La Coalition Citoyenne pour la Nation (CCN), qui rassemble confessions religieuses et société civile, annonce une « sortie officielle » le 6 juin 2026 à travers toute la République démocratique du Congo. Un appel au sursaut national, à la veille de débats sensibles sur une possible réforme constitutionnelle.
« Le temps de l’indifférence est révolu. » Le ton est martial, presque solennel. Dans un communiqué publié le 18 mai à Kinshasa, la Coalition Citoyenne pour la Nation (CCN) – nouveau venu dans le paysage politique congolais – annonce une « grande sortie officielle » le 6 juin prochain pour briser la léthargie populaire face à une accumulation de crises que l’organisation juge « immenses » – politiques, institutionnelles, sécuritaires, sociales et économiques.
La CCN, qui se définit comme un « vaste cadre patriotique de mobilisation citoyenne et de résistance démocratique », entend peser sur la vie publique à un moment particulièrement sensible où le pays, déjà miné par les violences récurrentes dans l’Est et les tensions politiques, est en proie à des rumeurs persistantes de révision, voire de changement de la Constitution.
Sans surprise, la coalition appelle le peuple congolais à « participer activement au grand débat national sur la réforme constitutionnelle », conditionnant toute évolution institutionnelle au respect de la « volonté souveraine du peuple ».
« Tous les pêcheurs en eaux troubles » dans le viseur
L’initiative se veut fédératrice. Sont conviées « toutes les forces vives de la Nation » : syndicats, associations de femmes et de jeunes, intellectuels, étudiants, opérateurs économiques, diaspora, « et tous les citoyens épris de paix, de justice et de progrès ».
Un langage inclusif, mais sous-tendu par une ligne de fracture : « faire échec à tous les pêcheurs en eaux troubles qui tentent de manipuler, diviser ou affaiblir la Nation congolaise ».
Si le communiqué ne nomme aucun responsable politique ni mouvement particulier, la formule est lourde de sens dans un pays où la défiance entre pouvoir central, oppositions et société civile est chronique. La CCN se présente ainsi comme un contre-feu à l’instrumentalisation des frustrations populaires, tout en se gardant de revendiquer un rôle partisan.
Des religieux aux avant-postes
La composition de la coalition est, en elle-même, un signal. La CCN dit regrouper « les confessions religieuses et la société civile laïque de la RDC dans toute sa diversité ». À sa tête, une figure religieuse : l’archevêque Evariste Ejiba Yamapia, président. À ses côtés, Jonas Tshiombela, vice-président et porte-parole.
Un binôme qui assume l’héritage des grandes mobilisations citoyennes menées par le passé par certaines églises, notamment lors des transitions politiques.
L’annonce tombe alors que la rue congolaise reste marquée par des cycles de répression-conciliation. La CCN promet « des actions citoyennes et patriotiques de grande envergure » d’ici au 6 juin, sans en préciser la nature. Ni mot sur d’éventuelles manifestations, ni mention d’un quelconque agenda revendicatif chiffré.
L’accent est mis sur la symbolique : « Le Congo a besoin d’un peuple debout, conscient, vigilant et mobilisé. »
Un appel qui peut faire tache d’huile – ou s’épuiser
Reste à savoir si cette coalition, encore jeune, parviendra à transcender les clivages régionaux, ethniques et politiques qui ont si souvent torpillé les tentatives d’union nationale. À Kinshasa, les observateurs notent que le choix du 6 juin – une date sans résonance électorale immédiate – pourrait être un test de la capacité réelle d’entraînement de la CCN.
D’ici là, l’appel solennel de l’archevêque Ejiba Yamapia résonne comme un avertissement et une promesse : « Ensemble, construisons une Nation forte, juste, unie et souveraine. »

