La République démocratique du Congo a occupé une place centrale à la Première Réunion ministérielle sur les minéraux critiques, organisée par le gouvernement des États-Unis à Washington, une rencontre stratégique ayant réuni des délégations de plus de cinquante pays autour de la sécurisation des chaînes d’approvisionnement mondiales.

Représentant le Président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo et la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, le ministre congolais des Mines, Louis Watum Kabamba, a porté une position sans fard : la RDC entend rester un acteur incontournable de la transition énergétique mondiale, tout en changeant de modèle économique.
« La RDC n’est pas seulement un pays minier. Elle est un pays stratégique pour l’avenir énergétique de la planète », a-t-il rappelé devant ses homologues, soulignant que le pays produit plus de 70 % du cobalt mondial et environ 10 % du cuivre, deux métaux au cœur des technologies vertes, des batteries électriques et des industries de défense. En 2024, les exportations minières congolaises ont dépassé 25 milliards de dollars, confirmant le poids du secteur dans l’économie nationale et mondiale.
Mais au-delà des chiffres actuels, c’est le potentiel futur qui retient l’attention des partenaires internationaux. Selon le ministre, plus de 90 % du potentiel géologique de la RDC reste encore inexploité, avec des réserves estimées à plus de 25 000 milliards de dollars. Un enjeu colossal pour la sécurité économique mondiale, à l’heure où les grandes puissances cherchent à réduire leur dépendance à des chaînes d’approvisionnement vulnérables.
De l’extraction brute à la chaîne de valeur intégrée
À Washington, Louis Watum Kabamba a insisté sur un tournant stratégique : la fin du modèle purement extractif. La RDC ambitionne désormais de bâtir une chaîne de valeur intégrée, industrielle et technologique, capable de transformer localement ses ressources, de créer des emplois qualifiés et de capter davantage de valeur ajoutée.
Cette vision se matérialise par plusieurs projets structurants, dont MIFOR, dédié au développement des ressources en minerai de fer de la Grande Orientale, adossé à des infrastructures énergétiques et logistiques majeures.
À cela s’ajoutent des programmes nationaux d’exploration, conçus pour mieux cartographier les ressources et attirer des investissements responsables.
Une réunion stratégique au cœur des rivalités mondiales
La réunion de Washington s’inscrit dans un contexte géoéconomique tendu, marqué par la concurrence accrue entre grandes puissances pour l’accès aux minéraux critiques. Les États-Unis, l’Union européenne et leurs alliés cherchent à sécuriser des approvisionnements fiables, traçables et durables, en alternative à certaines dépendances jugées risquées.
C’est dans ce cadre que le ministre congolais s’est félicité des annonces récentes autour du projet “Vault”, une initiative portée par une société implantée en RDC, présentée aux côtés du président Donald Trump à la Maison-Blanche. Ce projet vise la constitution d’une réserve stratégique américaine de minéraux critiques, évaluée à 12 milliards de dollars, illustrant le rôle clé de la RDC dans les nouvelles architectures de sécurité économique mondiale.
Pour Kinshasa, cet intérêt renouvelé est aussi un message à ses opérateurs nationaux : la RDC peut et doit faire émerger des industries minières de classe mondiale, compétitives, responsables et intégrées.
Investir pour la stabilité et la paix
Au-delà des considérations économiques, Louis Watum Kabamba a mis en avant une conviction forte : les investissements responsables sont un levier de stabilité, de paix et de prospérité partagée. Dans un pays marqué par des zones de fragilité sécuritaire, l’économie minière peut devenir un instrument de transformation, faisant progressivement passer des économies de conflit à des économies de coopération.
Le message de Kinshasa, lancé depuis Washington, est donc sans ambiguïté : la République démocratique du Congo est ouverte aux capitaux, aux technologies et à l’expertise internationale.
Et surtout, dans un monde en quête de minerais critiques, la RDC est ouverte aux affaires.
JEK

