Rocades de Kinshasa : Judith Suminwa met la pression pour livrer le plus grand chantier routier de la capitale dans les délais

À Kinshasa, les embouteillages sont devenus un marqueur quotidien de l’asphyxie urbaine. Des heures perdues dans les bouchons, des axes saturés, une expansion anarchique de la ville et une Route nationale numéro 1 au bord de l’étouffement permanent.

Face à cette réalité, le Gouvernement congolais veut accélérer l’un des projets d’infrastructures les plus ambitieux lancés ces dernières années dans la capitale : les rocades Sud-Est et Sud-Ouest de Kinshasa.

Mardi 12 mai, la Première Ministre Judith Suminwa Tuluka s’est rendue sur plusieurs tronçons de ce vaste chantier routier de 73 kilomètres appelé à transformer durablement la mobilité dans la mégapole congolaise. Objectif : vérifier personnellement l’état réel d’avancement des travaux et maintenir la pression pour une livraison dans les délais prévus.

Évalué à près de 395 millions de dollars dans le cadre du partenariat sino-congolais issu du programme SICOMINES, le projet avait été lancé en juin 2024 sous l’impulsion du président Félix Tshisekedi. Il doit relier l’est et l’ouest de Kinshasa, depuis la commune de Kimbanseke et la zone de l’aéroport international de N’djili jusqu’à Kinsuka Pompage, dans la commune de Ngaliema, en traversant notamment Mitendi et la RN1.

Un périphérique pour désengorger la capitale

Aux côtés du gouverneur de Kinshasa ainsi que de plusieurs membres du Gouvernement, la Cheffe du Gouvernement a parcouru différents sites du chantier, notamment les sections reliant Ndjoku à Mitendi, où se construit un échangeur stratégique destiné à fluidifier les connexions avec la Route nationale numéro 1.

« Il y a presque deux ans, en juin 2024, le Chef de l’État avait lancé les travaux de ces rocades. Il était important pour moi de venir voir personnellement comment les choses évoluent sur le terrain. Nous recevons régulièrement des rapports, mais rien ne remplace le constat de visu », a déclaré Judith Suminwa Tuluka.

Pensées comme un véritable périphérique urbain, les deux rocades doivent permettre de détourner une partie importante du trafic qui converge aujourd’hui vers les axes centraux de Kinshasa. Une réponse structurelle à la congestion chronique qui pénalise aussi bien les déplacements quotidiens que les échanges économiques entre la capitale et les provinces du Kongo Central ou du Grand Bandundu.

Le projet prévoit une route à deux fois deux voies, accompagnée d’importants travaux de terrassement, de stabilisation des sols et de lutte contre les érosions, fléau récurrent dans plusieurs quartiers périphériques de Kinshasa.

« Nous avons vu les travaux de stabilisation, les murs de soutènement ainsi que le tracé de cette future route à deux fois deux voies. Tout cela permettra de fluidifier considérablement la circulation et d’améliorer durablement les conditions de déplacement des Kinois », a insisté la Première Ministre.

Le défi sensible des expropriations

Mais derrière l’avancement technique du chantier subsistent encore plusieurs défis sensibles, notamment la question des expropriations et des indemnisations des populations affectées par le tracé des futures infrastructures. Un dossier particulièrement délicat dans une ville où la pression foncière demeure explosive.

Consciente du risque de ralentissement des travaux, Judith Suminwa a assuré que le Gouvernement entend accélérer les procédures afin de respecter l’échéance fixée pour septembre 2027.

« Le principal défi aujourd’hui reste l’expropriation et l’indemnisation des populations concernées sur certains tronçons. Nous nous sommes entendus avec notre partenaire chinois pour finaliser ces opérations afin de permettre l’achèvement du projet dans les délais prévus », a-t-elle souligné.

Un chantier symbole du partenariat sino-congolais

Au-delà de Kinshasa, l’Exécutif congolais veut faire des rocades un symbole de la nouvelle phase du partenariat sino-congolais renégocié ces derniers mois par les autorités congolaises. Kinshasa entend désormais orienter davantage les financements issus du programme SICOMINES vers les infrastructures structurantes capables de soutenir la connectivité nationale et les grands corridors économiques.

« Les travaux ne concernent pas seulement Kinshasa. Ils s’inscrivent dans une dynamique plus large de connexion des provinces et des grands corridors économiques du pays », a affirmé la Cheffe du Gouvernement.

Dans une capitale de plus de 17 millions d’habitants où la croissance démographique dépasse largement les capacités d’aménagement, les rocades apparaissent désormais comme un test grandeur nature pour la capacité de l’État congolais à concrétiser ses promesses d’infrastructures. Derrière les bulldozers et les échangeurs en construction, c’est aussi la crédibilité du vaste programme de modernisation urbaine voulu par le pouvoir qui se joue.

JEK

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