UNISIC : Révélations de l’IGF sur les années tumultueuses de la gestion Kambayi

Alors que la quiétude retrouvée à l’Université des sciences de l’information et de la communication (UNISIC, ex-IFASIC anciennement ITI) tend à être troublée par une campagne médiatique larvée aux motivations inconnues, des révélations inattendues se font jour sur ce qu’aura été la gestion de cette institution pendant les années troubles dont les nostalgiques semblent ne pas vouloir démordre.

Tel une sentence du karma, ces révélations ne sont autres que les vérités cachées du rapport d’un contrôle que l’IGF avait mené à l’UNISIC pendant cette période où se trouvaient aux prises le comité de gestion et les syndicats, ceux-ci s’inquiétant à l’époque de la gestion de plus en plus scabreuse qui s’installait.

Les oripeaux de la mégestion et l’accablant verdict

Indicateur de la descente aux enchères : népotisme, tribalisme, engagements inconsidérés, gabegie financière, opacité managériale, etc. Conséquence, apparition des impaiements des primes et autres formes de privations que le personnel ne s’explique pas. Le bras de fer va donc aboutir à la commission de ce contrôle dont les conclusions révèlent de véritables cadavres.

C’est, en effet, un verdict accablant que rend l’IGF au terme de ce contrôle ayant couvert la période allant de 2021 à 2024. L’enquête, matérialisée par les ordres de mission n° 264/PR/IGF/IG-CS/JAK/BEP/2024 du 05 septembre 2024 et n° 014/PR/IGF/IG-CS/JAK/BEP/2025 du 10 février 2025, a abouti, en effet, à une « Feuille d’observations provisoires » qui dresse un tableau consternant des pratiques financières sous l’ère de l’ex-recteur Kambayi Bwatshia.

Conformément à la procédure en la matière, l’IGF avait accordé un délai de cinq jours ouvrables à l’UNISIC pour fournir des réponses motivées. Mais après vérification de Congo Guardian auprès des services de l’UNISIC, le Comité de gestion d’alors n’y avait réservé aucune suite, et passé le délai, les observations étaient devenues définitives, et l’équipe de contrôle en tira « toutes les conséquences de fait et de droit ».

Au fil des pages, les inspecteurs dressent le portrait d’un établissement où les avantages se multipliaient avec une créativité remarquable, tandis que les principes élémentaires de traçabilité comptable semblaient, eux, bénéficier d’un régime d’allègement particulièrement généreux.

Le festin des avantages sans texte

Parmi les découvertes les plus surprenantes figure le paiement d’un avantage baptisé « alimentation humaine », accordé notamment au Recteur et à certains membres du Comité de gestion. Problème : l’IGF affirme n’avoir trouvé aucun fondement légal ou réglementaire justifiant cette dépense, mais les montants relevés donnent le vertige : plus de 57 millions de FC et 950 dollars en 2023, près de 19 millions en 2024 et plusieurs millions supplémentaires en 2022.

Comme si cela ne suffisait pas, les inspecteurs évoquent également des « frais de représentation » distribués à l’occasion de diverses activités, parfois même lors de réunions internes. Là encore, l’IGF souligne l’absence de texte réglementaire encadrant ces paiements.

Avantages indus et des millions évaporés

Alors que l’IGF déplore un « laxisme » administratif, les chiffres, eux, sont implacables. Le rapport pointe une gestion où les caisses ont été traitées sans aucun contrôle, laissant apparaître, par exemple, un trou de plus de 1,6 milliard de FC en recettes non justifiées pour la seule année académique 2022-2023.

L’équipe de contrôle a découvert notamment que le Recteur et les membres du Comité de Gestion ont bénéficié d’avantages pécuniaires sans fondement légal. Rien qu’en 2023, les « frais de représentation » se sont élevés à 34 690 000 CDF et 7 355 USD, tandis que les primes liées aux réunions (jetons de présence, carburant, communication) ont atteint des sommets. Pour l’année académique 2022-2023, les « jetons de présence » ont absorbé 95 470 000 CDF, les « collations » 130 068 150 CDF, et les « frais de communication » 58 170 000 CDF, souvent sans aucune délibération préalable.

