Un tournant politique majeur se dessine en République Démocratique du Congo. Au terme d’une audience cruciale accordée ce vendredi à la Cité de l’Union Africaine (UA), le Cardinal Fridolin Ambongo, agissant aux côtés des représentants des grandes confessions religieuses, a annoncé que le Président Félix Tshisekedi avait donné son accord de principe pour la tenue d’un dialogue politique national et inclusif.
Cette annonce intervient dans un climat de fortes tensions sécuritaires à l’Est et de surchauffe politique dans la capitale.
Une lueur d’espoir après un tête-à-tête stratégique
C’est un Cardinal Ambongo au ton mesuré mais résolument engagé qui s’est exprimé devant la presse à sa sortie de la Cité de l’UA. L’archevêque métropolitain de Kinshasa, souvent critique envers le pouvoir en place qui ne le rate pas non plus, s’est fait le porte-voix d’une initiative collective unissant notamment la CENCO (Conférence épiscopale nationale du Congo), l’ECC (Église du Christ au Congo), la COMICO (confession islamique) et l’ERC (Église de réveil du Congo).
« Le Président de la République a réaffirmé sa volonté de rassembler les Congolais. Il accepte le principe d’un dialogue politique inclusif pour décrisper la situation et consolider la cohésion nationale face aux défis majeurs qui menacent notre patrie », ont rapporté des sources ecclésiastiques à l’issue de la rencontre.
Ce feu vert présidentiel marque un virage important pour le pouvoir. Le président Tshisekedi avait déjà manifesté des ouvertures en début d’année avant de faire volte-face. Cette fois-ci, l’engagement semble plus concret, et les confessions religieuses ont été officiellement chargées d’accompagner le processus, avec la publication imminente d’une feuille de route.
Une intense démarche diplomatique avec Brazzaville et Bujumbura
L’acceptation de ce dialogue par le Chef de l’État n’est pas isolée ; elle couronne une série de manœuvres diplomatiques régionales intenses menées en coulisses. Le Cardinal Ambongo lui-même s’était rendu le 9 juillet dernier à Brazzaville pour consulter le président Denis Sassou-Nguesso sur la nécessité de ce sursaut national.
En parallèle, des délégations et des coalitions de politiques et de la société civile congolaise, à l’instar de la Dynamique C64, s’étaient récemment rendues à Bujumbura auprès du président Évariste Ndayishimiye pour plaider la cause d’un dialogue inclusif capable de stabiliser la sous-région.
Ces consultations croisées entre Kinshasa, Brazzaville et Bujumbura soulignent le caractère transfrontalier de la crise et la volonté des pays voisins de voir la RDC retrouver sa stabilité interne.
L’urgence des combats au Sud-Kivu et la fronde sociale à Kinshasa
Le revirement de Kinshasa s’explique par une double pression, militaire et interne.
Sur le front militaire : La situation sécuritaire dans l’Est de la RDC est jugée critique. Parallèlement aux territoires sous emprise du M23/AFC au Nord-Kivu, on assiste ces derniers jours à une escalade violente des combats sur les lignes de front du Sud-Kivu. Face au risque d’embrasement total, l’unité nationale n’est plus une option mais une urgence vitale.
Sur la scène politique interne : L’opposition et la société civile maintiennent une pression constante sur le gouvernement. La coalition d’opposition a d’ailleurs confirmé le maintien d’une nouvelle grande marche pacifique prévue le mercredi 22 juillet. Cette mobilisation vise à contester la gouvernance, à réclamer des réformes institutionnelles et à dénoncer le projet de révision constitutionnelle qui cristallise les tensions.
Les grands enjeux de l’agenda à venir
Si le principe du dialogue est désormais acté, sa mise en œuvre pratique soulève d’immenses défis qui détermineront la suite des événements.
L’union sacrée face à la guerre : Pour le pouvoir, l’objectif prioritaire de ces assises est de mobiliser la classe politique derrière les FARDC (Forces armées de la RDC) pour faire bloc contre les agressions à l’Est. De son côté, l’opposition entend exiger un audit et une réforme en profondeur de l’appareil sécuritaire.
La question constitutionnelle et institutionnelle : Les réformes électorales et le rejet par l’opposition du projet de changement de Constitution seront au cœur des débats. Des mouvements comme la C64 ont d’ores et déjà conditionné leur participation au retrait pur et simple de ce projet réformateur.
La décrispation et la paix sociale : Pour restaurer la confiance, la libération des détenus politiques et d’opinion, ainsi que l’arrêt des poursuites visant les figures majeures de l’opposition, seront mis sur la table comme préalables indispensables à un consensus durable.
Les modalités de ce forum — notamment le choix de la médiation, le calendrier exact et la liste définitive des participants — doivent faire l’objet de discussions urgentes.
Reste à savoir si cette annonce majeure du Cardinal Ambongo suffira à désamorcer la rue avant le 22 juillet. En attendant, une chose est sûre : le calendrier politique congolais vient de s’accélérer brutalement.
JEK

