Par un Député honoraire ayant requis l’anonymat
Depuis l’indépendance de la République démocratique du Congo, un phénomène se répète avec une régularité presque troublante. Les régimes changent, les présidents se succèdent, les slogans politiques évoluent, mais une constante demeure : la CENCO finit toujours par entrer en collision avec le pouvoir.
Hier, le cardinal Joseph-Albert Malula face à Mobutu. Ensuite, le cardinal Laurent Monsengwo face aux dérives de la transition et des régimes Kabila. Aujourd’hui, le cardinal Fridolin Ambongo face au pouvoir de Félix Tshisekedi.
Coïncidence ? Certainement pas.
La véritable constante n’est pas la CENCO. La véritable constante, c’est la tentation, chez les détenteurs du pouvoir, de considérer toute critique comme une déclaration de guerre et toute voix indépendante comme un ennemi politique.
La doctrine sociale de l’Église ne change pas au gré des élections. Elle ne prête pas serment à un président. Elle ne distribue pas des brevets de légitimité.
Elle rappelle inlassablement que le pouvoir est un service, que la personne humaine est sacrée, que la justice est supérieure à la force, que les libertés publiques ne sont pas des faveurs accordées par les gouvernants et que le bien commun prime sur les intérêts d’un camp.
C’est précisément cette indépendance qui dérange.Dans un pays où de nombreuses institutions ont parfois été fragilisées ou politisées, l’Église catholique demeure l’une des rares structures nationales capables de parler sans attendre une nomination, un marché public ou une promotion. Cette liberté de parole est sa force… et aussi la raison pour laquelle elle devient régulièrement la cible des pouvoirs en place.
Chaque régime semble persuadé que les critiques de la CENCO visent sa personne. Pourtant, les évêques changent, les présidents changent, mais les mêmes rappels reviennent : respect de la Constitution, protection de la dignité humaine, justice, transparence, élections crédibles, paix et réconciliation.
Une question mérite alors d’être posée : si tous les pouvoirs finissent par accuser la CENCO d’être « dans l’opposition », ne faudrait-il pas se demander si ce n’est pas plutôt la difficulté chronique du pouvoir congolais à accepter un véritable contre-pouvoir moral ?
Une démocratie n’a pas besoin d’une Église silencieuse. Elle a besoin d’institutions capables de parler lorsque le droit vacille, lorsque les libertés sont menacées ou lorsque la voix des plus faibles risque d’être étouffée.
On peut contester les analyses ou les prises de position de la CENCO. C’est le propre du débat démocratique. Mais vouloir réduire au silence une institution simplement parce qu’elle rappelle des exigences éthiques serait une erreur. Car lorsqu’un pouvoir ne tolère plus aucune parole indépendante, ce n’est plus seulement l’Église qui est en cause : c’est la santé même de la démocratie.

