Après des années de paralysie, Congo Airways, la compagnie aérienne nationale de la République démocratique du Congo pose les jalons d’une reprise progressive. Visite technique à N’djili, moteurs à reconquérir, finances à assainir : un défi immense, mené loin des caméras.
C’est une renaissance qui se prépare dans l’ombre, loin du brouhaha médiatique et des polémiques. Après plusieurs années d’arrêt total de ses activités, Congo Airways, la compagnie aérienne nationale de la République démocratique du Congo, s’apprête à retrouver le chemin des airs.
Non pas d’un seul coup, mais étape par étape, avec méthode et prudence.
Le 25 septembre prochain, la Direction générale, accompagnée de son équipe technique, se rendra à l’aéroport international de N’djili pour une visite des matériels de production rénovés.
Un rendez-vous hautement symbolique : celui de la préparation des vols d’essai, prélude à la réouverture des agences, à la mise en vente des billets et, à terme, à la reprise des vols commerciaux.
Une relance sous contrôle institutionnel
Derrière cette mécanique de relance, une volonté politique affirmée. Celle du chef de l’État, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, qui tient à voir la compagnie de droit congolais « reprendre son envol et retrouver sa place dans le transport aérien national et international ».
Un objectif porté par un dispositif institutionnel dense : le Vice-Premier ministre des Transports, Jean-Pierre Bemba Gombo, à la tête du Comité de relance ; le Conseil d’administration, présidé par Jean-Bertrand Ewanga ; et une équipe dirigeante incarnée par le directeur général Alexandre Tshikala Mukendi et son adjointe, la Commandante Mamitsho Pontshia.
Ces derniers mois, un travail préparatoire considérable a été mené dans la discrétion : régularisation de la situation financière des agents pour certains mois, harmonisation des partenariats, formation du personnel, remise en état progressive des appareils. Un assainissement rendu possible avec l’appui de la CNSS, l’actionnaire le plus déterminant, et l’implication de plusieurs ministères — Transports, Finances, Budget, Santé —, sous l’égide de la Primature.
Un Airbus A320 et un Embraer 190 en ligne de mire
La flotte reste le nerf de la guerre. La relance passe par la remise progressive en exploitation des appareils disponibles, notamment un Airbus A320 et un Embraer 190.
Pour les deux Airbus cloués au sol, des solutions sont à l’étude, dont la location des moteurs nécessaires à leur remise en état de navigabilité.
Pour le baptisé « Laurent-Désiré Kabila », l’acquisition de nouveaux moteurs est envisagée afin de reconstituer une véritable capacité de production. Objectif affiché : réduire la dépendance à la location et redonner à la compagnie ses propres moyens de production.
Mais aucun avion ne décollera sans assainissement financier. La régularité des états financiers ayant connu des difficultés depuis 2022, leur mise à jour apparaît comme un préalable.
« La relance ne peut pas se limiter au retour d’un avion dans le ciel », insiste une source proche du dossier. Elle doit permettre de générer des recettes, d’équilibrer les charges et de reconstruire durablement la santé financière de l’entreprise.
Les agents, acteurs ou spectateurs ?
Reste la question sociale. La rémunération des agents demeure une préoccupation légitime, reconnaît la direction. Mais elle pose une équation simple : une compagnie à l’arrêt ne produit rien, ne vend rien, ne vole pas.
« Entre la relance et la paie, il ne s’agit pas d’opposer les deux, mais de comprendre que la relance constitue l’une des conditions essentielles de la régularité de la paie », plaide-t-on du côté de la Direction générale. Autrement dit : faire de chaque agent un ambassadeur de la relance plutôt qu’un spectateur attentiste.
Des zones d’ombre à ne pas ignorer
Il reste vrai que le processus ne fait pas l’économie des difficultés : insuffisance des outils de production, contraintes financières, rupture avec KLASSET, interrogations autour de la gestion de l’entreprise. Des questions qui, selon la direction, ne peuvent être ignorées, mais qui doivent être examinées « sur la base d’éléments vérifiables » et à travers les mécanismes de contrôle prévus à cet effet.
« Des accusations non étayées ne sauraient tenir lieu de conclusions définitives », tranche-t-on.
La ministre du Portefeuille, saisie par le président du Conseil d’administration, a confirmé à la Première ministre sa volonté de poursuivre le plan de relance conformément aux orientations déjà engagées. Le pilotage reste donc inscrit dans le cadre institutionnel arrêté autour du Vice-Premier ministre des Transports.
Un pari loin d’être gagné
Congo Airways parviendra-t-elle à renaître de ses cendres ? Rien n’est moins sûr. Mais une chose est certaine : les jalons sont posés. La compagnie, qui incarne la souveraineté aérienne de la RDC joue là une partie décisive.
Entre transparence, contrôle et responsabilité, le véritable défi n’est pas seulement technique ou financier. Il est politique et moral.
Car au-delà des avions, c’est la crédibilité de tout un pays dans le ciel national et international qui est en jeu.
Jonas Eugène Kota

