À quelques semaines de la fin de son mandat à la tête de l’Union africaine (UA), le président angolais João Lourenço a de nouveau appelé, vendredi à Luanda, à l’ouverture d’un dialogue politique inclusif en République démocratique du Congo. S’exprimant lors de la traditionnelle cérémonie d’échange des vœux avec le corps diplomatique, le chef de l’État angolais a exhorté Kinshasa et les forces vives congolaises à « engager sans plus tarder un processus de concertation nationale », condition, selon lui, indispensable pour stabiliser un pays en proie à une crise prolongée dans l’Est.
Des consultations élargies, initiées depuis Luanda
Cette sortie publique s’inscrit dans la continuité des consultations discrètes menées ces derniers mois à Luanda par João Lourenço avec son homologue congolais, Félix Tshisekedi, et plusieurs acteurs politiques congolais, dont l’ancien Président Joseph Kabila, Moïse Katumbi, Antipas Mbusa Nyamuisi, Raymond Tshibanda et Moïse Nyarugabo de « Sauvons la RDC ».
Accueillis à la présidence angolaise, ces échanges avaient pour objectif de rapprocher les positions des protagonistes face à l’escalade militaire au Nord-Kivu et aux tensions politiques internes.
Pour donner une portée plus large à cette démarche, Lourenço avait annoncé l’envoi à Kinshasa d’une délégation angolaise chargée d’élargir ces consultations aux autres forces politiques et sociales, y compris les composantes de l’Union sacrée au pouvoir. Cette initiative visait à éviter une médiation perçue comme tournée vers l’opposition ou certains groupes d’intérêt, et à garantir que toutes les sensibilités congolaises puissent être entendues.
L’accord de Washington et le « moment historique » à ne pas gaspiller
Réitérant son appel au respect des engagements signés en décembre dernier à Washington entre la RDC et le Rwanda, João Lourenço a souligné que cet accord représentait « un moment historique significatif » pour la région des Grands Lacs. Il a insisté sur la nécessité pour les parties prenantes de préserver l’élan diplomatique en cours, de réduire les tensions transfrontalières et de restaurer un climat propice au dialogue.
La médiation africaine se recentre autour de Lomé
Parallèlement, la médiation africaine a connu un tournant ces dernières semaines. Lors de la réunion de haut niveau organisée à Lomé, plusieurs dirigeants et émissaires africains ont convenu de recentrer les efforts diplomatiques autour de la capitale togolaise, afin de faciliter un cadre de travail plus stable et plus cohérent entre les partenaires régionaux.
Cette réunion, présentée comme un alignement stratégique entre les initiatives angolaise, ougandaise et les mécanismes de la CEEAC et de l’UA sur les négociations entre Kinshasa et le M23, a posé les bases d’une nouvelle architecture de dialogue. Un premier rapport des tours de table est attendu le 7 février prochain après des déplacements notamment à Kigali et Kinshasa, date à laquelle les conclusions préliminaires pourraient redéfinir les modalités de la médiation africaine.
Un appel pressant pour le « silence des armes »
Dans son discours à Luanda, João Lourenço a également rappelé la nécessité d’œuvrer pour le « silence des armes » en Afrique, en particulier dans la région des Grands Lacs, où les affrontements entre les FARDC et le M23, soutenu par le Rwanda selon Kinshasa, exacerbent une crise humanitaire et sécuritaire persistante.
À l’approche de la publication du rapport de Lomé et alors que son mandat à la tête de l’Union africaine touche à son terme, João Lourenço semble décidé à accélérer le tempo. Son insistance renouvelée traduit la volonté de l’UA de maintenir la RDC au centre de ses priorités, tout en rappelant que la sortie de crise passera inévitablement par un compromis politique interne et un apaisement régional.
JEK

