Par Jonas Eugène Kota
Il y a des samedis où l’on ferait mieux de rester chez soi, loin des micros, loin des caméras et, surtout, loin des chiffres. Ce samedi 29 novembre 2025, Daniel Bumba, Gouverneur de la ville de Kinshasa, a pourtant choisi l’option inverse : une grande sortie médiatique sur Top Congo, pour « mettre les pendules à l’heure ». Mais à force de remuer les aiguilles, on se demande s’il ne les a pas plutôt fait tourner à l’envers.
Car l’heure n’est pas aux palabres, mais à l’enquête : une enquête sérieuse, diligentee d’en haut lieu par le Chef de l’État en personne, destinée à clarifier la gestion des fonds alloués à la ville pour la réhabilitation des infrastructures, la salubrité et la sécurité. Bref : une tentative d’y voir un peu plus clair dans un contexte où tout est urgent — routes, ordures, criminalité, mobilité — et où Kinshasa ressemble de plus en plus à une capitale en apnée.
L’art de se défendre en oubliant la moitié du problème
Pour se disculper de tout détournement, accusation qu’il balaie d’un revers de main, Bumba a déployé une rhétorique centrée sur la « traçabilité » des décaissements. Les sorties d’argent seraient tracées, surveillées, éclairées comme un boulevard du centre-ville un jour de visite papale.
Mais voilà : ce n’est pas tant la sortie des fonds qui pose question que leur entrée dans les poches — pardon — dans les comptes des prestataires. Des prestataires arrivés par génération spontanée, puisque le processus de recrutement, lui, demeure aussi opaque qu’un ciel de Kinshasa en pleine saison de pluies.
Une transparence unilatérale, en somme : on éclaire le paiement, on éteint la passation des marchés.
Des chiffres qui brillent… mais n’éclairent rien
96 millions, 21 millions, 14 millions, 79 % de réalisations : une véritable samba arithmétique dont le gouverneur s’est servi comme bouclier pour défendre son poste, juché sur une monticule d’immondices.
Le seul problème, c’est que les chiffres ne remplacent pas la réalité, pas plus qu’ils ne comblent les nids-de-poule.
Par exemple, les 104 Km de routes construites et/ou réhabilitées. Sur papier, cela sonne comme une prouesse. Mais dans quelle logique d’aménagement s’inscrivent ces tronçons ? Quelle planification rationnelle vient justifier leur distribution ? À quelles dorsales structurantes ces travaux sont-ils censés se raccorder pour fluidifier globalement le trafic et renforcer la productivité urbaine
De quel package logistique, en termes de bloc de réalisations signant une fluidification palpable de la circulation — ne fût-ce que dans une même zone — la ville peut-elle se targuer aujourd’hui ? Dans quel coin de Kinshasa les habitants peuvent-ils partir vers un autre coin avec plus de facilité qu’hier ?
Car c’est cela, précisément, que toute logistique infrastructurelle est censée procurer : une amélioration sensible, vécue, pas un étalage de statistiques théoriques.
Personne ne sait. Et le gouverneur encore moins, à en juger par la confusion de ses réponses, noyées sous une avalanche de prudence défensive.
La ville s’étouffe, mais le gouverneur respire la satisfaction
Bumba s’enorgueillit aussi des travaux de salubrité. Sur ce point, l’on aurait espéré qu’il jette un œil dehors avant de célébrer. La ville n’a jamais semblé aussi saturée de déchets, les axes principaux croulent sous les embouteillages permanents, et la mobilité urbaine est dans un état qui ferait pâlir même les ingénieurs de la NASA.
On peine donc à comprendre comment les chiffres du gouverneur pourraient coïncider avec le vécu quotidien des Kinois. À chaque remarque sur cette contradiction flagrante, Bumba botte en touche selon deux techniques éprouvées : le renvoi systématique aux prédécesseurs (la fameuse rhétorique du « ce n’est pas moi, c’est les autres ») ou le rappel qu’il est « encore en cours de mandat ». Une manière élégante de dire : « Revenez dans dix ans, peut-être que quelque chose aura changé ».
Une sortie médiatique qui sent la panique
Et que dire du décor extérieur ? Une foule de militants UDPS massés devant les studios, scandant des louanges à leur champion du jour. On aurait dit une cérémonie de béatification improvisée. Mais l’encens n’a pas suffi à masquer ce qui transpirait de l’entretien : la fébrilité.
Car, finalement, la prestation de Bumba n’a pas eu l’effet escompté. Elle a plutôt rappelé l’attitude de ceux chez qui une enquête commence à gratter trop près du nerf.
Beaucoup de mots, peu de réponses. Beaucoup de chiffres, peu de cohérence. Beaucoup de défense, mais aucune explication solide.
En se rendant sur Top Congo, le gouverneur espérait peut-être éteindre l’incendie. Il a surtout ajouté du carburant à une suspicion déjà bien installée.
Kinshasa, elle, attend toujours des routes rationnellement planifiées, une salubrité visible, une sécurité tangible, et une gouvernance transparente. En attendant, elle n’aura eu droit qu’à un samedi de plus dans la comédie politico-administrative locale — avec Daniel Bumba dans le rôle principal, celui du responsable qui parle beaucoup mais ne convainc personne.
Tout simplement parce qu’à Top Congo, le Gouverneur est allé en opération de com’ plutôt qu’en exercice de redevabilité. Armé de quelques puntchlines bien sentis, son escrime aura malheureusement flanché dans la contradiction entre l’auto-laudation pour 104 Km réalisés en un temps record – sans que cela n’aide à fluidifier la ville – et l’asile dans « personne n’a jamais dirigé une ville de Kinshasa de 20 millions d’habitants.
Après l’émission spéciale de samedi dernier, des communicants de l’Hôtel de ville et de l’UDPS déferlent dans les réseaux sociaux pour parler d’un complot qui serait ourdi contre le Chef de l’État en vue de saboter son œuvre dans la ville de Kinshasa, cela dans une démarche bien comprise de politisation à outrance de l’enquête diligentée par le VPM Jacquemin Shabani sur instruction du même Chef de l’État.
Dans tous les cas, et malgré cette agitations fébrile, une chose est sûre : Kinshasa n’est pas victime d’un cataclysme naturel !

