Alors qu’une frange de l’Union sacrée tente de présenter la récente déclaration de la CENCO sur la réforme constitutionnelle comme l’expression de « quelques évêques », l’examen des faits raconte une tout autre histoire. Avec 37 prélats signataires issus de toutes les six provinces ecclésiastiques du pays (liste des signatures en fin d’article), le message de l’épiscopat catholique apparaît comme l’une des prises de position les plus largement soutenues de ces dernières années, relançant le débat sur la véritable légitimité des acteurs qui s’affrontent autour de la question constitutionnelle.
La déclaration de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) sur le projet de réforme constitutionnelle continue de susciter de vives réactions dans les milieux politiques congolais. Depuis sa publication, une partie des cadres de l’Union sacrée de la Nation (USN), la plateforme soutenant le président Félix Tshisekedi, tente d’en relativiser la portée en soutenant qu’elle ne refléterait pas la position de l’ensemble de l’épiscopat catholique congolais.
Dans une déclaration faite mardi en réaction à ce message des évêques catholiques, cette frange de l’USN soutient, en effet, que ce message serait l’œuvre de « quelques évêques ».
Une lecture attentive du document et de la liste de ses signataires montre pourtant que cette polémique repose davantage sur une stratégie de communication que sur des faits établis. Contrairement à ce que suggèrent certains responsables de l’Union sacrée, cette prise de position ne peut être réduite à l’expression d’un groupe isolé au sein de l’Église catholique.
Le document porte en effet les signatures de trente-sept prélats (37), parmi lesquels les principaux archevêques métropolitains du pays, notamment le cardinal Fridolin Ambongo pour Kinshasa, Mgr Fulgence Muteba pour Lubumbashi, président de la CENCO, Mgr Marcel Utembi pour Kisangani, ainsi que les archevêques de Kananga et de Mbandaka-Bikoro.
Surtout, toutes les six provinces ecclésiastiques de la RDC sont représentées parmi les signataires. Les provinces de Kinshasa, Lubumbashi, Kisangani, Mbandaka-Bikoro, Kananga et Bukavu figurent toutes dans la liste des soutiens à la déclaration.
Ainsi donc, cette représentativité nationale confère au texte une légitimité institutionnelle difficilement contestable.
Même dans la province ecclésiastique de Kananga, où certaines signatures manquent, la quasi-totalité des juridictions majeures sont représentées. Les absences constatées à Mbuji-Mayi, Mwene-Ditu et Luebo ne remettent pas en cause le caractère largement majoritaire de l’adhésion épiscopale au message.
Sur la base des informations disponibles et du contexte ecclésial récent, en effet, il est possible de tirer plusieurs conclusions, avec toutefois une prudence méthodologique : l’absence d’une signature sur un message de la CENCO ne signifie pas automatiquement un refus d’adhésion au texte. Elle peut résulter d’une absence physique lors de la session, d’un empêchement, d’une signature non reprise dans la version publiée ou d’une réserve de fond.
Du reste, le secrétariat de la session des évêques n’a donné aucune précision à ce sujet, alors que Mgr Donatien Nshole, Secrétaire générale de la CENCO a assuré, dans un Space sur X, que le quorum requis pour leur assemblée était atteint.
Dès lors, l’argument consistant à présenter cette déclaration comme l’œuvre d’un courant minoritaire apparaît peu compatible avec la réalité des signatures apposées au document.
Paradoxalement, la véritable question de légitimité semble plutôt se poser du côté de certains auteurs de la riposte politique à la déclaration des évêques.
Ces derniers jours, une frange de l’Union sacrée a diffusé une contre-déclaration censée exprimer la position de la plateforme présidentielle face au message de la CENCO. Or cette initiative fait elle-même l’objet de sérieuses contestations internes.
Le Secrétariat permanent de l’Union sacrée a en effet publiquement démenti avoir convoqué une quelconque réunion ayant abouti à l’adoption d’une telle déclaration.
Ce démenti soulève des interrogations sur les conditions de préparation du texte ainsi que sur la qualité des personnes se réclamant de la plateforme présidentielle pour parler en son nom.
Autrement dit, alors que la légitimité de la déclaration de la CENCO repose sur une liste identifiable de trente-sept signataires représentant l’ensemble du territoire national et l’essentiel de la hiérarchie catholique congolaise, celle de ses contradicteurs apparaît beaucoup plus difficile à établir.
Au-delà de la question des signatures, c’est surtout le contenu même du message des évêques qui semble avoir provoqué l’irritation d’une partie de la classe politique au pouvoir.
Dans son message intitulé « La Nation est en péril », la CENCO met en garde contre les risques que pourrait engendrer l’ouverture d’un processus de révision ou de changement de la Constitution dans le contexte actuel du pays. Les évêques y expriment leur inquiétude face à ce qu’ils considèrent comme une initiative susceptible d’accentuer les fractures politiques et sociales alors que la République démocratique du Congo demeure confrontée à de multiples défis sécuritaires, économiques et institutionnels.
« Le moment n’est pas opportun pour engager un processus de révision ou de changement de la Constitution », avertissent les prélats, estimant que les priorités nationales se situent ailleurs, notamment dans la restauration de la sécurité, la consolidation de la cohésion nationale et l’amélioration de la gouvernance publique.
Les évêques appellent également les responsables politiques à éviter toute démarche susceptible de raviver les tensions et de détourner l’attention des préoccupations fondamentales des populations.
Au-delà de la controverse, cet épisode révèle surtout l’importance prise par le débat constitutionnel dans le paysage politique congolais. En intervenant publiquement sur cette question, l’Église catholique entend manifestement peser sur une discussion qu’elle juge déterminante pour l’avenir du pays.
Que l’on partage ou non son analyse, la portée de son message ne saurait être minimisée par une querelle sur sa paternité. Les signatures parlent d’elles-mêmes : rarement une déclaration épiscopale aura bénéficié d’un soutien aussi large au sein des principales structures de l’Église catholique en République démocratique du Congo.
Albert Osako






