12 août 2025 – 12 août 2026, José Mpanda Kabangu totalise une année aux commandes des télécoms de la RDC. En douze mois, le sémillant ministre aura tenté de faire sortir les Postes, Télécommunications et Numérique de la torpeur qui les avait longtemps enfermés. Réformes, investissements, connectivité rurale, relance de la Poste et retour de la RDC dans les instances internationales : à la tête d’un secteur longtemps marqué par l’immobilisme et le recul diplomatique, le ministre a imprimé un nouveau rythme à une administration stratégique.
Du recouvrement des droits de vote à l’UPU au retour du siège de l’UAT à Kinshasa, des États généraux à la mobilisation de centaines de millions de dollars pour les infrastructures, son premier exercice dessine une ambition : remettre le secteur en mouvement à l’intérieur et rendre à la RDC une voix à l’extérieur. Reste désormais à transformer cette accélération institutionnelle en réseaux déployés, en territoires connectés et en bénéfices économiques tangibles pour les Congolais.
Bilan et perspectives par Jonas Eugène Kota
Dans un pays comme la RDC où l’immensité du territoire demeure l’un des principaux obstacles à la circulation des données, la transformation numérique ne relève plus seulement d’un choix technologique. Elle touche désormais à la compétitivité de l’économie, à l’accès aux services publics, à l’inclusion financière et, plus largement, à la capacité de l’État à rapprocher ses institutions de ses citoyens.
De même, pour un pays où des pans entiers du territoire restent encore insuffisamment connectés, la bataille se joue autant dans les réseaux que dans les réformes qui doivent les rendre viables.
À l’heure où la RDC cherche à accélérer cette mutation, le ministère des Postes, Télécommunications et Numérique se trouve au cœur d’un vaste chantier. Infrastructures, réglementation, financement, connectivité rurale, avenir de la Poste et représentation du pays dans les grandes organisations internationales : rarement le secteur aura concentré autant d’enjeux à la fois économiques, technologiques et diplomatiques.
C’est dans ce contexte que s’achève la première année de José Mpanda Kabangu à la tête du ministère, au sein du gouvernement Suminwa II. Douze mois au cours desquels plusieurs dossiers longtemps annoncés ou demeurés en suspens ont connu des avancées, tandis que de nouveaux projets d’infrastructures et de financement ont été engagés.
Les visages d’une année dense
Le bilan présente ainsi deux visages. Le premier est celui d’une activité diplomatique particulièrement soutenue, avec le retour de la RDC dans les instances décisionnelles de l’Union postale universelle (UPU) et le rapatriement à Kinshasa du siège de l’Union africaine des télécommunications (UAT). Le second, moins spectaculaire mais potentiellement plus déterminant pour l’économie congolaise, concerne la remise en ordre du secteur national et la mobilisation d’investissements destinés à densifier les réseaux.
Au-delà de cette succession de dossiers, une caractéristique se dégage : José Mpanda aura cherché, dès sa prise de fonctions, à rompre avec une forme d’immobilisme qui avait fini par enfermer le secteur dans la gestion courante. Son approche a consisté à remettre simultanément en mouvement les leviers nationaux et internationaux, en faisant de la réforme administrative, de l’investissement et de la diplomatie sectorielle les trois ressorts d’une même stratégie.
L’enjeu est considérable. Avec un taux de pénétration de l’internet estimé à 43 % au premier trimestre 2026, selon les données de l’Autorité de régulation de la poste et des télécommunications du Congo (ARPTC) reprises dans le bilan sectoriel, la RDC reste loin d’avoir achevé sa révolution numérique.
La téléphonie mobile atteint 66 %, contre seulement 0,7 % pour le réseau fixe, tandis que le mobile money se situe à 30,4 %.
Derrière ces chiffres se cache une réalité géographique : dans un pays de plus de 2,3 millions de kilomètres carrés, la connexion reste très inégalement répartie.
C’est précisément sur cette fracture que le ministère a concentré une partie de son action.
Des capitaux pour sortir des zones blanches
L’un des signaux les plus récents de cette nouvelle dynamique est venu du financement accordé à Eastcastle Infrastructure DRC. La société a obtenu un prêt de 32,8 millions de dollars de l’Emerging Africa & Asia Infrastructure Fund (EAAIF), géré par Ninety One dans le cadre du groupe PIDG, pour financer le déploiement de 728 nouveaux pylônes à travers le pays.
L’opération ne constitue pas un financement public direct, mais elle témoigne de la volonté des autorités de créer un environnement permettant au capital privé de prendre une part plus importante dans l’extension des infrastructures passives.
Le modèle de partage des pylônes entre opérateurs doit notamment permettre de limiter la duplication des infrastructures et de réduire les coûts de déploiement dans les zones rurales et périurbaines.
Pour un marché comme celui de la RDC, où l’extension du réseau se heurte autant aux distances qu’au coût des infrastructures, ce type de financement peut constituer un accélérateur. Encore faudra-t-il que les pylônes annoncés soient effectivement construits au rythme prévu et atteignent les territoires où le déficit de couverture est le plus important.
