RDC – Faux bruits et imputations dommageables : l’UNISIC saisit le parquet général contre ses détracteurs

L’Université des Sciences de l’Information et de la Communication (UNISIC) est passée à l’offensive judiciaire. Victime d’une « campagne de diffamation » menée sur les réseaux sociaux et certains médias en ligne, l’institution d’enseignement universitaire a décidé de riposter sur le terrain pénal et disciplinaire. Elle a déposé une plainte contre X pour « faux bruits et imputations dommageables » auprès du Procureur Général près la Cour d’Appel de Kinshasa/Gombe, ainsi qu’une plainte devant le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSAC).

La Procureure Générale près la Cour d’Appel de Kinshasa/Gombe a été saisie sous le numéro 207 /CAB/MNL/PM/D.037/2026 par lettre date du 10 juin 2026, et le Président du CSAC sous le numéro 208 /CAB/MNL/PM/D.037/2026 en date du 15 juin 2026.

Cette double saisine fait suite à une série d’articles et de propos audiovisuels visant directement la nouvelle rectrice, la Professeure Espérance Bayedila Tshimungu, et son comité de gestion, nommé par arrêté ministériel et installé dans le cadre d’un vaste assainissement du secteur mené par le Ministère de l’enseignement supérieur et universitaire. La campagne en est même arrivée à annoncer la mort de la Rectrice sur les réseaux sociaux, alors qu’elle est bien vivante.

Une campagne « orchestrée par des mécontents

Si les détracteurs sont « inconnus » aux yeux de la loi, les observateurs avertis ont une idée très précise de l’origine de cette cabale. Tout est parti d’une purge sans précédent menée par le nouveau comité de gestion pour rétablir les règles au sein de l’établissement. Plus ou moins 200 agents et enseignants, dont les engagements, ont ainsi été remerciés pour des raisons diverses liées généralement à l’irrégularité de leur engagement ou à des défauts de qualification.

Me Papy Bilo, l’un des avocats du célèbre cabinet Mbu Ne Letang – dirigé par Maître Yvette Mbu Letang –, a livré une analyse sans ambages de cette campagne : « L’UNISIC a un comité de gestion actuel qui est en train de travailler dans le retour de la norme et des régularités. Seulement les personnes habituées à l’anormal, habituées à l’irrégularité sont contre ce nouvel élan qu’a pris le comité de gestion actuel ». Pour l’UNISIC, selon ses avocats, cette campagne de dénigrement est donc « orchestrée et menée par despersonnes qui tentent de discréditer un nouvel élan de transparence.

Une plainte détaillée pour « faux bruits et imputations dommageables »

La plainte déposée le 10 juin 2026 auprès du Procureur Général énumère avec précision les griefs et les auteurs présumés. L’UNISIC y dénonce « les multiples propos diffamatoires et imputations dommageables qui portent atteinte à son image et celle de membres de son comité de gestion nouvellement nommée », émanant de « personnes inconnues opérant en ligne via les réseaux sociaux mais agissant sous diverses pseudonymes et médias en ligne », dont notamment New Narratif RDC, Marketnew.com, Aimé KUYUMISA, Aimé MAKENGO, Joël EKUTSHU, et VUNGULE MAYALA Alexandre.

Le premier grief concerne une publication du 31 mai 2026 du média en ligne New Narratif RDC, sous la signature d’un certain Aimé KAYUKISA, qui a titré : « UNISIC sous l’ère BAYEDILA : du sanctuaire du savoir à la République de privilèges », traitant ainsi l’UNISIC d’être devenue « un lieu de tribalisme et népotisme ».

Avant cela, le 28 mai 2026, détaille encore la plainte dont Congo Guardian a pris connaissance, ce même média avait publié : « UNISIC une nouvelle bourde : le comité de gestion de l’UNISIC semble privilégier le profil financier au détriment des critères académiques, en cherchant à se créer une santé financière au détriment des étudiants reléguant ainsi l’excellence académique au second plan ».