Une comptabilité « embryonnaire » et des surfacturations massives

La mission a également mis en lumière une comptabilité financière inexistante, en violation des dispositions du droit comptable. Les rapports présentés ne reposent sur aucun grand livre, ce qui a permis une sous-estimation massive des recettes. L’IGF a constaté que les encaissements réels des frais payés par les étudiants sur les comptes bancaires dépassaient les montants déclarés dans les rapports financiers. Selon les calculs des inspecteurs, ces dépassements auraient généré un trop-perçu de plus de 2,68 milliards de francs congolais pour l’année académique 2021-2022 et de plus de 2,75 milliards de francs congolais pour 2022-2023.

Autrement dit, pendant que les étudiants cherchaient les moyens de financer leurs études, les frais universitaires semblaient suivre leur propre trajectoire. L’IGF relève, en effet, l’absence de certains journaux de caisse, l’existence de folios manquants et même des pages qui auraient été arrachées. Des recettes perçues à travers différents frais et attestations n’auraient pas toujours été enregistrées dans les documents comptables consultés.

Les inspecteurs s’interrogent également sur la destination de certains fonds retirés des comptes bancaires pour alimenter les caisses de l’université, sans qu’une traçabilité suffisante puisse être établie.

Parallèlement, les inspecteurs ont constaté que l’établissement avait régulièrement surfacturé les étudiants en dehors des cadres réglementaires. Les frais de scolarité ont été perçus à des taux bien supérieurs aux instructions académiques, générant un trop-perçu de 2 682 400 000 CDF pour 2021-2022 et de 2 759 475 400 CDF pour 2022-2023.

L’arrêt de caisse du 10 mars 2025 a même révélé des excédents non justifiés de 17 954,30 USD et 255 800,00 CDF.

Des pièces manquantes et des soupçons de détournement

Les investigations ont également révélé que près de 588 opérations représentant un total de 1 781 067 034 CDF et 607 479,66 USD, sont dépourvues de pièces justificatives pour les exercices 2022 et 2023. A cela s’ajoute un problème de numérotation des ordonnances de paiement, qui sont sans numéros séquentiels depuis juillet 2022, rendant quasi impossible le rapprochement bancaire. De nombreuses sorties de fonds, estimées à 395.165.422 CDF et 252.764 USD pour la période 2022-2023, ne sont couvertes par aucune pièce requise.

Absence de fiscalité et opacité des marchés publics

L’IGF reproche également à l’UNISIC de ne pas s’être acquittée de son obligation fiscale, notamment en ce qui concerne l’Impôt Professionnel sur les Rémunérations (IPR). Enfin, un flou total entoure les marchés de construction et d’équipement, dont les montants cumulés pour les années 2021 à 2023 s’élèvent à 353.520.540 CDF pour les constructions et 190.943.250 CDF pour les équipements.

Il faut rappeler que ces révélations issues du contrôle rigoureux mené sous l’ère de l’intrépide Jules Alingete s’inscrivaient dans le cadre de la procédure contradictoire permettant aux responsables concernés d’apporter leurs explications et justifications, mais le comité Kambayi avait choisi de n’y réserver aucune suite, ce qui fit tirer les conclusions qui s’imposaient.

Une chose est certaine : ces observations devenues conclusions de l’IGF ont levé le voile sur ce qui aura été l’un des épisodes les plus controversés de l’histoire récente de l’UNISIC. Et désormais, pour une université chargée de former les futurs professionnels de l’information, l’actualité du moment est ironique : c’est désormais sa propre gestion qui se retrouve au centre de toutes les révélations. Kwajiki…

JDW

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