Alors que la scène régionale tente une nouvelle fois de remettre en mouvement un processus de paix essoufflé, les négociations directes entre le gouvernement congolais et le M23 devraient officiellement s’ouvrir le 18 janvier 2026 à Lomé, sous l’égide du président togolais Faure Gnassingbé. Une étape cruciale, préparée de longue date, et qui pourrait redessiner les paramètres du dialogue dans les Grands Lacs.
Lomé, nouveau centre de gravité diplomatique africain
Désigné médiateur par l’Union africaine dans le dossier congolais, le Togo multiplie depuis plusieurs mois les manœuvres discrètes pour relancer les discussions entre Kinshasa et la rébellion du M23, dont les affrontements avec les FARDC continuent d’embraser l’Est de la RDC.
Selon des sources diplomatiques proches du dossier, la capitale togolaise est engagée dans une intense activité de préparation. Des consultations ont été ouvertes avec les chancelleries africaines, les partenaires internationaux et les principaux acteurs du conflit, afin d’installer un cadre propice à une reprise crédible du dialogue politique.
Ce dispositif s’inscrit dans la continuité d’une dynamique débutée à Doha, où une série d’échanges indirects et de travaux techniques avaient été engagés sous médiation qatarie pour tenter de rapprocher les positions. Bien que ces discussions n’aient pas débouché sur des engagements formels, elles ont permis, selon plusieurs observateurs, de « réintroduire un minimum de confiance » entre les deux camps — condition indispensable pour la phase politique désormais attendue à Lomé.
Une séquence diplomatique sous tension
L’annonce de la date du 18 janvier confirme la montée en puissance du rôle togolais dans les crises régionales. Faure Gnassingbé, souvent sollicité pour ses médiations jugées pragmatiques, espère parvenir à harmoniser les différentes initiatives — celles de l’UA, de la CIRGL, de l’EAC et des partenaires internationaux — afin d’éviter l’émiettement diplomatique qui a marqué les tentatives précédentes.
Cette rencontre de Lomé devient d’autant plus stratégique qu’elle s’insère dans une séquence internationale sensible. À Washington, une rencontre bilatérale entre Félix Tshisekedi et Paul Kagame est projetée pour le 23 novembre 2025, à l’initiative américaine. Mais ce sommet, censé marquer un nouveau jalon dans les efforts de désescalade régionale, ne dispose d’aucune garantie de tenue.
Selon plusieurs sources occidentales, la Maison-Blanche conditionnerait la rencontre à des signaux tangibles d’avancée dans les pourparlers entre Kinshasa et le M23, considérant que toute diplomatie présidentielle n’aura de sens qu’en appui à un processus politique opérationnel. En d’autres termes : l’ouverture des discussions de Lomé pourrait devenir la clé — ou l’obstacle — de l’agenda diplomatique américain.
L’agenda de Lomé
Pour le gouvernement congolais, la perspective de négocier directement avec le M23 demeure politiquement sensible. Kinshasa continue officiellement de considérer le mouvement comme un « groupe terroriste soutenu par le Rwanda », tandis que le M23 affirme mener un combat politique contre l’exclusion et les violations des droits des communautés du Nord-Kivu.
À Lomé, les discussions devraient aborder les questions de sécurité, de réintégration, de retour des déplacés, mais aussi les contentieux régionaux plus larges, impossibles à dissocier du conflit. Les diplomates africains s’attendent à un processus long, technique, potentiellement sujet à des ruptures.
Pour le Togo, cette médiation offre une vitrine diplomatique, mais représente aussi un risque : celui de s’engager dans l’un des dossiers les plus complexes du continent, où plusieurs processus de paix ont déjà échoué.
Un moment charnière
Si les pourparlers de Lomé se tiennent comme annoncé le 18 janvier 2026, ils marqueront la première reprise formelle d’un dialogue politique entre Kinshasa et le M23 depuis plus d’une décennie. Avec, en toile de fond, l’espoir — encore fragile — d’un alignement inédit entre les initiatives africaines, les efforts du Qatar et les pressions de Washington.
En attendant, la diplomatie régionale retient son souffle : le succès de cette séquence pourrait transformer un contexte explosif… comme en révéler, une fois de plus, toutes les fragilités.
JDW

