RDC – Révision constitutionnelle, dialogue et nouveau mandat/mission présidentiel après 2028 : Félix Tshisekedi s’en remet aux députés et sénateurs USN

Réunis samedi à la Cité de l’Union africaine, les parlementaires de la majorité présidentielle ont reçu un message sans ambiguïté du chef de l’État sur la Constitution et l’échéance de 2028. Félix Tshisekedi leur laisse la responsabilité d’engager ou non une révision de la loi fondamentale, tout en récusant tout amalgame entre le débat institutionnel et son avenir personnel au pouvoir. Une mise au point qui intervient au lendemain de l’adoption de la loi sur le référendum en seconde lecture à l’Assemblée nationale, dans un climat politique et sécuritaire sous tension.

Samedi 24 octobre, à la Cité de l’Union africaine, le président de la République a réuni les députés nationaux et les sénateurs de l’Union sacrée de la Nation (USN), dans une rencontre dominée par trois dossiers sensibles : la révision constitutionnelle, l’organisation du dialogue national et la dégradation de la situation sécuritaire dans l’Est du pays. Au cœur des échanges, une déclaration qui renvoie les élus de la majorité à leurs responsabilités, sans fermer le débat sur la Constitution.

« Cette Constitution, je ne l’aime pas, et vous le savez. Vouloir la changer ou la toucher, c’est votre responsabilité. Si, en 2028, vous refusez, je m’arrête là », a déclaré le chef de l’État, selon les propos rapportés de cette réunion.

La formule paraît politiquement lourde de sens. Alors que la perspective d’une révision constitutionnelle alimente les suspicions d’une partie de l’opposition et de la société civile, Félix Tshisekedi affirme laisser aux parlementaires le soin de décider de l’opportunité de toucher à la loi fondamentale. Mais il ne présente pas explicitement une révision comme une décision déjà arrêtée, préférant placer la responsabilité de cette éventualité du côté de sa majorité.

2028, la ligne de démarcation

En évoquant l’échéance de 2028, le président de la République entend dissocier le débat sur l’organisation de l’État de la question de son maintien au pouvoir. « N’associez pas les discussions sur le fonctionnement des institutions et l’organisation de l’État à mon avenir personnel au pouvoir », a-t-il insisté devant les élus de l’USN.

Une manière, pour lui, de désamorcer l’interprétation selon laquelle toute initiative de révision constitutionnelle serait nécessairement destinée à ouvrir la voie à un nouveau mandat présidentiel.

La nuance est essentielle : confier aux parlementaires la responsabilité d’engager une révision ne signifie pas que celle-ci est déjà décidée. Pas plus que l’affirmation de vouloir s’arrêter en 2028 ne règle, à elle seule, les interrogations politiques soulevées par le débat constitutionnel.

L’adoption, vendredi 23 octobre, de la loi sur le référendum à l’Assemblée nationale est intervenue au moment où les discussions sur l’avenir de la Constitution prennent une dimension politique accrue.

Le dialogue national, sans « glissement » revendiqué

Autre dossier abordé devant les députés et sénateurs : le dialogue national que le chef de l’État entend lancer. Félix Tshisekedi a demandé aux élus de sa majorité de mieux expliquer cette initiative à la population, dans un contexte de méfiance politique et de contestation persistante de la stratégie du pouvoir.

Il a fait savoir que cette démarche ne vise ni à organiser un glissement du calendrier politique ni à négocier un maintien artificiel au pouvoir. Elle a plutôt pour objectif de ramener le pays à une certaine « normalité » et de renforcer la cohésion nationale, alors que la crise sécuritaire fragilise davantage l’unité du territoire.

Pour ce faire, le chef de l’État a annoncé une accélération de la mise en place du dispositif chargé de conduire ce processus. Dès la semaine qui commence, la structure administrative du dialogue devrait se préciser avec la nomination de ses animateurs, la mise en place des coordinations nationales et provinciales ainsi que la désignation de deux co-facilitateurs par l’Union africaine, un homme et une femme.

Face au FRN, Tshisekedi affiche sa confiance

La réunion s’est également déroulée dans un environnement sécuritaire marqué par l’entrée officielle de Joseph Kabila dans la rébellion, à travers l’AFC/M23 et sa nouvelle structuration sous l’appellation de Front pour la refondation de la nation (FRN).

Sur ce front, Félix Tshisekedi s’est voulu rassurant, affirmant que la situation était « sous contrôle ». Il a réitéré sa confiance dans les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), qu’il a dit avoir reprises en main et qui, a-t-il également rassuré, continuent de monter en puissance malgré la persistance de réseaux d’infiltration.

Le président a, dans le même temps, vivement critiqué son homologue rwandais, Paul Kagame, qu’il accuse d’avoir entretenu pendant trois décennies une stratégie de diabolisation de la RDC auprès des capitales étrangères. Le chef de l’État s’est félicité d’avoir mis fin à cette dynamique.

L’USN affiche son unité derrière le chef de l’État

Avant la prise de parole présidentielle, les parlementaires de l’Union sacrée, regroupés par grands espaces géographiques, avaient exprimé leur soutien à Félix Tshisekedi. Le président du Sénat, Jean-Michel Sama Lukonde, s’est chargé de synthétiser leurs interventions autour de la loyauté envers la Haute Autorité politique de référence de la coalition, de la solidarité face à la guerre et du soutien aux forces engagées sur le terrain.

« Vous n’êtes pas seuls face à cette guerre d’agression », a-t-il déclaré à l’adresse du chef de l’État. Des messages d’encouragement ont également été adressés aux FARDC et aux résistants patriotes Wazalendo.

Félix Tshisekedi s’est dit « très ému et très touché par cette manifestation de soutien exceptionnelle », dans ce qu’il a présenté comme un message de moralisation à l’endroit de sa majorité.

Albert Osako

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