Les États généraux comme point de bascule
L’autre chantier majeur de cette première année aura été la tenue, du 27 au 29 avril à Kinshasa, des premiers États généraux des Postes et Télécommunications. Sous le patronage du président Félix Tshisekedi, les assises ont réuni les principaux acteurs publics et privés du secteur et débouché sur une centaine de recommandations.
L’ambition était de sortir d’un cadre réglementaire jugé dispersé et parfois inadapté à l’évolution technologique. Fiscalité, régulation, qualité des services, connectivité des 145 territoires, développement du secteur postal et attractivité des investissements figuraient parmi les principaux dossiers.
Sur le plan managérial, la tenue de ces assises constitue l’un des marqueurs du changement de rythme imprimé au ministère. Il ne s’agissait plus seulement de administrer un secteur en difficulté, mais de réunir autour d’une même table ses différents acteurs, de poser un diagnostic commun et de fixer un cap.
Dans une administration où plusieurs réformes étaient restées longtemps à l’état de projets, cette capacité à faire converger les acteurs autour d’un agenda commun constitue en elle-même un acquis politique.
Le véritable test est désormais celui de l’exécution. À la suite des États généraux, le président Tshisekedi a demandé que les recommandations soient transformées en une feuille de route stratégique reposant sur des projets hiérarchisés, financés et suivis. José Mpanda a, dans cette logique, lancé le « Dialogue public-privé », destiné à faire passer le secteur « des recommandations aux réformes, des réformes aux projets, des projets aux financements et des financements aux résultats ».
Cette séquence est importante : elle marque le passage d’une logique de diagnostic à une logique de mise en œuvre. Elle sera aussi l’un des principaux critères permettant de juger le bilan du ministère au-delà de sa première année.
Le FDSU au service des territoires oubliés
La connectivité rurale constitue l’un des autres dossiers structurants. Le ministère affirme avoir obtenu le recouvrement effectif de 50 % des redevances destinées au Fonds de développement du service universel (FDSU), dont la vocation est précisément de financer l’accès aux télécommunications dans les zones insuffisamment desservies.
Le lancement, en mai, d’une première station télécom et d’un centre communautaire de télé-développement à Nkamba, dans le Kongo-Central, financés sur fonds publics, illustre cette volonté d’intervention directe de l’État.
L’expérience reste toutefois à changer d’échelle. Connecter un site pilote ne suffit pas à résoudre la fracture numérique d’un pays de 145 territoires.
Le véritable enjeu sera donc de transformer ces premières réalisations en un programme durable de couverture des zones rurales, en combinant fibre optique, infrastructures hertziennes et solutions satellitaires lorsque les contraintes géographiques l’imposent.
La fibre comme nouvelle colonne vertébrale
Cette stratégie d’infrastructure s’accompagne d’une offensive plus large autour de la fibre optique. Le Projet de transformation numérique, financé à hauteur de 500 millions de dollars par la Banque mondiale, dont 100 millions d’euros apportés par l’Agence française de développement, prévoit notamment le déploiement d’environ 10.000 kilomètres de fibre et la construction d’infrastructures complémentaires.
Le ministère a parallèlement engagé la mobilisation précoce du marché en vue des futurs appels d’offres pour la construction et l’exploitation de réseaux de référence. L’objectif est d’attirer les opérateurs et investisseurs suffisamment en amont afin de sécuriser les conditions techniques, financières et contractuelles du projet.
À cela s’ajoute le mémorandum d’entente conclu en juin avec la société chinoise Genew Technologies pour le déploiement d’environ 1.700 kilomètres de fibre sur le lit du fleuve Congo, de Muanda à Kisangani, auxquels doivent s’ajouter près de 400 kilomètres de raccordements terrestres.
Pris ensemble, ces projets et tant d’autres dessinent une ambition : construire une dorsale nationale capable de transporter les données entre les provinces, de réduire les coûts de transmission et de créer les conditions de développement des centres de données, du cloud et des plateformes numériques nationales.
La Poste, l’autre chantier de la réforme
Dans un ministère désormais largement associé au numérique, José Mpanda n’a pas laissé le secteur postal au second plan. Le patrimoine de la Société congolaise des postes et télécommunications (SCPT) fait l’objet de procédures destinées à lutter contre les occupations et les spoliations, tandis que les études relatives à la relance de la Banque postale ont été réactivées.
Cette volonté de remettre la Poste dans l’agenda économique mérite d’être soulignée. Longtemps relégué au rang de patrimoine administratif vieillissant, le secteur postal retrouve progressivement une place dans la réflexion sur l’inclusion financière et les services publics.
Le fait de rouvrir le dossier de la Banque postale et de s’attaquer parallèlement à la protection du patrimoine de la SCPT traduit la volonté du ministre de ne pas laisser disparaître un pan entier du secteur sous le poids des années d’inaction. L’objectif est de transformer le vaste réseau postal historique en un outil d’inclusion financière et de services publics numériques.
