Fonction publique : Jean-Pierre Lihau brandit les chiffres d’une “rupture” avec les agents fictifs

Le gouvernement veut convaincre qu’il tient enfin l’un des nerfs les plus sensibles de l’État : la maîtrise de sa fonction publique. Derrière les annonces techniques et les tableaux statistiques présentés lundi 18 mai au Studio Maman Angebi de la RTNC, l’exécutif joue une bataille plus vaste : celle de la crédibilité administrative d’un pays longtemps miné par les doublons, les salaires irréguliers et les effectifs fantômes.

Aux côtés du ministre de la Communication, Patrick Muyaya, ce lundi, le vice-Premier ministre en charge de la Fonction publique, Jean-Pierre Lihau, a présenté un bilan que le gouvernement qualifie d’« historique » : la publication de la revue statistique « La Fonction publique en chiffres », premier document consolidé censé offrir une photographie fiable des agents de l’État congolais.

Au cœur de cette opération, une donnée-clé : après plusieurs campagnes d’identification biométrique et de contrôle menées à travers le pays, les autorités affirment avoir ramené à 677.630 le nombre d’agents publics officiellement certifiés.

Pour le gouvernement, cette étape marque la fin du « pilotage à vue ». « Gouverner sans statistiques fiables, c’est naviguer à vue », a insisté Jean-Pierre Lihau, estimant que la RDC dispose désormais d’un fichier de référence consolidé après plus d’une décennie de collectes et de vérifications.

La traque des “agents fictifs”

Depuis plusieurs années, la réforme de l’administration publique constitue l’un des principaux chantiers de l’État. Les audits successifs avaient mis en évidence l’existence d’agents fictifs, de fonctionnaires décédés continuant à percevoir des salaires, ainsi que des cas de cumul irrégulier de rémunérations.

La biométrisation progressive du personnel apparaît ainsi comme un moyen stratégique pour assainir les finances publiques dans un contexte où la masse salariale de l’État absorbe une part importante des dépenses nationales.

Le VPM Lihau a également mis en avant la régularisation progressive des agents dits « NP » — “non payés” —, ces milliers de fonctionnaires administrativement reconnus mais exclus du circuit salarial officiel. Une situation qui, pendant des années, a nourri frustrations, précarité et soupçons de favoritisme au sein de l’administration.

Rajeunir un appareil d’État vieillissant

Au-delà de l’assainissement du fichier, l’exécutif entend utiliser ces nouvelles données pour restructurer en profondeur la fonction publique. Le gouvernement prévoit notamment de mieux programmer les départs à la retraite et d’ouvrir la voie à de nouveaux recrutements compétitifs destinés aux jeunes diplômés.

L’objectif affiché est double : réduire le vieillissement chronique de l’administration et renforcer les capacités techniques de l’État dans des secteurs stratégiques.

Cette orientation intervient alors que les autorités multiplient les discours sur la modernisation de l’appareil public et la numérisation des services administratifs, dans un pays où l’accès aux services publics reste fortement inégal selon les provinces.

En associant réforme administrative et débat institutionnel, le gouvernement tente ainsi de projeter l’image d’un État en reconstruction, capable à la fois de rationaliser sa gouvernance interne et de répondre aux attentes d’une population confrontée aux défis sociaux, économiques et sécuritaires persistants.

La revue statistique « La Fonction publique en chiffres » est désormais accessible en format numérique sur le portail officiel de la Fonction publique congolaise, que les autorités présentent comme un nouvel outil de transparence et d’aide à la décision publique.

Yan Manu

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