Alors qu’une nouvelle vague de violences anti-étrangers secoue l’Afrique du Sud à l’occasion du Freedom Day, l’ambassade de la République démocratique du Congo à Pretoria a pris les devants. Dans un communiqué publié le 25 avril, elle a mis en place, à l’intention de ses ressortissants, une série de mesures drastiques : limitation des déplacements, suspension d’activités économiques et mise en place d’une cellule d’urgence, afin de prévenir tout débordement.
L’inquiétude est légitime. À quelques jours des célébrations du Freedom Day (27-29 avril), plusieurs régions d’Afrique du Sud – KwaZulu-Natal, Cap-Occidental, et désormais la province du Gauteng – sont le théâtre de rassemblements à caractère anti-étrangers. Face à cette dégradation du climat sécuritaire, l’ambassade de la RDC a choisi l’anticipation et la protection.
Dans un communiqué publié le 25 avril (N°132.102/00207/ARDC-PTA/04/ALB/2026), elle détaille un ensemble de recommandations destinées à la communauté congolaise, avec un objectif unique : sa sauvegarde.
« Selon des sources concordantes, de nouveaux rassemblements seraient envisagés dans la province du Gauteng du 27 au 29 avril », alerte la représentation diplomatique. Plutôt que d’attendre que l’irréparable se produise, l’ambassade a choisi d’équiper ses ressortissants d’une boîte à outils pratiques pour traverser cette période à risque sans dommage.
Des préconisations de bon sens, au service de tous
Ce que certains pourraient interpréter comme des contraintes n’est en réalité qu’un ensemble de précautions élémentaires. L’ambassade appelle d’abord à la « plus grande vigilance », en évitant les attroupements et les zones identifiées comme sensibles. Une mise en garde qui vise à éloigner les Congolais de potentielles situations de violence.
Elle recommande également de « s’abstenir de toute interaction avec les manifestants » – une précaution logique lorsque l’on sait que les échanges verbaux dégénèrent souvent en agressions physiques lors des poussées xénophobes.
Les déplacements non essentiels sont à limiter pendant les trois jours à risque, et les mesures de sécurité autour des domiciles et lieux d’activités doivent être renforcées.
Loin d’être une interdiction, cette consigne est une invitation à la prudence, comme on le ferait avant une tempête annoncée.
Pour les opérateurs économiques congolais – petits commerçants, restaurateurs ou transporteurs – l’ambassade suggère d’« évaluer la nécessité d’ajuster leurs horaires ou de suspendre temporairement leurs activités ». Un conseil avisé, quand on se souvient qu’en 2019, des dizaines de boutiques tenues par des étrangers avaient été pillées à Johannesburg.
Une diplomatie de proximité et d’écoute
L’ambassade ne se contente pas de diffuser des consignes. Elle se place résolument du côté de ses ressortissants. Les services consulaires restent disponibles pour toute assistance, et une ligne d’urgence a été activée (+27 12 344 6475, ainsi que l’adresse rdcongo@lantic.net). « L’Ambassade demeure en étroite collaboration avec les autorités sud-africaines compétentes pour assurer la protection de nos ressortissants », précise le communiqué », lit-on dans le communiqué.
Une manière de rappeler que la diplomatie congolaise agit en relais des forces de l’ordre locales, et non en remplacement.
Cette approche bienveillante contraste avec les réactions plus défensives observées ailleurs. Le communiqué de L’ambassade congolaise s’achève d’ailleurs par un appel « au calme, au sens de responsabilité et au strict respect des lois de la République d’Afrique du Sud ». Une formule qui n’est pas une injonction, mais une invitation à ne pas aggraver une situation déjà tendue.
Protéger sans enfermer
Derrière ce dispositif, se lit une philosophie claire : protéger la communauté congolaise sans la stigmatiser ni l’enfermer. L’ambassade ne demande pas à ses ressortissants de quitter le pays, ni de se terrer chez eux. Elle leur donne simplement les clés pour naviguer dans un environnement momentanément hostile. En cela, ces mesures sont moins une contrainte qu’un filet de sécurité.
Jonas Eugène Kota

