Plus qu’une qualification sportive, un événement civilisationnel. Plus qu’un retour au Mondial, le signe d’un réveil national. Dans une nouvelle tribune audiovisuelle d’une rare densité intellectuelle, l’ambassadeur itinérant du Chef de l’État, Antoine Ghonda Mangalibi, livre une lecture magistrale du retour des Léopards en phase finale de la Coupe du monde, cinquante-deux ans après l’épopée de 1974. Une réflexion où se croisent histoire, mythologie, géopolitique, culture et patriotisme, jusqu’à faire du football le miroir d’une nation qui retrouve foi en son destin.
Il est des analyses qui dépassent le commentaire de l’actualité pour entrer dans le domaine de la pensée. Depuis plusieurs années, les tribunes audiovisuelles d’Antoine Ghonda se sont imposées comme un exercice singulier dans l’espace public congolais : ni simple chronique politique, ni conférence académique, ni discours officiel.
Elles constituent un genre à part entière où l’histoire dialogue avec la littérature, où la mémoire éclaire le présent et où la réflexion stratégique épouse une prose souvent empreinte de poésie.
Sa dernière intervention consacrée aux Léopards de la RDC n’échappe pas à cette tradition. Mais cette fois-ci, le sujet dépasse largement le football.
Pour Ghonda, le retour de la RDC en Coupe du monde après cinquante-deux années d’absence constitue l’une des plus puissantes métaphores du réveil national congolais.
Le Léopard comme destin
Tout commence par une interrogation. « Savez-vous ce que signifie réellement le mot Congo ? »
À partir d’une anecdote mettant en scène un historien surnommé « Je connais le Congo », Ghonda déroule un récit fascinant autour de l’étymologie symbolique du mot « Kongo », qu’il associe à l’expression « aller vers le léopard ».
Le léopard n’est alors plus seulement l’emblème de l’équipe nationale : Il devient une figure civilisationnelle.
Animal des rois, gardien des lignées souveraines, incarnation de l’autorité légitime, il concentre selon l’orateur ,cinq vertus fondamentales : la solitude, l’intelligence, la force, la prévoyance et la rapidité.
Tout au long de sa démonstration, Antoine Ghonda construit l’idée que le peuple congolais lui-même est engagé dans cette marche ancestrale vers le léopard, autrement dit vers sa propre puissance retrouvée.
1974 : lorsque le Zaïre était au centre du monde
Le moment le plus fort de cette réflexion surgit lorsque l’Ambassadeur itinérant du chef de l’Etat établit un parallèle saisissant entre les Léopards de 1974 et ceux de 2026. Pour lui, la première participation du Zaïre à la Coupe du monde ne fut jamais un simple événement sportif.
Elle constitua un acte politique majeur. Sous le régime du maréchal Mobutu, rappelle-t-il, les Simba furent rebaptisés Léopards dans une démarche qui relevait autant de la symbolique nationale que du sport.
En 1974, le Zaïre devenait la première nation d’Afrique subsaharienne à participer à une Coupe du monde. Cette même année, Kinshasa accueillait le mythique combat entre Muhammad Ali et George Foreman lors du légendaire « Rumble in the Jungle », tandis que des figures mondiales comme James Brown ou Celia Cruz braquaient les projecteurs internationaux sur Kinshasa.
« Le Zaïre était au centre du monde », résume Ghonda.
Le football devenait alors un instrument de prestige national, un vecteur de fierté collective et une affirmation de souveraineté.
Puis vint la chute. Les défaites face à l’Écosse, à la Yougoslavie et au Brésil laissèrent une blessure durable dans l’imaginaire national.
Et pendant plus d’un demi-siècle, malgré le talent de générations successives de joueurs, le rêve mondialiste sembla s’éloigner.
Cinquante-deux ans d’attente puis le retour du Léopard
C’est précisément ici que la lecture de l’Ambassadeur Ghonda prend toute sa puissance.
Selon lui, les Léopards d’aujourd’hui ne sont pas simplement les héritiers de ceux de 1974 : ils sont leur accomplissement différé.
