilisation des ressources, la campagne s’articule autour de cinq objectifs spécifiques, tels que définis dans les TDR :

  1. Sensibiliser l’opinion publique nationale et internationale sur l’ampleur de la crise humanitaire en RDC.
  2. Collecter des contributions financières et matérielles auprès des institutions publiques, entreprises privées, organisations de la société civile, diaspora congolaise et partenaires internationaux.
  3. Renforcer la solidarité nationale et promouvoir les valeurs de cohésion sociale et d’entraide.
  4. Mettre en place un mécanisme transparent de gestion, de suivi et de traçabilité des ressources mobilisées.
  5. Renforcer la visibilité et les missions régaliennes du secteur des Affaires Sociales.

Un dispositif institutionnel structuré et bénévole

La réussite de la campagne repose sur une architecture organisationnelle solide, détaillée dans les TDR. Un Comité de pilotage présidé par la Ministre d’État Ève Bazaiba assurera l’orientation stratégique. Le Secrétariat technique, confié à la Caisse de Solidarité Nationale et de Gestion Humanitaire des Catastrophes (CSN-GHC), jouera le rôle opérationnel central.

« Le rôle de ces comités de pilotage sera de donner les orientations régulièrement, classifier les priorités par rapport au dispatching des dons », a expliqué la Ministre, qui a tenu à souligner que tous les membres travailleront à titre bénévole : « Il n’y aura pas de jetons de présence à devoir signer là-dessus ».

La collecte des dons en numéraire sera gérée par la CSN-GHC, tandis que la Direction Générale de la Solidarité Nationale et Réinsertion s’occupera des dons en nature. Un grand entrepôt, mis à disposition par le Programme Alimentaire Mondial (PAM), servira de centre de stockage.

Des garde-fous pour garantir la transparence

« Nous avons mis des garde-fous », a rassuré Ève Bazaiba. La crédibilité de la campagne repose sur des mécanismes de transparence robustes, conformément aux dispositions des TDR. La publication périodique des fonds collectés, l’audit indépendant et la mise en place d’une plateforme numérique de suivi permettront d’assurer une traçabilité en temps réel des contributions.

Les modalités de gestion seront assurées dans le strict respect des dispositions légales et réglementaires en vigueur en matière de finances publiques.

Une vision au-delà de l’humanitaire : restaurer le lien social

Pour Ève Bazaiba, la campagne dépasse le simple cadre de l’assistance humanitaire. Il s’agit de renforcer « l’amour de la patrie, l’amour entre les patriotes » et de lutter contre le tribalisme et les divisions.

« Ça choque quand même les sensibilités quand nous passons dans la rue, vous voyez un enfant ou une personne avec un handicap en train de mendier. Ça fait mal au cœur », a-t-elle confié, évoquant les veuves, les personnes âgées, les personnes vivant avec handicap, les enfants dits de la rue, les orphelins et les indigents.

Elle a également appelé à un changement des paradigmes, regrettant la disparition des valeurs traditionnelles de partage : « Les gens de mon âge savent que, lorsque nous avions grandi dans les cours communes, une maman qui rentrait du marché avait toujours des beignets à remettre à tous les enfants de la communauté. Mais aujourd’hui, cette pratique commence à disparaître ».

« Solidarité nationale dans toutes ses facettes, l’amour du pays dans les quatre points cardinaux de la République démocratique du Congo », a-t-elle conclu.

Yanel Manu

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