Après plusieurs jours passés à parcourir les territoires de Boende, Monkoto et Bokungu, au cœur de la province de la Tshuapa, le Vice-Premier ministre et ministre de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, a achevé mardi sa mission économique dans cette partie du Congo profond. Une tournée qui aura permis de dresser un état des lieux précis des contraintes qui freinent le développement d’une région pourtant riche en ressources agricoles, forestières et humaines.
De la centrale électrique de Boende à l’Hôpital général de référence de Monkoto, des installations portuaires de l’ONATRA aux villages agricoles de Bokungu, le constat est revenu avec une régularité frappante : dans la cuvette centrale congolaise, la question du développement se résume d’abord à celle de la connectivité économique.
« Le problème de Bokungu, comme celui de Monkoto ou de Boende, n’est pas l’absence de potentiel économique. Les terres sont là, les ressources sont là et les populations sont là. Le véritable obstacle demeure le coût exorbitant du kilomètre parcouru entre le champ, le marché local, le port et les grands centres de consommation », a résumé le Vice-Premier ministre à l’issue de ses visites de terrain.
Une économie freinée par les coûts logistiques
Le diagnostic posé par le ministre est sans équivoque. Au regard de la valeur des marchandises transportées, les coûts logistiques observés dans plusieurs territoires de la Tshuapa figurent parmi les plus élevés du continent africain. Une situation qui pénalise directement les producteurs locaux et réduit considérablement leur compétitivité.

Les agriculteurs et opérateurs économiques doivent composer simultanément avec des routes de desserte agricole fortement dégradées, une desserte fluviale insuffisante, de multiples ruptures de charge, le coût élevé du carburant et de la maintenance des embarcations ainsi que divers prélèvements informels qui alourdissent les coûts de transport.
« Sans une réduction substantielle des coûts logistiques, aucune relance durable de la production locale ne sera possible », a insisté Daniel Mukoko Samba.
Cette problématique est apparue comme le fil conducteur de toute la mission, depuis les premières inspections à Boende jusqu’aux échanges menés à Bokungu avec les producteurs, les commerçants et les acteurs du transport fluvial.
L’informel devenu système de survie
À Bokungu, les visites dans plusieurs ports privés et lieux d’échanges commerciaux ont mis en lumière une autre réalité : face à l’absence ou à la faiblesse des infrastructures publiques, le secteur informel a progressivement développé ses propres mécanismes logistiques.
Les discussions avec les exploitants de baleinières et les opérateurs locaux ont montré comment ces réseaux privés assurent aujourd’hui une part essentielle du transport des personnes et des marchandises dans la région. Une adaptation qui témoigne à la fois de la résilience des populations et des insuffisances structurelles auxquelles elles sont confrontées.
Cette situation plaide, selon la délégation, en faveur d’une réflexion plus large sur la mise en place d’un véritable système national de continuité territoriale destiné à reconnecter durablement les provinces enclavées aux grands circuits économiques du pays.
Femmes maraîchères et agriculture locale en première ligne

La dernière étape de la mission a également été marquée par une rencontre avec les représentantes de la Ligue des femmes de Bokungu ainsi qu’avec l’Association des mamans maraîchères, qui fédère près d’une soixantaine d’associations locales. Les participantes ont exposé les difficultés auxquelles elles sont confrontées pour développer leurs activités, notamment le manque de semences améliorées, d’équipements agricoles et de matériels adaptés à la production maraîchère.
En réponse, Daniel Mukoko Samba a annoncé un premier appui gouvernemental à travers la mise à disposition de semences améliorées et d’équipements destinés à renforcer la production locale.
Cette initiative s’inscrit dans une approche plus globale visant à soutenir les filières agricoles locales tout en améliorant les revenus des ménages et la sécurité alimentaire.
L’université de Bokungu, symbole d’une ambition de développement

Au cours de son séjour, la délégation gouvernementale s’est également rendue sur le chantier du premier bâtiment de l’Université de Bokungu. Lancés en 2025, les travaux se poursuivent malgré les nombreuses contraintes liées à l’acheminement des matériaux depuis Kinshasa.
Pour les autorités locales, ce projet constitue un investissement stratégique dans le capital humain, indispensable pour accompagner la transformation économique de la région.

Le Vice-Premier ministre a par ailleurs indiqué que l’amélioration des infrastructures de santé ainsi que le renforcement des moyens de transport figureront parmi les priorités identifiées à l’issue de cette mission.
De la Tshuapa au reste du Congo profond
Cette tournée dans la Tshuapa intervient quelques jours seulement après une mission similaire menée dans le Sankuru voisin. Ensemble, ces déplacements dessinent les contours d’une même réalité : une grande partie du Congo intérieur dispose encore d’importantes réserves de croissance, mais demeure pénalisée par l’enclavement et la faiblesse des infrastructures économiques.
Pour Daniel Mukoko Samba, l’enjeu n’est donc pas seulement provincial. Il s’agit de repenser les connexions entre les bassins de production et les marchés de consommation à travers un programme national capable de restaurer la continuité territoriale, de réduire les coûts logistiques et de favoriser la circulation des biens, des personnes et des investissements.
La mission s’achève ainsi sur une conviction renforcée : dans la cuvette centrale congolaise, le défi majeur n’est pas l’absence de richesses, mais leur incapacité à atteindre les marchés.
« Cette mission dans la province de la Tshuapa aura permis de confirmer que le principal défi de nombreux territoires de la cuvette centrale n’est pas l’absence de ressources, mais leur déconnexion progressive des marchés », conclut le communiqué final de la mission.
À Kinshasa désormais, place à la traduction de ces constats en politiques publiques et en projets concrets de désenclavement.
JDW

