Politique et fonction publique : Liste de présence ce 3 juin pour contrer la ville morte

À défaut d’empêcher la politique d’entrer dans les bureaux, le gouvernement congolais a choisi de compter les chaises occupées. À la veille de la journée dite de « ville morte » annoncée par certaines composantes de l’opposition pour ce 3 juin, le Vice-Premier ministre en charge de la Fonction publique, Jean-Pierre Lihau, a sorti l’arme administrative ultime : la liste de présence.

Dans une note de service datée du 1er juin 2026 et adressée à tous les secrétaires généraux, inspecteurs généraux et directeurs généraux de l’administration publique, le patron de la Fonction publique rappelle aux agents de l’État qu’ils sont avant tout fonctionnaires avant d’être militants, sympathisants ou simples observateurs des turbulences politiques nationales.

Le message est limpide : le 3 juin, les bureaux doivent être plus remplis que les débats politiques sur les réseaux sociaux.

L’administration appelée à rester « neutre »… et surtout présente

Le document intervient après la circulation de tracts attribués à des groupes de l’opposition appelant les agents publics à participer à une mobilisation politique sous forme de « ville morte » en restant chez eux.

Face à cette perspective, le ministère rappelle un principe souvent cité mais rarement convoqué avec autant d’insistance : l’administration publique est « apolitique, neutre et impartiale », conformément à l’article 193 de la Constitution. Traduction libre dans les couloirs administratifs : les fonctionnaires peuvent avoir des opinions politiques, mais celles-ci sont priées de rester à la maison pendant les heures de bureau.

La note souligne également que les agents publics ne peuvent ni utiliser leur fonction à des fins politiques, ni se prévaloir d’un mot d’ordre partisan pour justifier une absence au travail.

La liste de présence, nouvelle vedette du moment

Mais le véritable héros du document n’est ni la Constitution ni le Code de conduite de l’agent public. C’est la liste de présence.Le ministère exige que chaque service tienne quotidiennement ses registres, que ceux-ci soient correctement remplis, signés, archivés et prêts à survivre à toute inspection.

Mieux encore, les responsables des services devront transmettre des rapports détaillés sur les présences et absences du personnel. Pour les deux premiers trimestres de 2026, ces rapports sont attendus au plus tard le 20 juin.

Une manière élégante de rappeler que, dans l’administration, l’encre d’une signature peut parfois peser plus lourd qu’un slogan politique.

Des inspecteurs sur le terrain

Pour s’assurer que les registres ne deviennent pas de simples œuvres de fiction administrative, Jean-Pierre Lihau annonce le déploiement de missions d’inspection à partir de ce mardi 2 juin dans les services publics.

Autrement dit, la veille de la ville morte, les inspecteurs seront bien vivants.

Les responsables administratifs sont invités à collaborer pleinement avec ces missions et à prendre toutes les mesures nécessaires pour garantir la présence effective des agents.

Entre politique et discipline administrative

Derrière la fermeté du ton, l’enjeu dépasse la simple question des absences. Le gouvernement cherche à démontrer que l’administration demeure opérationnelle malgré les tensions politiques du moment.

L’opposition appelle à la paralysie ; la Fonction publique répond par des tableaux de présence.

L’une mobilise la rue. L’autre mobilise les registres.

Dans cette bataille silencieuse entre mots d’ordre politiques et obligations administratives, le 3 juin pourrait finalement se jouer non pas dans les manifestations ou les déclarations, mais dans un objet aussi banal qu’une feuille de présence posée sur un bureau.

Et pour de nombreux agents de l’État, la question du jour ne sera peut-être pas de savoir qui a raison ou qui a tort, mais simplement : « As-tu signé la liste ? ».

JEK

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