L’Afrique numérique avait rendez-vous à Conakry. Depuis le 12 novembre, la capitale guinéenne a accueilli le Transform Africa Summit (TAS), le plus grand rassemblement continental consacré à l’innovation technologique et aux politiques numériques. Pour cette 7ᵉ édition, placée sous le thème « IA pour l’Afrique : innover localement, impacter globalement », chefs d’État, ministres, investisseurs et jeunes innovateurs ont convergé vers cette plateforme stratégique où s’esquisse l’avenir digital du continent.
Organisé par la Smart Africa Alliance en partenariat avec le gouvernement guinéen, le sommet a mis en lumière un enjeu majeur : comment transformer l’intelligence artificielle en moteur de souveraineté technologique, de croissance économique et de développement inclusif.
Une ambition que le directeur général de Smart Africa, Lacina Koné, résume avec une franchise tranchante : « L’Afrique n’est pas pauvre en idées, ce sont les Africains qui sont pauvres en collaboration. »
Une première pour Kinshasa
Pour la première fois depuis la création de Smart Africa en 2013, la République démocratique du Congo participe au TAS. Le président Félix Tshisekedi, retenu à Kinshasa, y a dépêché le ministre des Postes et Télécommunications, Me José Mpanda Kabangu, signe d’un intérêt croissant de la RDC pour les initiatives continentales en matière de transformation numérique.
Le gouvernement congolais décidera ultérieurement, en Conseil des ministres, d’une éventuelle adhésion officielle à Smart Africa — une décision stratégique alors que Kinshasa accélère ses chantiers numériques.
José Mpanda secoue la Table ronde ministérielle
Le lendemain de l’ouverture, José Mpanda a participé à la Table ronde ministérielle consacrée à l’intégration régionale via les infrastructures numériques et la gouvernance de l’internet. Le ministre congolais ne s’est pas contenté de déclarations de principe : il a interpellé frontalement la Banque mondiale, partenaire central de nombreux projets numériques sur le continent.
« Les méthodes de la Banque mondiale sont lourdes. Très lourdes même. Ce n’est pas du quick win. Si l’Afrique veut avancer vite vers la connectivité, elle a besoin d’un accompagnement plus agile, plus rapide », a-t-il lancé, sous le regard de la représentante de l’institution.
Pointant le paradoxe entre les annonces financières spectaculaires et les résultats souvent inexistants sur le terrain, Mpanda a plaidé pour une exécution accélérée des projets afin que les populations voient enfin l’impact réel des investissements numériques.
La RDC : un méga-projet en cours, une patience qui s’effrite
Les propos du ministre s’inscrivent dans un contexte concret : la Banque mondiale est un acteur majeur du Projet de Transformation Numérique (PTN) en RDC, doté de 500 millions USD, dont 100 millions d’euros de l’Agence française de développement. Ce programme phare vise notamment :le déploiement de 10 000 km de fibre optique, la construction d’infrastructures essentielles pour les télécommunications,et l’accélération de la connectivité nationale.
Lancé en juillet et prévu sur cinq ans, le PTN est stratégique pour un pays-continent dont la couverture numérique reste entravée par la taille du territoire et la faiblesse des infrastructures.
L’Afrique à l’heure de l’IA : entre ambition et impatience
En mettant l’intelligence artificielle au cœur du TAS 2025, Smart Africa reconnaît que le continent n’a plus le luxe de la lenteur. Pour José Mpanda, comme pour nombre de ministres présents, la montée en puissance de l’IA impose aux partenaires internationaux — et aux gouvernements eux-mêmes — un changement de cadence.
Alors que le sommet s’est achevé ce vendredi, une chose semble acquise : la RDC entend désormais jouer pleinement sa partition dans la construction du marché numérique africain intégré. Et sa première apparition à Conakry pourrait bien marquer le début d’un repositionnement stratégique au sein des grandes alliances numériques du continent.
JDW

