Du champ aux marchés mondiaux : la RDC veut aligner sa production agricole sur les exigences de l’export

Produire davantage ne suffit plus. Pour transformer son potentiel agricole en recettes d’exportation, la République démocratique du Congo entend désormais mieux articuler sa politique agricole avec sa stratégie commerciale.

C’est tout l’enjeu d’une réunion technique tenue ce mercredi au ministère de l’Agriculture, réunissant les responsables des deux secteurs et plusieurs services spécialisés.

La rencontre, coprésidée par le ministre d’État en charge de l’Agriculture, Muhindo Nzangi Butondo, et le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, a porté sur l’adéquation entre les capacités productives congolaises et les exigences des marchés internationaux auxquels la RDC bénéficie d’un accès préférentiel.

Parmi ces débouchés figurent notamment les États-Unis, à travers l’AGOA, le Royaume-Uni, la Chine et l’Union européenne. Sur le marché européen, le système REX (Registered Exporter System) permet aux exportateurs enregistrés d’attester eux-mêmes l’origine des marchandises, dans le respect des règles applicables, afin de simplifier certaines procédures.

De la production à la conformité

Les échanges ont associé notamment l’ONAPAC, l’OCC, l’ANAPEX et le Service national des semences. L’objectif est de rapprocher les différents maillons de la chaîne, depuis la disponibilité des intrants et la production jusqu’à la certification et l’accès aux acheteurs internationaux.

Plusieurs priorités ont été identifiées : actualisation des conditions d’accès aux marchés, respect des normes sanitaires et de qualité, organisation des circuits d’approvisionnement, accès aux semences améliorées et délivrance des certificats phytosanitaires.

Cette approche répond à une faiblesse classique des économies agricoles : disposer de débouchés commerciaux sans être en mesure de fournir, au moment voulu, des produits conformes aux standards et aux volumes exigés.

À l’inverse, une hausse de la production qui n’est pas accompagnée de mécanismes d’exportation efficaces peut exposer les producteurs à des pertes et rendre les marchés théoriques plutôt que réels.

Une coordination désormais régulière

Pour éviter cette rupture entre l’offre agricole et la demande internationale, les deux ministères ont décidé d’instaurer une réunion technique bimensuelle associant l’ensemble des services intervenant dans la chaîne, de la production à la commercialisation extérieure.

Une évaluation interministérielle trimestrielle permettra, en outre, de mesurer les résultats obtenus et d’identifier rapidement les blocages administratifs, techniques ou logistiques.

Le ministère de l’Agriculture s’est engagé à œuvrer à la mise en place d’une chaîne de production suffisamment régulière pour répondre aux exigences des marchés extérieurs, en quantité comme en qualité.

De son côté, le ministère du Commerce extérieur prévoit de centraliser sur le Portail d’Information Commerciale (PIC) les exigences et réglementations applicables aux différents marchés internationaux, afin de fournir aux exportateurs et importateurs une information directement exploitable.

Transformer les préférences commerciales en opportunités réelles

L’enjeu dépasse ainsi la seule augmentation des volumes agricoles. Il s’agit de convertir les préférences commerciales accordées à la RDC en contrats, en revenus pour les producteurs et en recettes pour l’économie nationale.

La démarche s’inscrit dans la vision du Président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo visant à renforcer la production agricole et la « revanche du sol sur le sous-sol ». Une ambition qui suppose désormais que le produit congolais puisse franchir toutes les étapes qui séparent le champ du consommateur international.

La digitalisation constitue l’un des leviers de cette transformation. Le Portail d’Information Commerciale, actuellement en cours de déploiement et progressivement enrichi, doit notamment permettre aux opérateurs de disposer d’une meilleure visibilité sur les conditions d’accès aux marchés.

L’objectif est donc de faire en sorte que la production congolaise ne s’arrête plus aux portes des exploitations : du champ au marché mondial, chaque maillon doit désormais fonctionner dans la même direction.

Jonas Eugène Kota

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