On en sait un peu plus sur les motivations à la base de la décision d’un groupe d’abbés de l’archidiocèse de Kananga d’entrer en contradiction avec la CENCO autour de la déclaration de cet organe faîtier de l’Église catholique en RDC concernant le projet de réforme constitutionnelle.
Les informations parvenues à Congo Guardian indiquent, en effet, qu’il s’agit d’une démarche foncièrement politique menée sous la houlette de l’abbé Banyingela Kasonga, un personnage bien connu du clergé de Kananga pour avoir déjà été en contradiction avec sa hiérarchie et avec le droit canonique en ayant postulé à l’élection présidentielle de 2006.
Cette révélation éclaire d’un jour nouveau la publication de la « mise au point » par laquelle un groupe de prêtres de l’archidiocèse de Kananga tente de relativiser, voire de contredire, la position officiellement exprimée par la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), laquelle a clairement estimé qu’il n’existe aujourd’hui « ni urgence, ni opportunité, ni nécessité » de modifier la Constitution.
Un précédent lourd de sens
Le nom de l’abbé Banyingela Kasonga n’est pas inconnu dans l’histoire récente de l’Église catholique congolaise.Lors des premières élections pluralistes organisées en 2006, ce prêtre de l’archidiocèse de Kananga avait créé la surprise en déposant sa candidature à l’élection présidentielle, au mépris des prescriptions du droit canonique qui interdisent aux membres du clergé de briguer des fonctions politiques impliquant l’exercice du pouvoir civil.
À l’époque, cette candidature avait suscité une réaction ferme de la hiérarchie catholique. Le président de la CENCO d’alors, le cardinal Laurent Monsengwo Pasinya, avait rappelé publiquement que les prêtres, les évêques et les religieux ne peuvent pas être candidats à des mandats politiques actifs, cette interdiction découlant directement du droit canonique, qui exige du clergé une neutralité institutionnelle dans l’exercice du pouvoir politique.
Une suspension pour désobéissance
Face au refus de retirer sa candidature, l’autorité ecclésiastique avait engagé une procédure disciplinaire. Sous l’autorité de l’archevêque métropolitain de Kananga de l’époque, Mgr Madila, l’abbé Banyingela Kasonga avait été suspendu de ses fonctions sacerdotales. Cette mesure canonique, appelée suspense, prive un prêtre de l’exercice public de son ministère, notamment de la célébration des sacrements et de toute fonction officielle dans l’Église.
En prononçant cette sanction, Mgr Madila appliquait la discipline de l’Église catholique rappelée avec fermeté par le président de la CENCO d’alors, le cardinal Laurent Monsengwo Pasinya, selon laquelle un membre du clergé ne peut briguer une fonction politique élective sans se mettre en contradiction avec les prescriptions du droit canonique. Cette décision mettait un terme à un bras de fer entre le prêtre et sa hiérarchie, laquelle considérait sa candidature à l’élection présidentielle comme incompatible avec les obligations attachées à l’état clérical.
Une continuité plutôt qu’un simple désaccord
Vingt ans plus tard, l’abbé Banyingela, selon nos sources, aurait donc pris la tête de la fronde anti CENCO. Plusieurs observateurs voient en effet dans la « mise au point » publiée à Kananga moins un débat théologique qu’une prolongation d’un engagement politique ancien.
Le document ne se limite pas à défendre le principe abstrait de la révision constitutionnelle. Il entreprend de réinterpréter la déclaration officielle de la CENCO en soutenant qu’elle ne s’opposerait pas, en réalité, à un changement de la Constitution, alors même que le texte adopté par les évêques affirme explicitement l’absence d’urgence, d’opportunité et de nécessité d’une telle réforme.
Cette démarche dépasse donc le cadre d’une simple opinion personnelle et traduit la volonté d’opposer une lecture politique à une position institutionnelle de l’épiscopat congolais.
Et l’autre singularité de cette initiative réside dans son origine. La déclaration contestée porte notamment la signature de l’archevêque métropolitain de Kananga, Mgr Félicien Ntambue Kasembe, membre de la CENCO.
Autrement dit, les prêtres signataires de la « mise au point » ne s’opposent pas seulement à une déclaration nationale de la conférence épiscopale ; ils proposent également une interprétation différente de celle adoptée par leur propre archevêque.
Pour plusieurs spécialistes du fonctionnement de l’Église catholique, une telle démarche ne produit aucun effet institutionnel. En l’absence d’un mandat officiel, des prêtres ne peuvent ni corriger, ni réinterpréter officiellement une déclaration de la CENCO, encore moins parler au nom de leur archidiocèse contre la position exprimée par son archevêque.
La présence, au cœur de cette initiative, d’un prêtre dont le parcours est marqué par une ancienne candidature à la magistrature suprême nourrit les interrogations sur la nature réelle de cette mobilisation. Pourtant clairement les indications d’une démarche partisane, cette trajectoire explique pourquoi certains voient dans cette « mise au point » non pas un simple débat interne à l’Église, mais l’expression d’un activisme politique porté par une personnalité qui, par le passé, avait déjà choisi de franchir la frontière que le droit canonique entend précisément maintenir entre le ministère sacerdotal et l’engagement politique partisan.
Congo Guardian

