Le Gouvernement congolais passe de la programmation à l’épreuve parlementaire. La Première Ministre Judith Suminwa Tuluka a déposé mardi à l’Assemblée nationale le projet de loi de finances pour 2027, arrêté à 56.929 milliards de francs congolais, soit environ 24,8 milliards de dollars américains. Un niveau présenté comme un budget « d’action et de souveraineté », destiné à donner une traduction financière aux engagements du Programme d’actions du Gouvernement.
Avec ce texte, l’exécutif entend concentrer l’effort public sur les dossiers jugés prioritaires : la sécurité et la défense, la relance de la production agricole, le pouvoir d’achat, les infrastructures et la rémunération des agents de l’État.
Mais le budget 2027 se veut également une réponse aux échéances politiques et institutionnelles à venir, avec des crédits prévus pour les élections, l’identification de la population et le dialogue national.
Le calendrier électoral et le dialogue déjà budgétisés
Le projet de finances 2027 s’inscrit aussi dans un calendrier politique particulier. Des crédits sont prévus pour accompagner les prochaines opérations électorales ainsi que l’identification de la population.
Le dialogue national convoqué par le Président de la République a également été intégré dans les prévisions. « Le dialogue national convoqué par le Président de la République a été pris en charge », a confirmé Judith Suminwa, évoquant également les crédits destinés aux élections et à l’identification de la population.
Cette inscription budgétaire donne au projet de loi une dimension qui dépasse la seule gestion économique : il doit également permettre à l’État de financer les processus institutionnels attendus au cours de la période.
La sécurité au premier rang
La situation sécuritaire, particulièrement dans l’Est du pays, occupe une place centrale dans les arbitrages budgétaires.
« Nous avons travaillé sur un budget qui regarde les questions de sécurité et de défense parce que nous devons vraiment travailler sur le retour de la paix dans notre pays et particulièrement à l’est du pays », a expliqué Judith Suminwa après le dépôt du texte.
L’ambition affichée est ainsi de mettre les moyens financiers au service du retour de la paix, dans un contexte où les dépenses liées à la défense et à la sécurité pèsent fortement sur les finances publiques.
Produire davantage pour soutenir le pouvoir d’achat
Autre priorité : le coût de la vie et le pouvoir d’achat. Le Gouvernement mise notamment sur l’agriculture et l’augmentation de la production locale pour agir sur l’offre et réduire la dépendance aux importations.
La rémunération des agents et fonctionnaires de l’État est également intégrée dans les prévisions, conformément aux engagements pris dans le cadre des accords conclus avec les organisations syndicales.
L’exécutif cherche donc à agir simultanément sur plusieurs leviers : soutenir la production, améliorer les revenus et maintenir les investissements publics.
Routes, aéroports et universités dans le viseur
Le volet investissement occupe une autre place importante dans le projet de budget. Les infrastructures routières, aéroportuaires et universitaires figurent parmi les secteurs ciblés par l’effort public.
Cette orientation traduit la volonté du Gouvernement de faire du budget un instrument de transformation plutôt qu’un simple mécanisme de fonctionnement de l’État. Elle pose toutefois, en parallèle, la question de la capacité à mobiliser effectivement les ressources nécessaires à ces ambitions.
C’est précisément sur les recettes que l’exécutif entend renforcer son action. La digitalisation des services d’assiette, le suivi de la facture normalisée et de la TVA doivent contribuer à élargir et sécuriser les ressources publiques.
Du Gouvernement au Parlement
Entourée notamment des vice-Premiers ministres Daniel Mukoko Samba et Adolphe Muzito, respectivement chargés de l’Économie nationale et du Budget, ainsi que des ministres Doudou Fwamba, Guy Loando, Massamba Wa Massamba et Patrick Muyaya, la Première Ministre a ainsi officiellement transmis au Parlement les principaux instruments financiers de l’exercice 2027.
Le dépôt du projet de loi de finances ouvre désormais la phase d’examen parlementaire. Les députés devront se prononcer sur les prévisions de recettes et de dépenses, mais aussi sur les choix opérés dans l’allocation des ressources publiques.
Parallèlement, la reddition des comptes de l’exercice 2025 permettra au Parlement de confronter les prévisions budgétaires antérieures à leur exécution effective et d’examiner les éventuels écarts entre les crédits programmés et les réalisations.
Avec ses 56.929 milliards de francs congolais, le budget 2027 place ainsi le Gouvernement Suminwa devant un double défi : financer les priorités de souveraineté et de développement tout en renforçant la mobilisation des recettes. Pour l’exécutif, l’enjeu sera désormais de transformer cette enveloppe record en résultats mesurables sur le terrain.
JEK

