Après Luanda, Nairobi, Doha et la médiation confiée au président togolais Faure Gnassingbé, un nouveau front diplomatique s’est ouvert à Bujumbura où, depuis le 4 juillet, le président burundais Évariste Ndayishimiye, également président en exercice de l’Union africaine, s’est entretenu tour à tour avec des figures de l’opposition congolaise et les responsables des principales confessions religieuses de la République démocratique du Congo afin d’explorer les voies d’une sortie de la crise politique qui secoue le pays.
À la différence des autres processus, essentiellement focalisés sur la guerre dans l’est de la RDC et les tensions entre Kinshasa et Kigali, les consultations engagées dans la capitale burundaise déplacent le centre de gravité des discussions vers les fractures politiques internes, traduisant une conviction de plus en plus partagée au sein des cercles diplomatiques africains selon laquelle aucune stabilisation durable du pays ne pourra être obtenue sans une décrispation du climat politique national.
Les échanges ont réuni des représentants de la coalition de l’opposition C64, notamment Martin Fayulu, Delly Sesanga, Jean-Marc Kabund, Dieudonné Bolengetenge et Franklin Tshiamala, ainsi que les principales confessions religieuses du pays, parmi lesquelles la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), l’Église du Christ au Congo (ECC) et la plateforme des Églises de réveil conduite par l’archevêque Ejiba Yamapia. Le camp de l’ancien président Joseph Kabila, qui a également été invité, a décliné le déplacement, en raison de certaines incohérences qu’il aurait décelées dans la démarche burundaise.
Trois préalables majeures
Au fil des premières consultations, Évariste Ndayishimiye a structuré sa démarche autour de trois orientations qu’il présente comme les conditions indispensables d’une désescalade politique.
La première consiste à privilégier le dialogue plutôt que la confrontation, le chef de l’État burundais estimant que la multiplication des tensions et la radicalisation des positions ne peuvent qu’éloigner les protagonistes d’un compromis politique durable, alors qu’un espace de concertation demeure, selon lui, la seule voie susceptible de restaurer la confiance entre les acteurs.
La deuxième orientation porte sur la préservation de l’unité nationale de la RDC, dans un contexte où les violences persistantes dans l’est, les crispations politiques à Kinshasa et les controverses autour d’une éventuelle réforme constitutionnelle risquent d’alimenter davantage les fractures institutionnelles et territoriales du pays.
Enfin, la troisième orientation défendue par le président burundais repose sur la nécessité de privilégier une solution africaine à la crise congolaise, l’Union africaine devant, selon lui, jouer un rôle moteur en coordination avec les mécanismes déjà engagés dans les cadres de l’EAC, de la SADC ainsi qu’avec les autres initiatives diplomatiques internationales.
Une opposition campée sur la Constitution
Les dirigeants de la coalition C64 affirment être arrivés à Bujumbura avec une position qu’ils qualifient de constante, fondée sur la défense de la Constitution, le rejet de toute révision susceptible de modifier les règles de l’alternance politique, l’organisation d’élections libres et crédibles ainsi que l’ouverture d’un dialogue véritablement inclusif entre toutes les composantes de la vie politique congolaise.
Le porte-parole de la coalition, Prince Epenge, a réaffirmé que la Constitution ne devait faire l’objet d’aucune modification, une position qui demeure au cœur des divergences opposant une partie de l’opposition au pouvoir en place, tandis que la plateforme a décidé de reporter du 8 au 22 juillet la marche qu’elle projetait d’organiser, considérant que les consultations de Bujumbura méritaient d’être conduites jusqu’à leur terme.
Les Églises au cœur de la médiation
La participation de la CENCO, de l’ECC et des autres confessions religieuses confirme une nouvelle fois le rôle central que ces institutions entendent jouer dans la recherche d’une solution politique aux crises congolaises, leur présence apportant au processus une dimension morale et sociale alors même que la confiance entre les principaux acteurs politiques demeure profondément fragilisée.
En réunissant autour d’une même table les principales figures de l’opposition et les responsables religieux congolais, Évariste Ndayishimiye cherche ainsi à replacer l’Union africaine au cœur de la recherche d’une solution politique à la crise congolaise, même si l’efficacité de cette nouvelle médiation dépendra autant de sa capacité à associer l’ensemble des acteurs concernés que de son articulation avec les multiples initiatives diplomatiques déjà en cours dans la région des Grands Lacs.

