Le franc congolais s’est offert en septembre une respiration inattendue face au dollar américain. Après des mois de dépréciation, la monnaie nationale a regagné près de 7 % en l’espace de trois semaines. Une embellie attribuée aux interventions ciblées de la Banque Centrale du Congo (BCC) et à un discours plus volontariste du gouvernement.
Au cœur de cette reprise, une opération d’ampleur : le 18 août, la BCC a injecté 50 millions de dollars dans le système bancaire, offrant aux établissements commerciaux la liquidité nécessaire pour répondre à la demande en devises. L’opération visait à assécher la pression du marché parallèle, où le billet vert s’échangeait à des niveaux record.
Le franc se redresse, l’écart se resserre
Les graphiques ci-dessous montrent l’évolution du taux de change tout au long du mois de septembre. Le taux officiel a progressivement reculé de 2 850 à 2 750 CDF/USD, tandis que le taux parallèle s’est resserré, réduisant l’écart qui atteignait parfois plus de 100 francs en début de mois.

Graphique : évolution du taux officiel et parallèle)
Inflation : un léger répit
La stabilisation du taux de change s’est traduite par une décélération de l’inflation mensuelle, qui a reculé de 2,8 % début septembre à environ 2,3 % en fin de mois. Une accalmie encore modeste, mais bienvenue pour les ménages dont le pouvoir d’achat a été sévèrement éprouvé.

Graphique : inflation mensuelle en septembre 2025
Les limites d’une victoire d’étape
Malgré ce succès tactique, les observateurs restent prudents. « Injecter 50 millions de dollars, c’est une solution de court terme », rappelle un économiste régional. « La véritable stabilisation passe par des réformes structurelles et une gestion disciplinée des recettes minières ».
Car la fragilité demeure : la dollarisation de l’économie congolaise reste profonde, les exportations minières vulnérables aux soubresauts des cours mondiaux, et les réserves de change limitées. Le soutien du Fonds monétaire international, via la Facilité élargie de crédit, offre un filet de sécurité mais ne peut à lui seul compenser des chocs externes.
Une bataille autant psychologique qu’économique
À Kinshasa, le gouvernement tente désormais de transformer cette embellie en un pari politique : convaincre ménages et entreprises de « croire » à nouveau dans le franc congolais. Campagnes de communication, incitations fiscales et obligations de paiement en monnaie locale sont mobilisées pour renforcer le patriotisme monétaire.
Mais la confiance ne se décrète pas. Elle se gagne par la stabilité, la transparence et la discipline. Sans cela, l’appréciation de septembre pourrait n’être qu’une parenthèse, vite effacée par le retour des tensions sur le marché des changes.
Albert Osako

