La Journée de Mémoire de Bunagana, marquée à Uvira et relayée dans la capitale congolaise, a donné lieu ce mardi à une conférence d’envergure nationale consacrée à la lutte contre l’oubli des crimes commis lors des guerres d’agression qui ont ravagé l’Est de la République démocratique du Congo depuis maintenant une année. Organisée par le Ministère de la Communication et Médias, la Conférence-Mémoire contre l’Oubli a réuni la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, plusieurs membres du gouvernement, des parlementaires, des universitaires, des journalistes ainsi que des acteurs de la société civile.
Placée sous le triptyque « Résistance – Résilience – Unité », cette journée de réflexion s’inscrit dans une dynamique nationale d’hommage aux victimes de l’occupation de Bunagana et de sensibilisation sur les enjeux multiformes de la crise sécuritaire à l’Est.
Julien Paluku Kahongya sonne l’alarme sur les conséquences économiques de la guerre

Invité comme panéliste, le Ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, ancien Gouverneur du Nord-Kivu pendant douze ans, a présenté un exposé très attendu sur les « Conséquences économiques de la guerre et de l’occupation ». Devant un public attentif, il a décrit en détail l’impact dévastateur des agressions rwandaises et des violences armées contre les populations civiles.
Selon lui, les objectifs de ces guerres sont clairs : anéantir le capital humain congolais, provoquer des vagues massives de déplacés internes, détruire le tissu économique, et affaiblir l’environnement naturel et touristique.
« Les massacres et les déplacements forcés visent à briser la capacité du Congo à se développer, tandis que le pillage systématique des minerais et des produits agricoles nourrit une économie de dépendance au profit de l’occupant », a déclaré le ministre.
Julien Paluku a rappelé un chiffre devenu symbolique du paradoxe régional : Le Rwanda, dépourvu de gisements miniers significatifs, a vu ses exportations de minerais passer de 70 millions à 2 milliards de dollars en période d’occupation des zones du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Pour l’ancien gouverneur, cette évolution spectaculaire démontre une vérité incontestable : « Les véritables FDLR que le Rwanda poursuit en RDC, ce sont les minerais et les autres ressources naturelles congolaises », a-t-il martelé.
Un contexte géopolitique en recomposition
Les propos du ministre s’inscrivent dans un contexte où les tensions entre la RDC et le Rwanda restent particulièrement vives. Depuis 2022, les combats opposant les FARDC, appuyées par des forces locales, aux rebelles du M23 soutenus par Kigali, ont profondément remodelé la géopolitique régionale.
Parallèlement, la diplomatie congolaise a multiplié les initiatives pour reconfigurer les alliances et remettre en question les mécanismes régionaux de sécurité, souvent critiqués pour leur incapacité à contenir l’expansion des groupes armés.
Félix Tshisekedi présenté comme le moteur d’un nouveau paradigme sécuritaire
Julien Paluku est allé plus loin en affirmant que la guerre actuelle serait « la dernière de l’Est », citant comme preuve un changement profond de stratégie nationale. Selon lui, le leadership du Président Félix Tshisekedi a permis de « couper toutes les branches auxquelles s’appuyait le Rwanda », notamment grâce :à l’accord stratégique récemment signé à Washington entre la RDC et les États-Unis, présenté comme un pivot majeur dans la coopération sécuritaire ; au nettoyage progressif de l’appareil sécuritaire congolais, longtemps considéré comme infiltré.
Ces réformes, a souligné le ministre, posent les bases d’un nouveau paradigme de protection du territoire, visant à restaurer pleinement l’intégrité nationale.
Un devoir de mémoire pour une reconstruction durable
La Journée de Mémoire de Bunagana, dont l’écho a retenti jusque dans la salle de conférence de Kinshasa, rappelle l’importance du devoir de mémoire dans un pays marqué par trois décennies de conflits.
Cette initiative du gouvernement s’inscrit dans une dynamique de résilience collective, indispensable pour bâtir la confiance nationale et consolider la reconstruction économique et institutionnelle.
En mettant en lumière les aspects humanitaires, économiques, judiciaires et territoriaux de la crise, la Conférence-Mémoire se veut un jalon supplémentaire dans la mobilisation interne et internationale contre les violences persistantes dans l’Est du pays.
JDW

