Le Corridor de Lobito change progressivement d’échelle. Ouverts lundi à Lusaka par le président zambien Hakainde Hichilema, les travaux de la deuxième réunion de coordination de cette infrastructure régionale ont placé au centre des discussions les progrès réalisés depuis la première session tenue en février 2026 à Luanda, mais aussi les conditions nécessaires pour transformer le corridor en véritable levier de développement économique.

La délégation de la République démocratique du Congo est conduite par le ministre d’État chargé du Plan, Guylain Nyembo, accompagné du ministre des Infrastructures et Travaux publics, John Banza Lunda, et du ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya.
De Lobito à Sakania, élargir le corridor au-delà du rail
Pour la RDC, l’un des principaux enjeux consiste à ne pas limiter le Corridor de Lobito à une infrastructure d’exportation des minerais. Le développement de l’axe Dilolo-Sakania figure ainsi parmi les priorités examinées à Lusaka.
L’ambition est de connecter davantage de territoires congolais au corridor, notamment par les routes, afin de faciliter la circulation des marchandises, d’ouvrir de nouveaux espaces économiques et de mieux intégrer les zones agricoles aux marchés.
Cette approche repose sur une idée centrale : un corridor économique ne produit pleinement ses effets que lorsqu’il irrigue les territoires qui l’entourent.
Le développement des infrastructures routières apparaît dès lors comme un complément indispensable aux infrastructures ferroviaires et minières. Il s’agit de rattacher progressivement les différents axes routiers au Corridor de Lobito afin que ses retombées économiques dépassent les seuls sites d’extraction.
Transformer localement plutôt qu’exporter brut
Les discussions de Lusaka portent également sur la transformation locale des produits. Pour les participants, l’enjeu est de favoriser davantage de valeur ajoutée avant l’exploitation ou l’exportation des ressources.
La question concerne particulièrement les minerais stratégiques, mais également le potentiel agricole des territoires traversés par le corridor.
Le développement de nouvelles zones agricoles, leur raccordement aux infrastructures de transport et la création de nouvelles villes ou pôles urbains font partie de cette réflexion sur l’aménagement du territoire.
La RDC entend ainsi inscrire le Corridor de Lobito dans une stratégie plus large combinant infrastructures, industrialisation, agriculture, urbanisation et commerce régional.
Énergie et routes : les conditions du décollage privé
Autre préoccupation soulevée au cours des travaux : la disponibilité de l’énergie et des infrastructures routières.
Les besoins des opérateurs privés engagés ou intéressés par les opportunités offertes par le corridor nécessitent, selon les participants, un environnement logistique plus performant. L’amélioration des routes et l’accès à l’électricité sont donc considérés comme des conditions essentielles pour attirer les investissements, développer les activités industrielles et réduire les coûts de production et de transport.
La connexion des routes au corridor doit également permettre de mieux répartir les bénéfices du projet entre les différentes entités territoriales de la RDC.
Le cobalt au cœur des enjeux
Le poids du Corridor de Lobito dans les chaînes d’approvisionnement en minerais stratégiques constitue un autre élément central des discussions.
Selon les données avancées dans le cadre de la réunion, 70 % de la production mondiale de cobalt devraient passer par ce couloir. Une perspective qui confère au corridor une portée dépassant largement les frontières de l’Angola, de la RDC et de la Zambie.
Mais pour Kinshasa, la question est précisément de savoir comment transformer cette position stratégique en création de richesse sur le territoire national, plutôt qu’en simple voie d’évacuation des matières premières.
John Banza Lunda attendu sur les infrastructures
Cette dimension sera directement abordée lors de la première session consacrée aux « Investissements dans le secteur des infrastructures ».
Le ministre des Infrastructures et Travaux publics, John Banza Lunda, doit y présenter la réponse de la RDC sur les infrastructures nécessaires à la consolidation et à l’extension du corridor.
Son intervention devrait notamment permettre de replacer les investissements routiers dans la stratégie congolaise de développement du Corridor de Lobito : connexion des axes nationaux, désenclavement des territoires, accès aux zones de production et accompagnement des nouveaux pôles économiques.
Lobito et la ZLECAf
Les participants examinent également l’inscription du Corridor de Lobito dans la dynamique de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
L’enjeu est de faire de cette infrastructure un instrument de facilitation des échanges à l’échelle régionale et continentale, en favorisant la circulation des biens, l’intégration des chaînes de valeur et le développement du commerce intra-africain.
À Lusaka, le corridor est donc abordé non seulement comme une voie logistique, mais comme une plateforme de croissance, d’intégration économique et de stabilité régionale.
Les travaux de cette deuxième réunion de coordination, qui doivent se poursuivre autour de ces différents axes, prendront fin mardi 6 octobre 2026. Pour la RDC, le défi est désormais de convertir les engagements autour du Corridor de Lobito en infrastructures concrètes, capables de connecter les territoires, de soutenir les investissements privés et de transformer les ressources naturelles en davantage de valeur ajoutée et d’emplois.
JEK

