Déclaration de la CENCO sur la réforme constitutionnelle : l’archidiocèse de Kananga rabroue les abbés rebelles et rappelle à l’unité

L’épisode de la fronde menée par un groupe de prêtres de l’archidiocèse de Kananga contre la déclaration de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) sur la réforme constitutionnelle semble connaître son premier véritable épilogue. Après plusieurs jours de controverse alimentée par une « mise au point » contestant la portée du message des évêques du 19 juin 2026, le Vicariat général de l’archidiocèse de Kananga est sorti de son silence en publiant un message solennel intitulé « Un seul cœur et une seule âme », véritable appel à l’unité et au respect de la communion ecclésiale. (Lire la déclaration en fin d’article)

Sans citer nommément les auteurs de la « mise au point », le document signé par les deux vicaires généraux de l’archidiocèse apparaît comme une réponse directe aux divisions suscitées par cette initiative, tout en réaffirmant sans ambiguïté la légitimité de la signature de l’archevêque métropolitain de Kananga, Mgr Félicien Ntambue Kasembe, au bas de la déclaration de la CENCO.

Une mise au point qui désavoue les interprétations divergentes

Dès les premières lignes, le Vicariat général constate avec inquiétude qu’à la suite du message des évêques de la CENCO intitulé « La nation est en péril ! Dressons nos fronts, prenons le plus bel élan », une vague de « messages de manipulation, de division et d’incitation à la haine » a envahi les réseaux sociaux.

Face à cette situation, les autorités diocésaines disent vouloir inviter les fidèles « à la retenue, au discernement, à la prudence et à un profond sens de l’Église ». Un langage qui tranche avec celui adopté quelques jours plus tôt par les prêtres signataires de la « mise au point », lesquels avaient publiquement contesté l’interprétation du message de la CENCO en soutenant que celui-ci ne s’opposait nullement à une réforme de la Constitution.

« La collégialité n’est pas la trahison »

Le cœur du document est sans doute contenu dans son premier chapitre, significativement intitulé : « Rétablir la vérité : la collégialité n’est pas la trahison ».

Le Vicariat général y dénonce « certaines voix égarées » qui tentent de faire croire que l’archevêque de Kananga, en signant la déclaration de la CENCO, se serait positionné contre le Chef de l’État. Une telle lecture est qualifiée de « totalement fausse et biaisée », signent les deux vicaires.

Cette précision constitue une réponse implicite aux arguments développés dans la « mise au point » des prêtres, qui s’efforçaient de relativiser la portée de la signature de Mgr Félicien Ntambue Kasembe en la présentant comme un simple acte de collégialité sans conséquence particulière. À l’inverse, le Vicariat général rappelle que la participation de l’archevêque à une déclaration de la CENCO relève précisément de cette collégialité épiscopale qui fonde la parole commune de l’épiscopat.

Le document va plus loin en prenant ouvertement la défense de Mgr Félicien Ntambue Kasembe. Les vicaires généraux présentent leur archevêque comme « un pasteur engagé pour le bien de tous », travaillant sans relâche à l’amélioration des conditions de vie des populations du Grand Kasaï.

Ils rappellent également qu’il demeure fidèle à l’Évangile tout autant qu’aux aspirations légitimes de son peuple et qu’il partage les souffrances d’un pays confronté à une guerre persistante.

En outre, le Vicariat général condamne fermement les accusations diffusées sur les réseaux sociaux concernant une prétendue mauvaise gestion de fonds destinés à des projets sociaux à Kabinda et Kananga, qualifiant ces allégations de « grave diffamation ».

Un rappel à la communion ecclésiale

Au-delà de la défense de l’archevêque, le message constitue surtout un rappel des principes fondamentaux qui régissent l’organisation de l’Église catholique. Les autorités diocésaines dénoncent les tentatives d’instrumentalisation de la parole de l’Église à des fins de division et mettent en garde contre les « acteurs de l’ombre » qui exploiteraient les réseaux sociaux pour semer le doute au sein des fidèles.

Cette mise en garde intervient précisément après la diffusion de textes contestant publiquement la position de la CENCO sur la réforme constitutionnelle. Sans jamais citer leurs auteurs, le Vicariat général semble ainsi répondre aux divisions provoquées par cette initiative en appelant les catholiques à faire preuve de discernement plutôt que de céder aux interprétations partisanes.

« Formons un seul corps autour de notre Pasteur »

La conclusion du document laisse peu de place au doute sur le message que souhaite adresser l’archidiocèse. Les fidèles sont invités à « cesser de relayer les messages de haine et de discorde », à « cultiver le sens de l’Église » et surtout à « former un seul corps autour de notre Pasteur, Mgr Félicien Ntambue Kasembe ».

Cette exhortation apparaît comme un rappel explicite du principe de communion hiérarchique qui structure l’Église catholique et selon lequel les prêtres exercent leur ministère en communion avec leur évêque. Dans le contexte créé par la publication de la « mise au point » d’un groupe d’abbés contestant la lecture de la déclaration de la CENCO, cette invitation prend une portée particulière : elle réaffirme que la référence institutionnelle de l’archidiocèse demeure son archevêque et non des initiatives individuelles, quelles qu’elles soient.

Après plusieurs jours d’une polémique qui avait mis en lumière une fracture inédite entre certains prêtres de Kananga et l’épiscopat congolais, le message du Vicariat général apparaît comme un recadrage institutionnel destiné à restaurer la cohésion ecclésiale. En réaffirmant la légitimité de la démarche de Mgr Félicien Ntambue Kasembe au sein de la CENCO, en dénonçant les interprétations qualifiées de « fausses et biaisées » et en appelant les fidèles à se rassembler autour de leur pasteur, l’archidiocèse de Kananga referme ainsi, au moins sur le plan institutionnel, la parenthèse ouverte par la contestation publique d’une partie de son clergé.

Ce faisant, les autorités diocésaines réaffirment un principe central de la tradition catholique : si le débat peut exister, il ne saurait se construire au prix de la communion ecclésiale ni conduire à fragiliser la parole collégiale de l’épiscopat.

Jonas Eugène Kota

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