Là où les pionniers avaient ouvert la voie, la génération actuelle referme un cycle historique interrompu depuis plus d’un demi-siècle
À travers une métaphore filée particulièrement réussie, il compare les joueurs congolais aux Argonautes de la mythologie grecque partis à la conquête de la Toison d’or. Comme Jason affrontant les tempêtes pour reprendre son destin en main, les Léopards portent selon lui bien davantage qu’un ballon.
Ils portent une mémoire. Une blessure. Une revanche. Et surtout une promesse.
Félix Tshisekedi, « la main invisible » du réveil
Mais le cœur politique de cette tribune réside ailleurs. Pour Antoine Ghonda, le retour du Congo sur la scène mondiale du football n’est pas seulement le fruit du talent sportif.
Il est aussi celui d’une volonté politique retrouvée. Et cette volonté porte un nom : Félix Tshisekedi.
Dans l’une des séquences les plus remarquées de son intervention, Ghonda évoque ce qu’il appelle « la main invisible qui transforme un rêve en destin ». Cette main, explique-t-il, s’est manifestée au sommet de l’État.
Par sa présence constante auprès de l’équipe nationale, par son implication personnelle dans le suivi des joueurs et de l’encadrement technique, par l’attention qu’il accorde à chaque victoire comme à chaque défaite, le Président de la République aurait redonné au football congolais sa dimension de cause nationale.
« L’œil du maître engraisse la vache », rappelle fort à propos Ghonda en reprenant un proverbe populaire. Car pour lui, la discipline, la confiance et l’ambition seraient revenues grâce à cet accompagnement direct du chef de l’État.
L’image d’un Félix Tshisekedi vêtu de la vareuse des Léopards devient ainsi, dans sa démonstration, celle d’un président cherchant à insuffler à tout un peuple la conviction que le destin n’est pas une fatalité.
Un Congo blessé mais debout
L’une des grandes réussites de cette tribune est d’inscrire le football dans un récit national beaucoup plus vaste.
En effet, alors que l’Est du pays continue de souffrir de la guerre et de l’insécurité, Antoine Ghonda Mangalibi refuse de réduire la RDC à ses tragédies. Il convoque alors la réussite culturelle congolaise contemporaine.
Fally Ipupa remplissant le Stade de France, Gims portant la voix congolaise à travers le monde, Ferre Gola, Dadju, Tayc et bien d’autres deviennent les symboles d’une même dynamique.
« Le Congo blessé reste un Congo debout », martèle-t-il dans cette formule qui résume toute sa pensée.
Antoine Ghonda, passeur de mémoire et architecte du récit national
Au-delà du football lui-même, cette nouvelle tribune confirme la place singulière qu’occupe Antoine Ghonda dans le paysage intellectuel congolais, malgré le fin diplomate et politicien qu’il est également. À une époque dominée par l’instantanéité des réseaux sociaux et la polarisation du débat public, ses interventions offrent un espace rare de mise en perspective.
Elles réhabilitent l’histoire. Elles convoquent les mythes.
Elles relient Lumumba – ce célèbre supporter à la main levée dans les gradins – à Mobutu, Jason aux Léopards, la Toison d’or au destin congolais, le football à la géopolitique. Et ça, il faut être Antoine Ghonda pour l’imaginer
Surtout, son regard rappelle qu’une nation ne se construit pas seulement par les infrastructures ou les institutions, mais aussi par les récits qu’elle se raconte à elle-même. Et c’est peut-être là la contribution la plus précieuse de ces productions intellectuelles : redonner aux Congolais le goût de leur propre grandeur.
Pour preuve : à l’issue de son ovation au Onze national congolais, Antoine Ghonda laisse résonner une image appelée à marquer les esprits : Le léopard, dit-il, a dormi longtemps. Très longtemps.
Mais un léopard qui dort n’est jamais un léopard mort. Il observe. Il attend. Puis il bondit.
Cinquante-deux ans après l’Allemagne de 1974, le rugissement des Léopards se fait à nouveau entendre. Et dans le regard d’Antoine Ghonda, ce rugissement n’est rien de moins que celui du Congo lui-même.
Jonas Eugène Kota

