Kinshasa aux enfers : 3 mois, 25 ou 28, ces historiques arriérés de salaire signés Ngobila

3 mois, 25 mois, 28 ou plus encore, on ne situe plus la dernière fois où le personnel politique et administratif de la ville de Kinshasa a perçu son salaire ou ses émoluments. Députés ou ministres provinciaux, membres du cabinet du Gouverneur et de ses ministres, personnel d’appoint ou fonctionnaire de la ville, Gentiny Ngobila a, depuis plus de deux années et demi, mis des centaines de responsables de famille à la diète et, avec eux, leurs familles.

Au bas mot, c’est pas moins de 20.000 kinois vivant directement ou indirectement du salaire d’un des leurs au sein de l’administration de la ville de Kinshasa qui sont livrés à la débrouille. Parce que depuis bientôt trois ans – soit plus de la moitié de son mandat – que le Gouverneur Ngobila a démissionné de son obligation de rémunérer les prestations des uns et des autres. Alors que dans la même période, une infime portion de proches – faisant partie de ce que l’on appelle la « dynamique Ngobila » – jouit de facilités sous plusieurs formes pour être bénéficiaires de la dilapidation du peu des recettes que la gouvernance Ngobila peut consentir à laisser tomber dans les escarcelles du Trésor de la ville.

Arriérés de salaires, mais aussi des frais de fonctionnement et de loyer

A l’Hôtel de ville, il est devenu une habitude de croiser des personnes aux mines patibulaires, qui viennent là jouer au petit-bonheur-la-chance, espérant une hypothétique bénédiction. Ici on a, en fin de compte, fini par espérer seulement en la venue d’un Jésus pour vivre ce miracle.

Sont ainsi réduits à l’espérance, aussi bien les conseillers propres du Gouverneur que le personnel d’appoint et les fonctionnaires. Chacun, ici, peut conter l’histoire de son dernier salaire qui remonte à 22 ou 23 mois (soit deux années) pour les uns, 28 et même plus pour d’autres. Chacun s’est ainsi inscrit à l’enseigne de la débrouille, fricotant, quand il le peut, avec les recettes de la ville qui euvent lui passer sous la main.

Si, aujourd’hui, on peut parler du fonctionnement des services de la ville, le mérite revient au personnel dévoué qui met la main à la poche pour ce faire, puisque même les frais de fonctionnement sont inexistants depuis des lustres. L’administration de la ville manque jusqu’au papier duplicateur et à l’encre d’imprimante. Les administratifs recourent aux maisons de bureautique pour faire le travail de l’Etat.

Les cabinets ministériels n’en mènent pas large non plus. Des ministres aux chauffeurs en passant par les conseillers, le personnel d’appoint et les courtisans des couloirs, chacun, au Gouvernement provincial, tient son trophée de 22 à 28 mois d’impaiement.

Dans un gouvernement provincial où les conseils des ministres ne se tiennent presque jamais, les membres des cabinets utilisent leurs bureaux comme points de rencontre de leurs relations. Ils doivent, cependant, surfer avec les bailleurs pour éviter leurs imprécations.

En effet, certains ministères locataires accumulent jusqu’à 300.000 dollars d’arriérés de loyer alors que les bailleurs ne savent plus à quel Gouverneur s’en remettre.

Après avoir fait les 100 pas dans les couloirs des loges du Gouv’ sans succès, ils ont fait, également sans succès, des navettes chez Godé Mpoyi, le Président de l’Assemblée provinciale. Une assemblée provinciale ombre d’elle-même où le personnel broie également du noir alors que son Président chante la gloire du Gouverneur Ngobila chaque fois qu’un micro d la presse vient à lui passer sous la barbiche.

Quelque peu épargnés, les Députés provinciaux s’en tirent, selon les cas et surtout leurs positions autour de Ngobila et Mpoyi, avec trois mois d’arriérés d’émoluments en moyenne. Et le plus prosaïque ici est que ces mois d’arriérés sont diversement calculés par rapport à chaque député ou chaque député par rapport à lui-même.

Un député peut, en effet, cumuler des mois d’arriérés en raison des demi-mois non payés ou de mois entiers zappés. D’autres peuvent figurer parmi les malchanceux qui arrivent souvent quand il n’y a plus d’argent à distribuer. Comme la dernière fois au mois de janvier 2023 où après 18 députés servis, les 30 restants se sont vus renvoyer aux prochaines calendes. Et ils les attendent encore.

JDW

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