L’UNISIC, par ses avocats, reproche également à ces médias d’avoir « publié une fausse liste de paie de membres du comité de gestion en gonflant de gros montant de salaire aux membres du comité et leur cabinet qu’il qualifie d’une opulence insolente du sommet face au dénuement de la base », et de s’être « hasardeusement permis de comparé aux faux montant de salaires de l’ancien comité de gestion dans le but d’exposer le comité de gestion actuel de la cliente au mépris, désaveu et à la révolte de son personnel ».

Pour sa part, Marketnew.com, sous le pseudonyme de Joël EKUTSHU, s’est permis, selon la même plainte, d’attribuer « outragement des propos à la rectrice de ma cliente en ces termes : l’UNISIC n’a pas été créée par TSHILOMBO ». La plainte précise que ce propos est « totalement faux » et qu’il a été attribué sans citer le nom du professeur concerné.

Le 3 juin 2026, poursuit la plainte, le même média a qualifié les membres du comité de gestion comme étant « membres de l’opposition, plateforme C64, qui ont appelé les étudiants à observer la ville morte décrétée par cette dernière, dans le but de nuire et discréditer ma cliente d’être devenu un lieu politique ».

Des infractions prévues par le Code pénal

L’UNISIC estime que ces agissements sont constitutifs des infractions de « faux bruits et imputation dommageables », prévues par les articles 199 bis et 74 du CPLII. L’article 199 bis punit quiconque, « en répandant sciemment de faux bruits de nature à alarmer les populations, à les inquiéter ou les exciter contre les pouvoirs établis, aura porté ou aura cherché à porter le trouble dans l’Etat ».

L’article 74 punit quant à lui celui qui « a méchamment et publiquement imputé à une personne un fait précis qui est de nature à porter atteinte à l’honneur ou à la considération de cette personne, ou à l’exposer au mépris public ».

Les avocats montent au créneau

Me Papy Bilo, entouré de ses confrères Me Dany Gere et Miller Ngongo Mumbie, a tenu une déclaration ferme lors du dépôt de la plainte : « Nous sommes venus déposer une plainte contre des personnes qui sont en train de diffamer l’UNISIC aujourd’hui, utilisant les réseaux sociaux comme moyen de pouvoir discréditer cette grande institution ». Il a ajouté : « En tant qu’avocats de l’UNISIC, ancienne IFASIC, nous ne pouvons pas permettre que des personnes inconnues, passant sur les réseaux sociaux et ignorant même qu’il existe un code numérique aujourd’hui en RDC, puissent commencer à tenir des propos diffamatoires, des propos outrageants contre notre cliente l’UNISIC, cette grande institution qui a formé plusieurs figures emblématiques qui sont en train de rayonner et défendre la République démocratique du Congo aujourd’hui et qui domine l’arène médiatique congolaise ».

Pour sauver « l’image, la considération et l’honneur de l’UNISIC », les avocats ont également saisi les « services spécialisés qui vont travailler ensemble avec le parquet général pour mettre la main sur ces cybercriminels ». Me Bilo a conclu : « Puisque nous ne sommes pas dans un régime de l’impunité, nous faisons confiance à notre justice parce que l’image de l’UNISIC doit être lavée et sauvegardée. Nous sommes venus déposer la plainte afin que la justice soit faite envers l’UNISIC et son comité de gestion, et que la force reste à la loi ».

L’UNISIC saisit également le CSAC

Parallèlement à la saisine du Parquet général, une plainte a été déposée devant le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSAC) pour demander au régulateur des médias de « prendre dispositions et compétences afin de faire cesser cette cabale contre son image et sa crédibilité ».

L’institution rappelle, par ses avocats, qu’elle a formé « plusieurs figures emblématiques médiatiques qui servent la nation au haut niveau de responsabilité, capable de défendre le pays sur le plan médiatique surtout dans cette période où le pays est contraint dans une guerre médiatique » et ne peut laisser salir sa réputation. L’UNISIC précise que si elle n’est « pas contre des opinions diverses qui peuvent s’élever contre elle », ces opinions doivent être exprimées « de manière démocratique dans le but de ne pas nuire à cette grande institution ».

JDW

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