Quelques jours après avoir marqué les esprits en devenant le premier pays à signer le nouvel Accord international sur le cacao (AIC 2026), la République démocratique du Congo poursuit son offensive diplomatique et économique en faveur de la filière cacaoyère. À Abidjan, le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, a tenu une réunion stratégique avec son homologue ivoirien, Bruno Nabagné Koné, afin de jeter les bases d’une coopération renforcée entre deux producteurs africains aux ambitions croissantes.

Au cœur des échanges : la valorisation de la filière cacao, la professionnalisation des producteurs et le renforcement de la position de l’Afrique dans les chaînes de valeur mondiales d’un secteur qui représente plusieurs dizaines de milliards de dollars de revenus chaque année.
La RDC veut s’inspirer du modèle ivoirien
Premier producteur mondial de cacao, la Côte d’Ivoire est considérée comme une référence continentale en matière d’organisation des producteurs, de structuration des coopératives et de gouvernance de la filière. Pour Kinshasa, l’enjeu consiste désormais à tirer parti de cette expérience afin d’accompagner la montée en puissance rapide de la production congolaise, passée d’environ 41 000 tonnes en 2021 à près de 100 000 tonnes en 2025.
Selon les conclusions de la rencontre, la RDC bénéficiera de l’expertise ivoirienne dans plusieurs domaines stratégiques, notamment l’organisation des coopératives agricoles, l’amélioration de la qualité des productions, les mécanismes de commercialisation et la création de davantage de valeur ajoutée au profit des producteurs locaux.
Construire un front africain du cacao
Au-delà de la coopération bilatérale, les deux pays affichent une ambition plus large : fédérer davantage de producteurs africains autour d’une stratégie commune visant à renforcer le poids du continent dans la gouvernance mondiale du cacao.
Alors que l’Afrique assure l’essentiel de la production mondiale, les principaux centres de fixation des prix et de transformation restent largement situés hors du continent. Face à ce déséquilibre historique, Kinshasa et Abidjan plaident pour une meilleure coordination des pays producteurs et pour une diversification accrue des marchés d’exportation.
L’objectif est de permettre aux États africains de mieux défendre les intérêts des producteurs, d’améliorer les revenus agricoles et d’accroître leur influence dans les négociations commerciales internationales.
Une approche multisectorielle pour transformer la filière
Pour le ministre Julien Paluku, la modernisation de la filière cacao ne peut être portée par un seul ministère. Elle nécessite une mobilisation coordonnée de l’ensemble des secteurs impliqués dans la production et la commercialisation.
« La matérialisation de cette vision passe par une synergie gouvernementale impliquant l’Agriculture, le Développement rural, l’Énergie, l’Industrie, les Finances, l’Économie nationale et le Commerce extérieur », a-t-il souligné au cours des échanges.
Cette approche vise notamment à améliorer la productivité agricole, renforcer les infrastructures de transport et de stockage, faciliter l’accès à l’énergie pour les unités de transformation locale et mettre en place un environnement fiscal favorable à l’investissement dans la filière.
L’après-signature de l’Accord international sur le cacao
La rencontre d’Abidjan s’inscrit dans le prolongement direct de l’adhésion officielle de la RDC à l’Accord international sur le cacao conclu sous l’égide de l’Organisation Internationale du Cacao.
Au cours de l’entretien, Julien Paluku a officiellement informé les autorités ivoiriennes de cette adhésion, présentée par Kinshasa comme une étape majeure dans sa stratégie de conquête des marchés agricoles internationaux.
L’accord, qui entrera en vigueur le 1er octobre 2026, met l’accent sur le revenu décent des producteurs, la traçabilité des chaînes d’approvisionnement et la lutte contre la déforestation. Des exigences que la RDC entend désormais intégrer dans sa politique de développement du cacao afin de garantir un meilleur accès aux marchés mondiaux.
Pour les autorités congolaises, cette coopération avec la Côte d’Ivoire marque le début d’une nouvelle phase : celle d’une filière cacaoyère davantage structurée, compétitive et capable de contribuer à la diversification de l’économie nationale, dans un contexte où le pays cherche à réduire sa dépendance aux exportations minières et à faire de l’agriculture un véritable moteur de croissance.
Albert Osako

