Une page inédite de l’histoire judiciaire et militaire de la République démocratique du Congo s’ouvre ce jeudi 5 juin devant la Haute Cour militaire. Dix prévenus, parmi lesquels l’ancien chef d’état-major général des Forces armées de la RDC (FARDC), le général d’armée Christian Tshiwewe Songesa, ainsi que plusieurs officiers généraux de haut rang, comparaîtront pour répondre de graves accusations portant notamment sur des faits présumés de complot, de trahison et d’atteinte à la sûreté de l’État.
Selon l’acte d’accusation, les prévenus sont poursuivis pour complot, propagation de faux bruits, apologie du terrorisme, trahison, violation des consignes militaires, désertion à l’étranger, détention illégale d’armes et de munitions de guerre ainsi qu’incitation des militaires à commettre des actes contraires au devoir et à la discipline.
Parmi les personnalités appelées à comparaître figurent le général d’armée Christian Tshiwewe Songesa, ancien chef d’état-major général des FARDC et, jusqu’à son arrestation, conseiller militaire du président de la République Félix Tshisekedi. Considéré comme l’un des officiers les plus influents de sa génération, il avait dirigé l’ensemble de l’appareil militaire congolais avant d’être remplacé lors de la réorganisation du haut commandement en décembre 2024.
Le dossier implique également le général John Numbi Banza Ntambo, ancien inspecteur général de la Police nationale congolaise (PNC) et figure emblématique des services de sécurité sous le régime de l’ancien président Joseph Kabila. Son nom demeure associé à plusieurs épisodes marquants de l’histoire politico-sécuritaire du pays au cours des deux dernières décennies, notamment d’assassinat de l’activiste des droits de l’homme Floribert Chebeya. Pour le moment, John Numbi vit en exil.
Aux côtés de ces deux hauts responsables comparaîtront également le général-major Maurice Nyembo Kufi, le général de brigade Chinyabuuma Kamukinde, le général John Ngoy wa Kabila, connu pour avoir exercé les fonctions d’officier d’ordonnance auprès de l’ancien chef de l’État Joseph Kabila, ainsi que le général John Sangwa Muhemedi.
Les arrestations de plusieurs de ces officiers remontent au mois de janvier 2026, dans un contexte sécuritaire particulièrement tendu marqué par la poursuite du conflit dans l’Est du pays et les préoccupations croissantes des autorités quant à la stabilité des institutions de défense et de sécurité.
Selon des sources sécuritaires, une vaste opération menée par les services de renseignement et de sécurité avait conduit à l’interpellation de plusieurs officiers supérieurs soupçonnés d’entretenir des activités jugées incompatibles avec leurs obligations militaires et susceptibles de porter atteinte à la sûreté nationale.
Le 14 janvier 2026, les généraux Christian Tshiwewe, Maurice Nyembo Kufi, John Ngoy wa Kabila et John Sangwa Muhemedi avaient été transférés devant les instances judiciaires militaires avant d’être écroués à la prison militaire de Ndolo à Kinshasa.
Les autorités judiciaires militaires n’ont toutefois pas encore rendu publics les éléments matériels de preuve sur lesquels reposent les accusations. Le procès qui s’ouvre devant la Haute Cour militaire devrait permettre l’examen contradictoire des faits reprochés et des éléments réunis par l’accusation.
L’affaire est perçue comme l’une des plus sensibles de ces dernières années en RDC. Elle intervient dans un contexte de guerre persistante dans l’Est du pays et touche plusieurs personnalités ayant occupé des fonctions stratégiques au sein des institutions militaires et sécuritaires sous différents régimes.

