Au cours du Conseil des ministres vendredi dernier, la Première ministre a instruit les ministres sectoriels, en collaboration avec ceux du Budget et des Finances, d’élaborer une approche coordonnée pour renforcer le programme des cantines scolaires. Elle exige, dans un délai de trente jours, un plan détaillé d’opérationnalisation de ces cantines scolaires, incluant les mécanismes de financement, les dispositifs de suivi-évaluation et un calendrier de déploiement.
Le Gouvernement veut désormais combattre l’échec scolaire et la malnutrition par un levier simple mais stratégique : le repas à l’école. Lors de la 81ᵉ réunion ordinaire du Conseil des ministres du 6 mars 2026, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka a insisté sur la nécessité d’investir massivement dans l’alimentation scolaire, présentée comme un moteur clé du développement humain et de la réussite éducative en République démocratique du Congo.

Cette orientation politique intervient quelques jours seulement après un signal fort envoyé depuis l’intérieur du pays. Le 2 mars dernier, à Kalemie, chef-lieu de la province du Tanganyika, la cheffe du Gouvernement a officiellement lancé le Programme national des cantines scolaires à l’occasion de la Journée africaine de l’alimentation scolaire. Un geste symbolique et stratégique destiné à démontrer que les politiques publiques doivent s’ancrer dans l’ensemble des territoires du pays.
L’école nourrie, l’école qui réussit
Au cœur de cette initiative : la Stratégie nationale de l’alimentation scolaire 2025-2030, feuille de route gouvernementale visant à structurer un système durable de repas scolaires pour améliorer la nutrition des élèves, renforcer leur assiduité et, à terme, consolider le capital humain national. L’exemple de l’école Kifungo, cité par la Première ministre, illustre le potentiel transformateur de ces cantines scolaires.
Depuis l’introduction du programme en 2009, l’établissement est passé de 260 à près de 600 élèves. Les résultats scolaires oscillent désormais entre 80 % et 90 %, tandis que l’abandon scolaire a chuté de 6 % à seulement 0,5 %.
Un indicateur révélateur : la rétention scolaire atteint désormais 60 %.
Une chaîne de solidarité internationale et communautaire
Derrière ces performances se cache une coopération internationale structurante. Le transport des vivres est assuré par le Programme alimentaire mondial (PAM) et l’Agence française de développement (AFD). Mais le dispositif repose également sur l’implication directe des communautés locales, notamment à travers la manutention et l’exploitation de champs communautaires dédiés aux céréales et aux légumineuses.
Ce modèle d’appropriation locale est perçu par le Gouvernement comme un gage de durabilité : nourrir les élèves tout en stimulant la production agricole communautaire.
Un défi national encore immense
Malgré ces succès, le programme reste encore embryonnaire à l’échelle nationale. À ce jour, seulement 8 % des écoles du pays bénéficient d’une cantine scolaire, un taux qui illustre l’ampleur du chantier. Consciente de cet écart, la Première ministre a instruit les ministres sectoriels, en collaboration avec ceux du Budget et des Finances, d’élaborer une approche coordonnée pour renforcer le programme. Elle exige, dans un délai de trente jours, un plan détaillé d’opérationnalisation des cantines scolaires, incluant les mécanismes de financement, les dispositifs de suivi-évaluation et un calendrier de déploiement.
L’assiette comme politique publique
Au-delà de la simple distribution de repas, l’initiative s’inscrit dans une vision plus large défendue par le Président de la République Félix‑Antoine Tshisekedi Tshilombo : investir dans le capital humain pour soutenir le développement durable du pays. Car dans les écoles congolaises, l’équation est désormais : un enfant qui mange à l’école est un enfant qui reste à l’école — et qui réussit davantage.
Si le pari est tenu, la cantine scolaire pourrait bien devenir l’un des outils sociaux les plus puissants de la politique éducative congolaise.
C.G

