Après plus de cinquante jours de pénurie éprouvante, la desserte en eau potable est officiellement rétablie sur l’axe Kimwenza-Gare, dans la partie sud de Kinshasa. L’annonce a été faite par le ministre des Infrastructures et Travaux publics (ITP), John Banza Lunda, mettant fin à une crise provoquée par l’érosion spectaculaire dite « Deux Chemins », qui avait mis à nu une conduite majeure d’acheminement d’eau.

Cette conduite alimente en eau potable les communes de Selembao et une partie de Mont-Ngafula, à partir de la station de pompage située dans la zone de Kimwenza.
Une érosion aux conséquences critiques

Tout est parti de l’avancée brutale de la tête d’érosion « Deux Chemins », un phénomène aggravé par les pluies intenses et l’urbanisation anarchique des collines environnantes. La ravine avait progressivement déstabilisé le sol, exposant totalement le tuyau principal d’adduction d’eau.
Privées d’approvisionnement régulier, des milliers de ménages ont dû recourir aux forages artisanaux, aux puits non contrôlés ou à l’achat d’eau auprès de revendeurs informels — une situation à la fois coûteuse et risquée sur le plan sanitaire.
Dans une ville de plus de 15 millions d’habitants, où l’accès à l’eau potable demeure structurellement fragile, la mise hors service d’une seule conduite stratégique peut rapidement prendre des proportions critiques.
Une intervention d’urgence coordonnée
Face à l’urgence, le ministère des ITP, en coordination avec la REGIDESO et les services techniques concernés, a engagé des travaux de stabilisation pour sécuriser la conduite exposée.
Les équipes ont procédé notamment à la consolidation des parois de l’érosion ; la stabilisation du sol autour de la canalisation ; la protection mécanique du tuyau contre de nouveaux glissements, et le rétablissement progressif de la pression dans le réseau.
Selon le ministre John Banza Lunda, cette intervention s’inscrit dans une approche plus large de lutte contre les érosions urbaines, devenues l’un des principaux défis infrastructurels de Kinshasa. « Le Gouvernement reste mobilisé pour sécuriser durablement les infrastructures vitales et prévenir de nouvelles ruptures de service », a indiqué le ministre.
Un problème structurel à Kinshasa
Les érosions constituent depuis plusieurs années un danger majeur pour les infrastructures routières, hydrauliques et électriques de la capitale. L’expansion urbaine rapide, combinée à l’absence de systèmes de drainage efficaces et à l’occupation anarchique des versants, favorise l’apparition de ravines profondes, particulièrement dans les communes collinaires comme Mont-Ngafula, Ngaliema ou Selembao.
L’érosion « Deux Chemins » n’est qu’un exemple parmi d’autres. Plusieurs conduites d’eau, lignes électriques et axes routiers ont déjà été fragilisés par ces phénomènes, entraînant des interruptions de services publics essentiels.
Dans les quartiers concernés, l’annonce du retour de l’eau a été accueillie avec soulagement. Après des semaines de rationnement et d’incertitude, les robinets coulent à nouveau, marquant un retour progressif à la normale.
Pour les autorités, l’enjeu dépasse le simple rétablissement du service : il s’agit désormais de prévenir la répétition de telles crises par des travaux structurels de drainage, de stabilisation et de planification urbaine.
La crise de Kimwenza-Gare rappelle une réalité persistante : à Kinshasa, la bataille pour l’eau potable reste intimement liée à la maîtrise des sols et à la gestion durable du territoire.
Albert Osako

