Paris et Washington au Conseil de sécurité sur la paix en RDC : posture diplomatique ou duplicité historique avec Kigali?

Le Conseil de sécurité a parlé, mais la RDC saigne toujours. Washington et Paris dénoncent Kigali avec des mots tonitruants, mais derrière cette façade diplomatique se cache une question brûlante : vont-ils enfin traduire leurs accusations en actions concrètes, ou n’était-ce qu’un écran de fumée pour calmer Kinshasa et protéger trente ans de complicités historiques ?

Le 22 août 2025, le Conseil de sécurité de l’ONU a connu une réunion extraordinaire, initiée par les États-Unis et soutenue par la France, pour examiner l’escalade des violences à l’Est de la RDC. Sur le papier, la scène semblait historique : pour la première fois, Kigali était publiquement désigné comme principal acteur du conflit. L’ambassadeur congolais Zénon Mukongo a mis les pieds dans le plat avec une virulence sans précédent, dénonçant les incursions de forces spéciales rwandaises et le soutien militaire au M23. Les images satellites, les rapports d’ONG et la documentation des massacres faisaient irruption au Conseil.

Mais derrière cette façade diplomatique se cache une question brûlante : les Américains et les Français sont-ils réellement prêts à traduire ces dénonciations en actes, ou est-ce un simple enfumage destiné à apaiser temporairement Kinshasa ?

Washington : complicité ou inertie ?

Les faits parlent d’eux-mêmes. Washington n’a jamais eu besoin de réunions au Conseil de sécurité ni de rapports onusiens pour imposer ses sanctions. Les sanctions ciblées contre des personnalités rwandaises le démontrent clairement. Pourtant, depuis plus de trois décennies, les États-Unis ont laissé Kigali agir en toute impunité sur le sol congolais. Invasion après invasion, massacre après massacre, exploitation illégale des ressources, Washington n’a jamais frappé réellement. Pis encore : parfois, les démarches diplomatiques de la RDC ont été freinées par la même puissance qui se présente aujourd’hui comme défenseur de la paix.

Cette inertie n’est pas un hasard. Elle s’explique par une alliance stratégique vieille de trente ans entre Kagame et Washington, née dans les remous du renversement de Habyarimana, consolidée à l’époque de la chute de Mobutu et de la traque des FDLR. Kagame lui-même, formé en 1981 à l’US Army War College à Carlisle – État de Pennsylvanie, a été façonné par une stratégie militaire américaine avant de revenir prendre le commandement du FPR et de conquérir le Rwanda par les armes. Depuis, ses agressions contre la RDC n’ont jamais provoqué de véritable riposte américaine. Alors, quelle crédibilité peut-on accorder à cette « fermeté » de New York ?

Paris : culpabilité historique ou duplicité ?

Sur un autre tableau, l’alliance affichée de la France avec Washington sur ce dossier relève du paradoxe. Longtemps antagoniste du FPR alors en rébellion et du régime en place à Kigali, Paris affiche aujourd’hui une commisération qui semble plus héritage du génocide de 1994 que volonté de justice. La France, complice historique du régime Habyarimana, continue de protéger Kigali par calcul diplomatique, tout en prétendant défendre la RDC.

Ce revirement aussi soulève une question : cette posture n’est-elle qu’une mascarade destinée à endormir Kinshasa et à offrir un vernis de légitimité à Kigali ?

L’histoire se répète et la RDC brûle

L’escalade des hostilités suivie de réunions diplomatiques est une tactique bien rodée de Kigali et du M23 : conquérir des territoires, fragiliser l’intransigeance congolaise et obtenir des concessions internationales. Sur le terrain, rien n’a changé : combats meurtriers à Kakanga, Matundu et Nzibira, drones kamikazes, populations civiles exposées. La rhétorique de New York n’a pas transformé cette trentenaire réalité sanglante.

So what ?

Voici la vérité nue : la RDC a été agressée pendant trente ans, ses populations massacrées, ses ressources pillées, et les puissances internationales, complices par action ou inaction, ont fermé les yeux. Alors, cette réunion du Conseil de sécurité : est-ce un tournant décisif ou un écran de fumée destiné à masquer trente ans de lâcheté et de complicité ?

Washington et Paris ont les moyens de frapper. Ils connaissent les noms, les lieux, les méthodes. Mais pour l’instant, ils se contentent de déclarations. La vraie question reste : iront-ils enfin au-delà des mots, ou la RDC devra-t-elle continuer à payer de son sang pour l’indécision et les calculs des grandes puissances ?

J Dibenga Wotsho

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