La journée dite de « ville morte » décrétée par l’opposition congolaise pour protester contre un éventuel projet de révision constitutionnelle et l’hypothèse d’un troisième mandat du président Félix Tshisekedi a offert, ce mercredi matin, un visage contrasté à travers la capitale congolaise. Entre axes routiers inhabituellement fluides, écoles désertées, commerces fermés dans certains quartiers et activités maintenues ailleurs, les observations recueillies par plusieurs journalistes et médias entre 5 heures et 11h30, et compilées par Congo Guardian à partir des comptes X des auteurs, dressent le portrait d’une ville fonctionnant à un rythme largement réduit, sans pour autant être totalement paralysée.
Une circulation anormalement fluide sur plusieurs grands axes
L’un des constats les plus récurrents de la matinée concerne la baisse sensible du trafic routier.
Dès 8h30, le journaliste Michael Tshibangu relevait que les routes, habituellement saturées à cette heure, étaient « nettement plus fluides qu’à l’accoutumée », tandis que plusieurs magasins restaient fermés, ce qui, selon lui, témoignait d’« une forte adhésion à l’appel lancé par l’opposition ».
Au même moment, Israël Mutombo, en reportage au Quartier 1 de la Tshangu, observait une situation similaire : les taxis-motos circulaient normalement mais faisaient face à une faible demande de transport.
À 9h32, le média Mbote décrivait une capitale « à deux vitesses », soulignant que la paralysie totale annoncée n’avait pas eu lieu, mais que la circulation était « nettement moins dense que d’habitude » sur plusieurs artères stratégiques, notamment le boulevard du 30 Juin, les Huileries, Kintambo Magasin et le boulevard Lumumba.
Le journaliste Pascal Mulegwa résumait la situation par une image parlante : le boulevard du 30 Juin, habituellement considéré comme le « quartier général » des embouteillages matinaux, apparaissait exceptionnellement dégagé.
À 11h, Actualité.cd rapportait qu’il suffisait d’environ dix minutes pour parcourir la distance entre la 1ère et la 18ème rue de Limete, un temps de trajet inhabituellement court pour ce secteur réputé congestionné.
Des écoles fortement affectées, même celle de l’USN Steve Mbikayi
Le secteur de l’enseignement semble avoir été parmi les plus touchés.
Selon la journaliste Grâce Shako, plusieurs établissements catholiques de Kalamu, notamment Monseigneur Moke, Sainte-Marie Goretti et Saint-Vincent de Paul, n’ont pas fonctionné normalement. De nombreux parents ont préféré garder leurs enfants à domicile et certains élèves présents ont été renvoyés.
À la Gombe, le Collège Boboto a invité les parents à suivre l’évolution de la situation, privilégiant la sécurité des élèves.
À 9h, le média Ouragan signalait également des auditoires pratiquement vides à l’UNISIC (ancienne IFASIC), où seuls quelques étudiants étaient visibles sur le campus.
À 11h30, Michael Tshibangu relevait par ailleurs que l’école appartenant à l’ancien ministre Steve Mbikayi, située à Ngaliema, était restée fermée.
Des marchés et commerces entre fermeture et fonctionnement normal
Le comportement des opérateurs économiques a varié selon les quartiers.
À 9h, le journaliste Baelenge Irenge constatait que le marché Gambela, l’un des principaux centres commerciaux de Kinshasa, n’avait pas ouvert ses portes, ce qu’il interprétait comme un signe d’adhésion importante à l’appel de l’opposition.
Plusieurs reporters ont également signalé des boutiques fermées dans différents secteurs de la ville, notamment à Lemba, Kalamu et sur plusieurs axes du centre-ville.
Toutefois, d’autres marchés ont continué à fonctionner.
À 10h38, le journaliste Patrick Lokala rapportait depuis le marché du rond-point Ngaba qu’il n’y avait « pas de ville morte » dans ce secteur.
Même constat à Masina où l’ACP a recueilli le témoignage de Jean Kilolo, chef du personnel du Marché Urbain de la Liberté Mzee Laurent-Désiré Kabila. Selon lui, « les travailleurs ont répondu massivement à leur lieu de service et les commerçants aussi sont là », estimant que l’appel de l’opposition n’avait pas trouvé d’écho dans ce marché.
À Limete, Yves Buya observait dès 9h23 que les supermarchés, restaurants, agences de voyages et boutiques de la 7e Rue fonctionnaient normalement.
Une capitale aux visages multiples
Dans plusieurs quartiers, les témoignages traduisent une réalité nuancée.
Au croisement des avenues des Huileries et Tabu Ley, près de la paroisse Notre-Dame de Fatima, Ouragan décrivait à 9h une ambiance rappelant « un jour férié ».
À 10h, le journaliste Edmond Izuba signalait une circulation timide au rond-point des Huileries.
À Lemba, Israël Mutombo, s’exprimant de l’étranger sur son compte X, constatait à 9h28 une circulation réduite et quelques boutiques fermées, tandis que les supermarchés restaient ouverts.
Sur l’avenue Elengesa, Actualité.cd rapportait une circulation réduite, sans embouteillages, mais avec des commerces ayant ouvert leurs portes.
À 11h20, le média Actu30 notait que plusieurs motards favorables au pouvoir avaient parcouru le boulevard Lumumba afin de démontrer que la ville demeurait active.
Deux lectures opposées de la mobilisation
Comme souvent dans ce type de mouvement politique, les interprétations divergent fortement.
Le média Nouveau Média parle d’une « réussite totale », affirmant que près de 80 % des activités ont tourné au ralenti et que la capitale a pris l’allure d’une « ville-fantôme ».
À l’inverse, certaines vidéos diffusées par Yves Buya depuis Bandalungwa à 10h soutiennent que les Kinois auraient largement ignoré l’appel de l’opposition et que les embouteillages avaient déjà repris.
Mais le même journaliste rapportait une heure plus tard le témoignage d’un habitant affirmant que « le mot d’ordre de l’opposition est bel et bien respecté à la lettre » et décrivait lui-même à 11h20 une ville n’ayant « pas fonctionné comme d’ordinaire ».
Le correspondant Stany Bujakera résume peut-être le mieux cette réalité contrastée. À 10h47, il estimait que la mobilisation avait connu une « adhésion partielle » : circulation réduite sur plusieurs axes, nombreux commerces fermés, mais maintien de certaines activités bancaires et commerciales. Selon lui, « la vie n’était pas totalement paralysée ».
Conclusion : un mot d’ordre globalement suivi, mais sans paralysie totale
À la lumière de l’ensemble des observations recueillies entre 5 heures et 11h30, l’avis dominant qui se dégage des reportages est celui d’une adhésion partielle mais significative à l’appel de l’opposition.
La plupart des journalistes ont relevé une diminution inhabituelle du trafic routier, la fermeture de nombreuses écoles et de plusieurs commerces ainsi qu’une fréquentation réduite des transports publics. Toutefois, plusieurs marchés, boutiques, banques, supermarchés et services sont restés opérationnels dans certains quartiers, empêchant toute qualification de paralysie générale.
En définitive, la journée du 3 juin aura davantage ressemblé à une capitale au ralenti qu’à une ville totalement morte. Si l’opposition ne peut revendiquer une immobilisation complète de Kinshasa, les nombreux indices observés sur le terrain montrent que son mot d’ordre a trouvé un écho réel auprès d’une partie importante de la population, faisant de cette mobilisation l’une des plus visibles enregistrées ces dernières années dans la capitale congolaise.
Une compilation de Congo Guardian

