Dans les artères grouillantes de Kinshasa, les bus et minibus de transport en commun ne se contentent pas de transporter des passagers. Ils véhiculent aussi des messages. Sur leurs carrosseries souvent usées par le temps s’étalent des proverbes en lingala, des adages bricolés en français, des versets bibliques entiers ou encore des maximes de sagesse inventés ou empruntées à la culture congolaise, africaine ou parfois étrangère.
Ces inscriptions, tantôt soigneusement peintes, tantôt griffonnées à la hâte, forment une véritable littérature ambulante. Elles oscillent entre prière, avertissement, humour et réflexion sociale. Un bus arbore par exemple : “Mokili ezali pasi” (“La vie est dure”), un autre proclame : “Dieu est le dernier mot”. D’autres jouent avec la dérision : “Naboyi ba problèmes” (“Je refuse les problèmes”), etc.
Une communication populaire
À Kinshasa, l’espace public est saturé de sons et d’images, mais ces écrits se distinguent par leur spontanéité et leur portée populaire. Ils fonctionnent comme des slogans adressés autant aux passagers qu’aux piétons. Le véhicule devient un média ambulant, où chacun lit, interprète et se reconnaît parfois dans les mots affichés.
Selon des chercheurs en sciences sociales, ces phrases ne sont pas de simples ornements. Elles traduisent l’imaginaire collectif de la ville : la foi religieuse omniprésente, les réalités du quotidien marquées par la pauvreté, mais aussi un sens de l’humour et de la résilience qui caractérise les Kinois.
Une diversité de registres
La variété est telle qu’on peut classer ces messages en plusieurs catégories :
- Religieux, quand ils citent la Bible ou expriment une quête de protection divine.
- Populaires, quand ils reprennent des proverbes ou des sagesses locales.
- Contestataires, lorsqu’ils évoquent, parfois avec ironie, les difficultés sociales et politiques.
- Ludiques, quand ils jouent sur l’humour ou la créativité linguistique.
Plus qu’un détail urbain
À l’heure où les grandes villes africaines s’interrogent sur leurs identités visuelles et culturelles, ces bus et taxis kinois – et même d’autres grands véhicules de transport des matériaux de construction, des poids lourds, de charriots (pousse-pousse), etc. – rappellent que l’expression populaire trouve toujours son chemin. Dans un contexte marqué par la domination des médias institutionnels et des réseaux sociaux, ces écritures demeurent un espace de liberté et de création, accessible à tous.
La communication publique et ambulante des transports collectifs est donc plus qu’un simple détail de couleur dans le paysage urbain : elle constitue une archive vivante des préoccupations, des croyances et des imaginaires qui traversent Kinshasa au quotidien.
JEK

