À Monkoto, le gouvernement explore les liens entre conservation, développement local et économie verte au cœur du plus grand parc forestier d’Afrique
Après avoir dressé à Boende un diagnostic préoccupant de l’état des infrastructures économiques de la Tshuapa, le Vice-Premier ministre et ministre de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, a poursuivi sa mission dans les profondeurs de cette vaste province du nord-ouest de la République démocratique du Congo. Direction : Monkoto, territoire situé aux portes du Parc national de la Salonga, l’un des plus importants espaces protégés du continent africain.

Cette deuxième étape de la tournée gouvernementale a permis de révéler une autre dimension du potentiel économique de la Tshuapa : celle de l’économie verte et de la valorisation durable des ressources naturelles.
Alors que les débats sur le développement de la RDC sont souvent dominés par les enjeux miniers ou les infrastructures de transport, Monkoto rappelle que le bassin du Congo abrite également des actifs environnementaux dont la valeur économique et stratégique ne cesse de croître à l’échelle mondiale.
La Salonga, pilier économique discret de la région
Au cours des échanges avec les responsables locaux, les représentants de l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN), les partenaires techniques ainsi que les acteurs communautaires, un constat s’est imposé : le Parc national de la Salonga ne constitue pas seulement un espace de conservation.
Dans cette région éloignée des grands centres urbains, il représente également l’un des principaux moteurs de l’activité économique locale.
Principal employeur de la zone, le parc génère directement et indirectement des revenus pour de nombreuses familles à travers les activités de surveillance, de conservation, de logistique, de transport et de services associés.
Cette réalité est souvent méconnue dans les débats nationaux, où les aires protégées sont encore perçues uniquement sous l’angle environnemental. À Monkoto, elles apparaissent aussi comme des instruments de stabilisation économique et sociale.
Un maillon stratégique du corridor vert congolais

La visite ministérielle a également permis de souligner l’importance géostratégique croissante du Parc national de la Salonga dans la politique environnementale de la RDC.
Classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, le parc constitue l’un des principaux réservoirs de biodiversité du bassin du Congo, deuxième poumon forestier de la planète après l’Amazonie.
Mais au-delà de sa fonction écologique, la Salonga occupe une place centrale dans le développement du corridor vert reliant le cœur du bassin du Congo à Kinshasa, un projet soutenu par les autorités congolaises et plusieurs partenaires internationaux dans le cadre des mécanismes mondiaux de lutte contre le changement climatique.
À cette époque où les marchés du carbone, les financements climatiques et les investissements liés à la préservation des forêts prennent une importance croissante, ces territoires pourraient devenir des actifs économiques majeurs pour la RDC.
Les défis du développement local demeurent
Cette richesse environnementale ne masque toutefois pas les difficultés auxquelles restent confrontées les populations locales.
Les discussions tenues à Monkoto ont mis en évidence plusieurs défis liés à la mobilité, à l’accès aux services sociaux et à l’amélioration des conditions de vie des communautés riveraines.
Comme dans d’autres territoires de la Tshuapa, l’enclavement continue de limiter les opportunités économiques et de renchérir les coûts d’accès aux marchés.
L’un des enjeux évoqués au cours des échanges consiste précisément à mieux articuler les objectifs de conservation avec les besoins de développement des populations vivant autour du parc.
Pour Mukoko Samba, qui relaie la pleine conviction du Gouvernement, la protection de l’environnement ne peut être durable que si elle s’accompagne d’opportunités économiques concrètes pour les communautés concernées.
La santé, autre priorité identifiée

La mission du Vice-Premier ministre a également comporté un volet social à travers la visite de l’Hôpital général de référence de Monkoto. Cette étape a permis d’évaluer les besoins du principal établissement sanitaire du territoire et de recueillir les préoccupations des responsables médicaux confrontés aux contraintes logistiques et matérielles qui affectent encore l’offre de soins dans cette partie du pays.
Comme dans de nombreuses zones rurales congolaises, les questions de santé publique demeurent étroitement liées aux problématiques d’infrastructures, de mobilité et de développement économique.
Une autre vision du développement du Congo profond
Après les infrastructures de transport observées à Boende et les enjeux de connectivité identifiés dans le Sankuru voisin, l’étape de Monkoto apporte une nouvelle dimension à la tournée de Daniel Mukoko Samba : celle d’un développement fondé sur la valorisation durable du capital naturel.
À travers la Salonga, la Tshuapa illustre une évolution de plus en plus présente dans les réflexions économiques contemporaines : les forêts, la biodiversité et les services environnementaux ne sont plus seulement des patrimoines à protéger, mais également des ressources susceptibles de générer des revenus, des emplois et des investissements.
L’enjeu, pour le gouvernement, consiste désormais à transformer ce potentiel en opportunités concrètes pour les populations locales tout en préservant un écosystème dont l’importance dépasse largement les frontières de la province.
Dans les profondeurs de la Tshuapa, la mission économique de Daniel Mukoko Samba révèle ainsi une autre facette du Congo profond : celle d’un territoire où développement économique, conservation et transition écologique pourraient, demain, avancer de concert.
JEK

