La République démocratique du Congo est entrée de plain-pied dans la bataille pour le leadership de la Francophonie. À travers une offensive diplomatique assumée, le président Félix Tshisekedi a officiellement lancé, ce jeudi au cours d’une cérémonie à la Cité de l’Union africaine, la campagne de la candidate congolaise, Juliana Lumumba, au poste de secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).
Cette offensive diplomatique s’inscrit dans la perspective du 20e Sommet de la Francophonie 2026, prévu du 14 au 16 novembre 2026 au Cambodge. Ce rendez-vous sera décisif pour la désignation du prochain secrétaire général de l’OIF, une fonction stratégique qui oriente les priorités politiques, culturelles et économiques de l’espace francophone.

Face au corps diplomatique accrédité à Kinshasa, le chef de l’État a livré un plaidoyer fort en faveur de celle qu’il présente désormais comme l’incarnation du renouveau francophone. Dans un discours à forte portée politique en ce mois dédié à la femme, Félix Tshisekedi a mis en avant l’expérience, le parcours et la légitimité historique de Juliana Lumumba, inscrivant sa candidature dans une dynamique de repositionnement stratégique de la RDC sur la scène internationale. «Madame Julianna Amato Lumumba a servi l’État en qualité de Vice-Ministre de la Culture et de l’Information, puis de Ministre de la Culture, où elle s’est distinguée par son attachement à la diversité culturelle et à la souveraineté narrative. Soutenir sa candidature, ce n’est pas seulement accompagner une femme d’expérience. C’est surtout faire le choix d’une Francophonie qui assume pleinement sa vocation politique et humaine : une Francophonie qui défend la paix et la souveraineté des États; une Francophonie qui investit dans la jeunesse, l’éducation et l’innovation; une Francophonie qui fait du français une langue d’avenir, d’influence et de progrès. C’est pourquoi, en cette occasion solennelle, je sollicite officiellement le soutien de vos États et gouvernements à la candidature de la République Démocratique du Congo», a déclaré le président Tshisekedi.
En s’impliquant personnellement dans la promotion de cette candidature, le président congolais envoie un signal : Kinshasa ne se va plus se contenter d’un rôle périphérique au sein des instances multilatérales francophones. Premier pays francophone du monde, la RDC entend désormais peser sur l’orientation politique de l’OIF.
Et le choix de Juliana Lumumba n’est pas anodin. Fille de Patrice Lumumba, figure emblématique de l’indépendance congolaise, elle incarne à la fois une mémoire historique et une projection diplomatique contemporaine. Pour le pouvoir congolais, cette double dimension constitue un levier symbolique puissant dans une organisation souvent traversée par des enjeux d’influence et de représentation.
En lançant dès à présent la campagne de sa candidate, Kinshasa cherche à prendre une longueur d’avance sur ses concurrents, dans un contexte où les équilibres géopolitiques au sein de la Francophonie évoluent rapidement, notamment avec la montée en puissance des pays africains. Mais au-delà d’une simple candidature, c’est une véritable bataille d’influence qui se dessine.
L’OIF, longtemps perçue comme un espace d’expression de la diplomatie culturelle, est aujourd’hui un terrain stratégique où se jouent des enjeux politiques majeurs : gouvernance, démocratie, sécurité et coopération économique.
En “vendant” Juliana Lumumba au corps diplomatique francophone, Félix Tshisekedi ne se contente donc pas de promouvoir une personnalité. Il engage la RDC dans une offensive diplomatique globale, visant à repositionner le pays comme un acteur incontournable de la Francophonie.
JEK

