RDC : Entre journalisme et règlement de comptes, la dérive dangereuse du corporatisme aveugle

Une tribune de Simon Rukengeza/journaliste

Le journalisme en République Démocratique du Congo traverse une crise identitaire profonde qui interpelle. Au cœur de cette tourmente se trouve une confusion totale entre la critique objective et l’attaque systématique de la vie privée, masquée par un corporatisme qui exige une chose et son exact contraire.

Quand la liberté de la presse sert de bouclier pour salir des réputations sans preuves, notre profession perd sa plus précieuse ressource : sa crédibilité.

Le dangereux jeu des clans et de la diffamation

Le rôle premier du chroniqueur culturel est d’analyser les œuvres, de critiquer les performances scéniques et de commenter l’évolution de l’industrie musicale.

Pourtant, le paysage médiatique kinois de la chronique musicale offre de plus en plus le spectacle désolant de professionnels des médias qui choisissent ouvertement un camp musical au détriment d’un autre. Pire encore, au lieu d’évaluer la musique, certains choisissent délibérément de s’attaquer à la vie privée des artistes pour détruire leur image.

Nous l’avons vu récemment avec l’affaire de ces deux confrères qui, après avoir pilonné l’intimité d’une star de la chanson, ont vu ce dernier porter plainte pour diffamation.

La réaction de notre corporation a alors frisé l’incohérence : multiplication de communiqués, pressions médiatiques et menaces à peine voilées pour forcer l’artiste à retirer sa plainte.

Après quelques comparutions à la barre, une solution à l’amiable a finalement été négociée en coulisses, comme le révélait encore un confrère la semaine dernière sur un plateau de télévision.

L’affaire Virginie Manganga : Quand l’injure remplace l’information

Aujourd’hui, les mêmes mécanismes corporatistes se remettent en branle pour défendre une consœur. Virginie Manganga, chroniqueuse musicale sur Antenne A, est actuellement placée sous mandat d’arrêt provisoire et détenue à la prison centrale de Makala à la suite d’une plainte pour diffamation et propagation de fausses informations.

À l’origine de cette arrestation, l’organisation d’un panel sur un réseau social où elle a donné la parole à une dame résidant en Australie, se présentant comme la concubine de l’artiste. Sans apporter la moindre preuve tangible, l’émission s’est muée en un déballage intime visant à humilier publiquement un artiste qui, rappelons-le, vient d’être élevé au rang de Chevalier de l’Ordre National des Léopards par le Chef de l’État.

Au-delà de ce live, un constat s’impose : l’acharnement et les rivalités partisanes l’emportent sur le code de déontologie.

Face à ces dérapages répétés, la justice a été saisie, et la loi suit son cours.

Vouloir une chose et son contraire : Le grand paradoxe des journalistes

C’est ici que l’interpellation de nos confrères devient cruciale. Nous ne pouvons pas, en tant que journalistes, exiger le respect strict de la liberté de la presse d’un côté, et de l’autre, utiliser nos micros et nos pages pour piétiner la dignité d’autrui dans des règlements de comptes qui n’ont rien à voir avec l’intérêt public.

Demander la dépénalisation des délits de presse est un combat noble pour protéger le journalisme d’investigation. Mais faire campagne pour blanchir systématiquement des dérives injurieuses et des diffamations flagrantes relève de l’hypocrisie.

Protéger un confrère ne signifie pas cautionner le lynchage médiatique.

Si nous voulons que le public et les institutions respectent les chevaliers de la plume et du micro, nous devons d’abord respecter notre propre noble métier. Le journalisme n’est pas une arme de destruction massive au service des guerres de positionnement musical.

Revenons aux faits, à la pudeur, à la vérification des sources, et rendons à la presse congolaise ses lettres de noblesse.

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