Là encore, le chantier reste ouvert : la restructuration financière de la SCPT, la modernisation des agences et la définition d’un modèle économique viable constituent encore des étapes indispensables avant de pouvoir parler de renaissance du secteur postal.
Kinshasa retrouve une voix dans les instances internationales
C’est cependant sur le terrain diplomatique que le bilan de cette première année apparaît le plus immédiatement visible. La RDC a recouvré son droit de parole et de vote à l’Union postale universelle après plusieurs décennies de privation, à la suite de l’apurement de ses obligations financières.
Pour la RDC’agit pas d’un simple geste administratif : retrouver une capacité de décision au sein d’une organisation mondiale signifie reprendre place dans les discussions qui façonnent l’avenir du secteur postal.
Autre symbole : le retour à Kinshasa du siège de l’Union africaine des télécommunications. Délocalisé à Nairobi après les crises et pillages du début des années 1990, le siège provisoire de l’organisation a été installé à Kinshasa en mai 2026, après l’apurement d’un passif financier évalué à 1,4 million de dollars selon les données du bilan ministériel.
Ces deux dossiers donnent une dimension particulière au bilan de José Mpanda : en quelques mois, un ministère longtemps perçu comme essentiellement technique a retrouvé une visibilité diplomatique qu’il avait progressivement perdue. Et ce retour dans les instances internationales ne relève pas seulement du symbole ; il redonne à la RDC une capacité de représentation et d’influence dans un secteur où se négocient désormais des enjeux de souveraineté, d’investissements et d’accès aux nouvelles technologies.
Le retour de l’UAT constitue donc une victoire diplomatique autant qu’un enjeu de positionnement régional. Il reste désormais à transformer cette présence institutionnelle retrouvée en influence durable dans les politiques africaines des télécommunications.
L’UIT, prochain test diplomatique
La prochaine bataille est déjà engagée. La RDC prépare sa candidature au Conseil d’administration de l’Union internationale des télécommunications (UIT) pour le mandat 2027-2030. Le scrutin doit se tenir en novembre à Doha.
Le ministère a commencé à mobiliser le corps diplomatique autour de cette candidature, qui dépasse la seule question du prestige institutionnel. Une présence au sein de l’organe dirigeant de l’UIT pourrait, pour Kinshasa, renforcer sa capacité à défendre ses intérêts dans les négociations internationales relatives aux infrastructures, au financement numérique et à la réduction de la fracture technologique.
Le gouvernement entend notamment s’appuyer sur cette diplomatie sectorielle pour accompagner la mobilisation de financements évalués à environ 1,5 milliard de dollars sur la période 2026-2030, destinés au développement des infrastructures de télécommunications, de la connectivité rurale, des centres de données, des infrastructures satellitaires et des réseaux à très haut débit.
Un bilan qui demande encore à être confirmé mais déjà prometteur
À l’heure du premier anniversaire de José Mpanda à la tête des PTN, le bilan ne peut donc être réduit à une liste de cérémonies ou d’accords signés. Il révèle plutôt une tentative de repositionnement global du secteur : assainir la gouvernance, restaurer les droits internationaux de la RDC, attirer des financements privés, relancer les infrastructures rurales, préparer une nouvelle génération de réseaux et replacer le numérique au centre de la stratégie économique nationale.
En un an, le mérite principal de cette séquence est peut-être d’avoir replacé un secteur qui paraissait fonctionner au ralenti dans une dynamique de projets, de négociations et de résultats attendus.
En effet, le ministère a simultanément rouvert des dossiers nationaux longtemps laissés en sommeil et réinvesti des espaces internationaux dont la RDC s’était progressivement éloignée.
C’est moins l’accumulation d’annonces que cette remise en mouvement qui constitue le principal marqueur managérial de la première année de José Mpanda, mais l’essentiel reste à venir.
Les 728 pylônes financés par Eastcastle devront sortir de terre. Les milliers de kilomètres de fibre devront être effectivement déployés. Les recommandations des États généraux devront produire des réformes applicables. Le FDSU devra démontrer sa capacité à connecter durablement les territoires les moins rentables.
La SCPT devra retrouver un modèle économique viable. Et la candidature à l’UIT devra franchir l’épreuve du vote.
C’est là que se jouera la véritable mesure de cette première année.
En attendant, José Mpanda a, en douze mois, installé une nouvelle séquence dans le secteur des Postes, Télécommunications et Numérique : celle d’une RDC qui cherche à passer du statut de marché insuffisamment connecté à celui d’acteur capable de construire, financer et défendre ses propres infrastructures numériques. Le pari est désormais engagé.
Sa réussite se mesurera moins aux annonces qu’aux kilomètres de fibre posés, aux territoires effectivement connectés, aux coûts d’accès réduits et, finalement, à la capacité du numérique à produire davantage de croissance et de services pour les Congolais.

