Sanctions américaines : Kigali joue du chantage avec la menace de retrait de ses troupes du Mozambique

« Si le commandement des forces rwandaises estime que le travail accompli à Cabo Delgado n’est pas apprécié, il serait légitime de recommander au gouvernement de mettre fin à cet arrangement bilatéral de lutte contre le terrorisme et de se retirer », a déclaré la porte-parole du gouvernement rwandais, Yolande Makolo, dans un message publié sur X. Une déclaration qui ressemble, pour plusieurs observateurs, à une mise en garde implicite adressée aux partenaires occidentaux : sanctionner Kigali pourrait avoir des répercussions directes sur les dispositifs sécuritaires auxquels le Rwanda contribue.

Le Rwanda a récemment laissé entendre, selon une révélation de Bloomberg, qu’il pourrait retirer ses troupes déployées dans le nord du Mozambique, une annonce qui prend des allures de message politique adressé à la communauté internationale quelques jours seulement après les sanctions américaines visant l’armée rwandaise et plusieurs de ses hauts gradés.

Depuis 2021, des milliers de soldats de la Rwanda Defence Force sont stationnés dans la province mozambicaine du Cabo Delgado pour combattre une insurrection liée à l’Islamic State. Leur présence a largement contribué à stabiliser cette région stratégique, théâtre de projets gaziers estimés à près de 50 milliards de dollars.

Mais cet engagement pourrait désormais servir de levier diplomatique, car la sortie de Kigali intervient dans un contexte de forte tension diplomatique. Les États-Unis ont récemment sanctionné la Rwanda Defence Force pour son implication dans la guerre à l’est de la RDC, visant également quatre officiers supérieurs de l’armée rwandaise.

C’est dans ce climat, et sentant un isolement, que Kigali semble rappeler le rôle stratégique que ses forces jouent dans la sécurité régionale, notamment au Mozambique.

« Si le commandement des forces rwandaises estime que le travail accompli à Cabo Delgado n’est pas apprécié, il serait légitime de recommander au gouvernement de mettre fin à cet arrangement bilatéral de lutte contre le terrorisme et de se retirer », a déclaré la porte-parole du gouvernement rwandais, Yolande Makolo, dans un message publié sur X. Une déclaration qui ressemble, pour plusieurs observateurs, à une mise en garde implicite adressée aux partenaires occidentaux : sanctionner Kigali pourrait avoir des répercussions directes sur les dispositifs sécuritaires auxquels le Rwanda contribue.

L’enjeu énergétique derrière la sécurité

Un éventuel retrait des troupes rwandaises représenterait un risque majeur pour la sécurité de la province du Cabo Delgado, où se concentrent certains des plus grands investissements énergétiques jamais réalisés en Afrique.

Les groupes TotalEnergies et Exxon Mobil y développent des projets de gaz naturel liquéfié destinés à approvisionner les marchés internationaux.

En 2021, une vague d’attaques djihadistes avait contraint TotalEnergies à suspendre son chantier pendant plusieurs années. Les opérations n’ont réellement repris qu’en janvier dernier, à la faveur d’une amélioration de la sécurité attribuée en grande partie à l’intervention des forces rwandaises.

Dans un contexte de tensions énergétiques mondiales — notamment après les perturbations récentes affectant les exportations de GNL du Qatar liées au conflit avec l’Iran — la stabilité du Mozambique revêt une importance stratégique pour l’Europe et l’Asie.

Un financement européen incertain

La présence rwandaise au Mozambique est en partie soutenue financièrement par l’European Union à travers la European Peace Facility. En 2024, Bruxelles avait débloqué une enveloppe de 20 millions d’euros pour soutenir cette mission.

Mais cette aide expire en mai prochain et, selon plusieurs sources, aucune prolongation n’est actuellement prévue.

Dans ce contexte, la menace de retrait formulée par Kigali apparaît aussi comme une manière de rappeler que la sécurité de Cabo Delgado dépend largement de la présence de ses forces.

Kinshasa accentue la pression diplomatique

Cette séquence intervient également alors que la RDC intensifie sa campagne diplomatique contre Kigali. Kinshasa accuse depuis plusieurs années le Rwanda de soutenir des groupes armés opérant dans l’est congolais et multiplie les démarches auprès des partenaires internationaux pour isoler politiquement le régime rwandais.

Selon des sources diplomatiques, la diplomatie congolaise travaille désormais à obtenir que le Rwanda soit retiré de la liste des pays contributeurs aux missions de maintien de la paix des Nations-Unies, estimant que ses interventions répétées sur le territoire congolais sont incompatibles avec ce statut.

Dans ce contexte, la mise en avant du rôle sécuritaire du Rwanda au Mozambique pourrait être interprétée comme une tentative de Kigali de rappeler son utilité stratégique sur la scène internationale.

Un dossier désormais hautement politique

Le président mozambicain Daniel Chapo doit rencontrer cette semaine à Bruxelles plusieurs responsables européens, dont le président du European Council, António Costa. Officiellement, la visite vise à renforcer la coopération économique et sécuritaire entre Maputo et l’Union européenne.

Mais dans les coulisses, la question du financement et de la poursuite du déploiement des troupes rwandaises au Mozambique devrait occuper une place centrale dans les discussions, car si Kigali décidait réellement de se retirer du Cabo Delgado, ce ne serait pas seulement un problème sécuritaire pour le Mozambique : ce serait aussi un signal politique fort dans le bras de fer diplomatique qui s’intensifie autour du rôle régional du Rwanda.

CG

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