Chanzu, novembre 2013 : la dernière forteresse du M23 s’effondre. Entre courage des militaires, mobilisation populaire et stratégie politique, la RDC écrit une page de gloire où les héros du Nord-Kivu deviennent le symbole d’une nation debout.
Douze ans se sont écoulés depuis que la colline de Chanzu, dernier bastion du M23, tombait sous les coups conjugués des Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) et de la Brigade d’intervention de la MONUSCO. Ce jour-là, le 5 novembre 2013, la RDC tournait une page sombre de son histoire : la fin de la rébellion du M23, et avec elle, la renaissance d’un espoir collectif longtemps étouffé par la peur, les ingérences extérieures et la trahison.
Une victoire de la nation entière
Chanzu n’était pas qu’une colline. C’était un symbole.
Perchée dans les hauteurs volcaniques de Rutshuru, surplombant les frontières rwandaises et le parc des Virunga, elle était devenue, durant les affrontements, le dernier retranchement du M23.
C’est là que tout avait commencé, en avril 2012. C’est là aussi que tout s’est achevé, en novembre 2013.
La victoire de Chanzu, ce n’était pas seulement celle des militaires. C’était celle d’un peuple entier debout, uni, résilient, autour d’un idéal : défendre la République.
Dans cette bataille à la fois militaire, morale et médiatique, trois figures se sont imposées comme les piliers de la résistance congolaise :
• le Général Lucien Bahuma Ambamba, stratège et patriote hors pair, tombé au champ d’honneur ;
• le Colonel Mamadou Ndala, héros populaire des Forces de réaction rapide, figure charismatique d’un courage incandescent ;
• et Julien Paluku Kahongya, alors gouverneur du Nord-Kivu, artisan infatigable de la mobilisation populaire.
Julien Paluku, la voix d’un peuple debout
Pendant que les troupes congolaises menaient la guerre sur le front, Julien Paluku livrait une autre bataille, celle de l’opinion et du moral collectif.
Sur les plateaux de télévision, dans les radios locales comme dans les forums internationaux, sa voix résonnait avec conviction : « Le Nord-Kivu n’est pas un champ d’expérimentation pour les ambitions étrangères. Nous défendons la nation, pas un territoire. »
Sous sa houlette, la mobilisation populaire atteignit un niveau inédit : des motards, des jeunes, des femmes, des automobilistes, tous unis dans un même élan patriotique, acheminaient vivres et munitions vers la ligne de front, sans solde ni récompense. Le peuple du Nord-Kivu s’était transformé en une véritable armée morale, portée par la foi en la République et par la voix d’un gouverneur qui incarnait l’unité et la dignité.
Grâce à cette cohésion sans précédent, les FARDC regagnèrent le terrain perdu. La propagande rebelle s’effondra. Et Chanzu, ce bastion jadis imprenable, fut reprise. La RDC avait vaincu.
“La trahison n’a pas d’éloges”
Douze ans plus tard, Julien Paluku Kahongya, aujourd’hui ministre du Commerce extérieur, se souvient. Dans un message empreint d’émotion et de fermeté, il rend hommage à ses frères d’armes — Bahuma, Mamadou, Awashango, Masubili — tout en exprimant ses regrets face aux trahisons qui ont depuis sapé la cause nationale : « Si ceux qui sont morts étaient encore vivants, ils s’étonneraient comme moi de voir qu’aujourd’hui d’autres nous ont trahis en rejoignant les mêmes criminels d’hier. La nature est impardonnable pour ceux qui trahissent la Nation.
Que les traîtres subissent le sort qui doit être le leur et qu’à jamais ils ne voient ni ne touchent le bonheur. »
Et d’ajouter, citant la Bible, Isaïe 33:1 : « Malheur à toi qui trahis sans avoir été trahi… Quand tu auras fini de trahir, tu seras trahi. »
Un serment de fidélité à la République
Ce 6 novembre 2025, ironie de l’histoire, Julien Paluku présidait à Kinshasa la 19ᵉ réunion des chefs d’état-major de la CIRGL, au moment même où il évoquait, non sans émotion, le souvenir de sa montée sur la colline de Chanzu douze ans plus tôt.
« J’y suis arrivé personnellement quand le colonel Makenga venait de fuir, son chapeau abandonné sur les cendres de la poudre à canon. Ce fut la première fois que le drapeau congolais flottait à nouveau sur cette terre depuis la fin de la guerre du RCD. »
Une image gravée dans la mémoire nationale : celle d’un peuple ayant vaincu l’humiliation par le courage, la foi et la fidélité. Car au-delà des commémorations, Julien Paluku appelle à la vigilance : « L’histoire nous donne un deuxième rendez-vous… Peut-être l’ultime. Gardons la flamme de l’espérance, restons fidèles à la Nation, et nous vaincrons encore. »
Douze ans après, l’esprit de Chanzu demeure
La victoire de Chanzu fut plus qu’un événement militaire : ce fut une leçon d’unité nationale. Elle rappelle que les victoires les plus décisives ne se gagnent pas seulement sur le champ de bataille, mais aussi dans les cœurs, dans la foi, dans la loyauté envers la patrie.
Aujourd’hui, alors que la RDC fait face à de nouvelles menaces, le souvenir de 2013 résonne comme un appel à la mémoire et à la vigilance.
Car, comme le disait Alain Foka, « un peuple sans histoire est un monde sans âme ».
JDW

