Le barreau de la République démocratique du Congo célèbre, ce vendredi 10 juillet, ses 58 ans d’existence, un anniversaire marqué par une mobilisation nationale de la corporation autour des défis de l’éthique, de l’indépendance de la magistrature et du renouvellement des générations.
Créé par l’ordonnance-loi historique du 10 juillet 1968, l’ordre des avocats congolais s’est déployé à travers tout le pays, du jeudi 9 au samedi 11 juillet, pour une série de manifestations scientifiques, éthiques et confraternelles.
Un afflux inédit de candidats et le défi déontologique
À Kinshasa-Gombe, les commémorations se sont ouvertes sous la direction du Bâtonnier national, Michel Shebele. Ce dernier a centré son message sur la responsabilité des aînés face à l’arrivée massive de nouveaux stagiaires dans la profession, insistant sur le renforcement des capacités et la transmission des valeurs éthiques.
Signe de cette vitalité, un concours d’art oratoire a opposé les jeunes figures du barreau de la capitale autour d’une thématique symbolique : « L’avocat peut-il briser le plafond de verre sans perdre sa robe ? ».
Parallèlement, le barreau de Kinshasa-Matete a choisi d’allier l’esprit au corps en articulant son programme entre des sessions scientifiques au collège Boboto et des rencontres sportives prévues au Stade Tata Raphaël.
Dans le détail, les sessions scientifiques de Kinshasa se sont concentrées sur les modules suivants :
Droit sectoriel et investissements : Une table ronde dédiée à l’analyse critique de l’évolution du droit des hydrocarbures en RDC, décortiquant le cadre légal des contrats de partage de production et les obligations environnementales des opérateurs économiques.
Rôle institutionnel : Une conférence-débat magistrale animée par le bâtonnier André Kibambe, axée sur la contribution historique et contemporaine du défenseur judiciaire dans l’édification de l’État de droit et la consolidation de la démocratie.
Matinée déontologique : Des ateliers pratiques de casus centrés sur le secret professionnel, la gestion des conflits d’intérêts et les devoirs de confraternité, conçus spécialement pour orienter le flux des nouveaux stagiaires.
Cap sur la formation technique en province
La dynamique s’est également propagée dans les provinces judiciaires de l’arrière-pays. Au Kongo Central, la Bâtonnière Chérine Luzaisu a piloté un cycle intensif de formation continue à Matadi, réunissant plus de 340 avocats.
Les travaux y ont abordé des questions techniques pointues : la fiscalité liée à l’exercice de la profession d’avocat ; les procédures de référés administratifs ; ainsi que la prévention des fautes de gestion devant la Cour des comptes.
Innover pour s’adapter aux mutations contemporaines a été le mot d’ordre, matérialisé par un concours de plaidoirie original intitulé « Accusez ou défendez un drone », projetant les praticiens du droit face aux défis des nouvelles technologies.
À travers les autres provinces, les sessions juridiques mettent en lumière des problématiques locales et régionales majeures :
À Lubumbashi (Haut-Katanga) : Les panels scientifiques se sont focalisés sur le droit minier et la Responsabilité sociétale des entreprises (RSE), analysant l’impact des révisions du Code minier sur les communautés locales et le rôle de l’avocat dans la négociation des cahiers des charges.
À Mbuji-Mayi (Kasaï-Oriental) : Les débats ont tourné autour de la sécurité juridique des investissements fonciers et du contentieux lié à l’exploitation artisanale des matières précieuses, visant à harmoniser les pratiques judiciaires face au droit coutumier.
À Goma (Nord-Kivu) : Une session spéciale a été consacrée à l’articulation entre le droit pénal congolais et le droit international humanitaire en période de crise, renforçant les outils de défense des victimes d’exactions.
L’indépendance face aux pressions politiques
Au-delà des festivités et des mises à niveau techniques, cette édition des 58 ans s’est muée en une tribune de défense des fondamentaux de la profession. Plusieurs doyens de la corporation, parmi lesquels le bâtonnier honoraire Matadi Wamba, sont montés au créneau pour rappeler la nécessité absolue de préserver l’indépendance du barreau face aux pressions extérieures.
Dans un contexte de réformes sectorielles — illustré à Kinshasa par des débats de fond sur le droit des hydrocarbures —, les participants ont réaffirmé le rôle crucial de l’avocat comme sentinelle de l’État de droit et pilier indispensable à la consolidation de la démocratie en RDC.
Jonas Eugène Kota

