Révision constitutionnelle : Félix Tshisekedi appelle à un débat serein alors que la tension monte face à la CENCO et autour du 8 juillet

Au moment où le débat sur une éventuelle révision de la Constitution cristallise les divergences entre la majorité et l’opposition, le Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a consacré une importante partie de son message à la Nation à l’occasion du 66ᵉ anniversaire de l’indépendance à défendre une approche qu’il veut « républicaine » et apaisée des réformes institutionnelles.

Cette prise de position intervient dans un climat politique particulièrement tendu. Alors que plusieurs forces de l’opposition dénoncent ce qu’elles considèrent comme une tentative de modification des règles du jeu politique, elles maintiennent leur appel à une marche prévue le 8 juillet prochain. Ce rendez-vous est perçu par de nombreux observateurs comme un test majeur pour le climat politique du pays, dans un contexte déjà marqué par la guerre dans l’Est, les débats sur la gouvernance et les inquiétudes liées à la stabilité institutionnelle.

Conscient de ces tensions, le Chef de l’État a d’abord reconnu la légitimité du débat démocratique, tout en mettant en garde contre les risques de polarisation. « Notre pays traverse des débats politiques importants. Cela est normal dans une démocratie vivante », a-t-il reconnu avant d’ajouter : « Le débat est légitime, le désaccord est naturel, la contradiction est utile, lorsqu’ils s’expriment dans le respect de la République, de ses institutions, de ses lois et de l’intérêt supérieur de la Nation. »

Le Président a cependant fixé des limites qu’il juge infranchissables, estimant que les intérêts politiques ne sauraient compromettre la cohésion nationale. « Aucune ambition personnelle ou partisane ne vaut plus que la paix de tous », a martelé Tshisekedi avant d’insister qu’«  aucune divergence politique ne doit être plus forte que l’unité de la République ; aucune stratégie de conquête ou de contestation du pouvoir ne doit fragiliser la souveraineté du peuple congolais. »

Abordant directement la question de la Constitution, sujet au cœur des controverses depuis plusieurs mois, Félix Tshisekedi a affirmé que le débat ne devait faire l’objet d’aucun interdit, tout en excluant toute démarche précipitée. « Dans une démocratie, aucune question d’intérêt national ne doit être confisquée ni interdite de réflexion. Mais aucun débat touchant au pacte fondamental de la Nation ne peut être conduit dans la précipitation, la manipulation ou l’obsession politicienne. »

Le Chef de l’État a rappelé que la Constitution demeure le socle de l’État de droit : « La Constitution n’est ni un instrument de circonstance, ni un objet de convenance. Elle organise notre vie commune, garantit l’équilibre de nos institutions, consacre les droits du peuple et protège la stabilité de la République. »

Dans ce même registre, il a justifié sa décision de transmettre à la Cour constitutionnelle la loi référendaire adoptée par les deux chambres du Parlement afin d’en vérifier la conformité avant une éventuelle promulgation. « C’est dans cet esprit de coopération interinstitutionnelle et de respect de l’État de droit que j’ai déféré cette loi à la Cour constitutionnelle, aux fins d’examen de sa constitutionnalité, avant sa promulgation éventuelle ».

Au-delà de l’aspect juridique, le Président a lancé un appel au dialogue, tout en avertissant que celui-ci ne saurait servir à contourner les institutions. Félix Tshisekedi a, en effet, prévenu que « le dialogue ne peut être détourné de son sens. Il ne saurait devenir un instrument de pression, de contournement des institutions ou de remise en cause de la volonté du peuple. »

Dans un contexte où les appels à manifester se multiplient, le garant de la nation a également adressé un avertissement contre toute dérive violente : « Le recours à la violence, aux armes, à la haine, à la désinformation ou à toute forme d’atteinte à notre souveraineté et à notre intégrité territoriale ne saurait constituer un mode d’expression politique. »

Enfin, le Chef de l’État a appelé aussi bien la majorité que l’opposition à privilégier la responsabilité face aux défis sécuritaires auxquels le pays est confronté. « Face aux défis qui pèsent sur notre pays, l’unité nationale n’est pas une option : elle est une exigence historique, elle est un impératif absolu. »

À quelques jours de la manifestation annoncée par l’opposition le 8 juillet, ces déclarations apparaissent comme une tentative de désamorcer une séquence politique potentiellement explosive. Alors que les organisateurs affirment vouloir exercer un droit constitutionnel de manifester pacifiquement, les autorités, de leur côté, insistent sur la préservation de l’ordre public.

Dans un pays encore confronté à une guerre persistante dans sa partie orientale, plusieurs acteurs nationaux et internationaux appellent désormais l’ensemble de la classe politique à faire preuve de retenue afin d’éviter que les tensions politiques ne dégénèrent en violences.

Congo Guardian

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