RDC : Tshisekedi fixe le cap entre urgence sécuritaire et apaisement politique

Alors que l’Est du pays menace de basculer sous la pression du M23 et que le Parlement est secoué par des pétitions visant ses dirigeants, le président Félix Tshisekedi a convoqué une réunion interinstitutionnelle pour rappeler que la sécurité demeure la priorité nationale et pour appeler à une rentrée parlementaire sereine et centrée sur les priorités du peuple congolais.

La Cité de l’Union africaine a servi, ce lundi, de cadre à une réunion interinstitutionnelle présidée par le chef de l’État congolais Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo. Autour de lui, les présidents des deux chambres du Parlement, Vital Kamerhe et Jean-Michel Sama Lukonde, la Première ministre Judith Suminwa, ainsi que le président du Conseil supérieur de la magistrature, Dieudonné Kamuleta. Objectif : tenter de désamorcer une double crise, sécuritaire à l’Est et politique à Kinshasa, à la veille d’une rentrée parlementaire à haut risque.

Deux poudrières menacent aujourd’hui l’équilibre fragile du pays : à Uvira, les tensions explosives entre FARDC et milices wazalendo ouvrent la voie à une percée du M23, avec le spectre d’un embrasement régional impliquant le Burundi et les rebelles RED-Tabara. À Kinshasa, c’est le Parlement qui vacille sous le choc des pétitions visant Vital Kamerhe et Jean-Michel Sama Lukonde, transformant la rentrée parlementaire en champ de bataille politique.

Uvira, nouvel épicentre des tensions sécuritaires

Au cœur des discussions, la situation explosive dans le Sud-Kivu, plus particulièrement à Uvira. La région est secouée par de vives tensions entre les Forces armées de la RDC (FARDC) et les miliciens dits wazalendo, pourtant censés coopérer face à la rébellion du M23. Les rivalités entre ces deux forces font craindre un effondrement du dispositif sécuritaire.

« Le Chef de l’État est préoccupé par cette situation et y cherche des solutions à travers une mission gouvernementale diligentée à Uvira », a rapporté Vital Kamerhe, président de l’Assemblée nationale. Et d’ajouter : « Le message est clair : la souveraineté et la sécurité de nos populations à l’Est doivent rester la priorité absolue. »

Un scénario redouté par Kinshasa : la possible avancée du M23 vers le Katanga en passant par Kamelie, sur le lac Tanganyika, ouvrant du même coup un corridor vers le Burundi pour les rebelles tutsis burundais du RED-Tabara, accusés d’être soutenus par le Rwanda.

Une rentrée parlementaire sous haute tension

Si l’Est préoccupe, la capitale n’est pas en reste. Le Parlement est traversé par une tempête inédite : des pétitions visant à destituer Vital Kamerhe à l’Assemblée nationale et Jean-Michel Sama Lukonde au Sénat ont enflammé les travées. Le week-end dernier, plusieurs députés engagés dans la bataille ont même été arrêtés à Kinshasa. Les élus anti-pétition restent sous forte pression, tandis que leurs collègues favorables à la démarche ont été relâchés, accentuant le climat délétère.

Face à ce climat explosif, le président de l’Assemblée nationale a relayé l’exhortation du Chef de l’État : « Le Président de la République nous a demandé de garantir une rentrée parlementaire sereine, centrée sur les vraies priorités nationales, c’est-à-dire celles du peuple congolais. »

Et de préciser : « Il s’attend à une rentrée qui préserve la souveraineté du pays, l’intégrité de notre territoire et surtout les droits humains. Ce n’est pas le moment de s’égarer dans des querelles internes alors que l’Est brûle. »

Entre réformes et diplomatie

La réunion a également abordé la collaboration entre Parlement et gouvernement afin d’accélérer les réformes. Une feuille de route ambitieuse, mais qui pourrait être compromise par les fractures politiques.

« Le Chef de l’État voudrait qu’on imprime une nouvelle dynamique aux réformes en cours », a insisté Vital Kamerhe. « C’est à travers le ministre ayant les relations avec le Parlement que nous allons collaborer avec Madame la Première ministre et l’ensemble du gouvernement, parce que les réformes concernent tous les secteurs de la vie nationale. »

En conclusion, l’élu de Bukavu a résumé l’esprit de la rencontre : « Le Chef de l’État voudrait absolument que nous travaillions en parfaite collaboration avec le gouvernement pour faire triompher la cause du pays. En ce moment crucial, il continue de se déployer diplomatiquement pour la sécurité du territoire. »

JDW

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