Kinshasa étouffe sous le béton anarchique. Plusieurs villes du pays aussi. Chaque pluie devient une menace, chaque orage un cauchemar collectif.
Ce mardi, le ministre des Infrastructures et Travaux publics, John Banza Lunda, a haussé le ton : les constructions illégales érigées sur les collecteurs d’eau et les lits des rivières seront purement et simplement démolies.

Depuis le site du pont Cabu, non loin du stade des Martyrs, le ton du ministre n’a laissé place à aucun doute : « Tout individu ayant érigé une structure sur un collecteur verra son bâtiment détruit. La loi s’appliquera à tous, sans exception. »
Une ville construite à contre-nature

La colère du ministre n’est pas tombée du ciel. Depuis plusieurs années, Kinshasa paie au prix fort le désordre urbanistique qui s’est imposé dans ses 24 communes. Des villas, des commerces et même des immeubles s’élèvent au mépris des plans d’urbanisme, bouchant des caniveaux ou empiétant sur les lits des rivières, notamment Kalamu, Funa, Makelele, Bitshaku-Tshaku, etc.
Résultat : à la moindre pluie, ces cours d’eau débordent, emportant maisons, biens et parfois des vies.
Les premières pluies de la semaine en cours ont encore transformé plusieurs quartiers – Matete, Bandalungwa, Ngiri-Ngiri, Limete ou encore Kintambo – en véritables bassins d’eau stagnante, coupant la circulation et fragilisant les infrastructures routières.
L’incivisme urbain dans le viseur

Pour le gouvernement, la cause est claire : l’incivisme urbain a franchi les limites du tolérable. Des citoyens, parfois avec la complicité de certains agents publics, érigent des constructions sur les zones interdites, sans permis ni contrôle. Une situation qui, selon John Banza Lunda, ne peut plus durer.
« Nous ne pouvons pas continuer à assister à la destruction progressive de notre capitale par ceux qui ne respectent ni la loi ni le bon sens. Nous avons reçu des instructions fermes du Chef de l’État, Félix-Antoine Tshisekedi, pour restaurer l’ordre et sauver des vies », a martelé le ministre, qui a déclaré l’état d’urgence en matière d’infrastructures.
Une politique de tolérance zéro annoncée
Le plan gouvernemental s’inscrit dans le vaste programme de modernisation et d’assainissement urbain initié par le Président Tshisekedi. Des équipes mixtes — urbanisme, environnement, police et gouvernorat — seront déployées pour identifier et démolir toutes les constructions érigées en violation des normes.
Cette campagne, selon le ministère, se veut à la fois préventive et coercitive. Préventive, pour éviter de nouveaux drames humains à l’approche des grandes pluies de novembre et décembre ; coercitive, pour mettre fin à une impunité qui a longtemps miné la gestion urbaine.
Un combat de longue haleine à l’échelle nationale
Le phénomène ne se limite pas à Kinshasa. À Lubumbashi, Mbandaka, Kisangani ou Mbuji-Mayi, les mêmes scènes se répètent : construction sauvage sur les rivières, détournement des caniveaux, absence de plan directeur. Partout, les pluies mettent à nu la fragilité des villes congolaises face à la pression démographique et au chaos urbanistique.
Restaurer l’ordre et sauver des vies
En ordonnant la démolition des bâtisses illégales, le ministre John Banza Lunda ouvre un front sensible, mais nécessaire. Cette croisade contre le désordre urbain pourrait redonner espoir à une population régulièrement frappée par les inondations et les effondrements de terrain.
Kinshasa, la mégapole aux douze millions d’habitants, veut enfin rompre avec l’anarchie du béton et renouer avec une urbanisation ordonnée. Un pari ambitieux, à condition que la volonté politique tienne bon face aux résistances et aux intérêts bien enracinés. « Il n’y aura pas de développement durable sans discipline urbaine », conclut le ministre.
Un avertissement clair : le temps des constructions anarchiques est compté.
JEK

