Alors que la République démocratique du Congo fait face à sa 17ᵉ flambée d’Ebola, le Directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a réaffirmé vendredi soir à Kinshasa la confiance de la communauté internationale dans la capacité du pays à maîtriser cette nouvelle épidémie, à l’issue d’une audience accordée par la Première ministre, Judith Suminwa Tuluka.
En visite officielle en RDC, le patron de l’OMS est venu témoigner du soutien de son institution aux autorités congolaises engagées dans la riposte contre la souche Bundibugyo du virus Ebola, apparue dans l’Est du pays et qui mobilise actuellement d’importants moyens sanitaires nationaux et internationaux.
Une crise complexe, mais une expertise reconnue
Face aux inquiétudes suscitées par cette nouvelle flambée, Tedros Adhanom Ghebreyesus s’est voulu rassurant. Selon lui, malgré les contraintes liées aux mouvements des populations, aux difficultés d’accès dans certaines zones affectées et au contexte sécuritaire de l’Est du pays, la RDC dispose aujourd’hui d’une expérience unique dans la gestion des épidémies d’Ebola.
« Nous savons que c’est une crise assez complexe, mais la RDC dispose déjà d’une vaste expérience dans la lutte contre le virus. Nous sommes certains que nous serons en mesure de contenir cette épidémie une fois de plus », a déclaré le Directeur général de l’OMS.
Le responsable onusien a également salué la vision défendue par la Première ministre, qui considère que cette crise sanitaire doit servir de catalyseur pour renforcer durablement le système national de santé.
Selon lui, les investissements déjà engagés par le Gouvernement congolais, conjugués à l’appui des partenaires internationaux, constituent des atouts majeurs pour la réussite de la riposte.
« Du côté de l’OMS, nous donnerons tout le soutien possible au Gouvernement congolais », a-t-il assuré.
Les premières guérisons redonnent de l’espoir
Cette visite intervient alors qu’un signal encourageant vient d’être enregistré dans la lutte contre l’épidémie. À Bunia, épicentre de la flambée actuelle, cinq patients infectés par le virus Ebola de souche Bundibugyo ont officiellement été déclarés guéris et ont quitté les structures de prise en charge. Parmi eux figurent quatre infirmiers ainsi qu’un agent de laboratoire.
Présent à Bunia le 31 mai pour inaugurer un nouveau centre de traitement Ebola, Tedros Adhanom Ghebreyesus a salué ces guérisons comme un message d’espoir pour les populations.
« Nous travaillons encore sur les vaccins et les traitements, mais cela ne signifie pas que les personnes atteintes d’Ebola ne peuvent pas guérir », a-t-il déclaré.
Ces premiers cas de guérison confirment l’importance du diagnostic précoce et de la prise en charge rapide des patients, même en l’absence, à ce stade, de vaccin homologué contre la souche Bundibugyo.
L’absence de vaccin demeure un défi
Interrogé sur les difficultés particulières liées à cette souche du virus, le Directeur général de l’OMS a rappelé que le virus Bundibugyo, identifié pour la première fois en 2007 en Ouganda, reste relativement peu documenté comparativement à d’autres formes d’Ebola.
Le nombre limité de cas observés lors des précédentes flambées n’a pas permis d’accélérer suffisamment les essais cliniques susceptibles d’aboutir à un vaccin homologué ou à un traitement spécifique. Plusieurs candidats vaccins et traitements expérimentaux sont néanmoins en cours de développement.
En attendant, la stratégie repose principalement sur la détection rapide des cas, le suivi des contacts, l’isolement des personnes infectées, la surveillance communautaire et le renforcement des capacités des structures sanitaires.
L’OMS plaide contre les fermetures de frontières
Le patron de l’OMS a également critiqué les restrictions de voyage et les mesures de fermeture de frontières adoptées par certains États à l’égard des voyageurs en provenance de la RDC.
Selon lui, l’expérience internationale montre que ces mesures produisent des résultats limités tout en risquant de décourager la transparence et la coopération entre pays.
« La meilleure stratégie est de soutenir la lutte à l’épicentre », a-t-il estimé, appelant les partenaires internationaux à concentrer leurs efforts sur les zones touchées plutôt que sur des mesures d’isolement.
Transformer l’urgence en opportunité
Au-delà de la réponse immédiate à l’épidémie, Tedros Adhanom Ghebreyesus a insisté sur la nécessité d’agir sur les causes profondes qui favorisent la récurrence des flambées d’Ebola en RDC.
Selon lui, certaines pratiques communautaires à risque, notamment lors des cérémonies funéraires, continuent de contribuer à la propagation du virus lorsqu’elles ne sont pas adaptées aux exigences sanitaires.
Le Directeur général de l’OMS plaide ainsi pour une approche intégrée combinant renforcement du système de santé, sensibilisation communautaire, amélioration de la surveillance épidémiologique et coopération internationale.
Sa visite à Bunia, où il devait rencontrer les équipes engagées sur le terrain, s’inscrit dans cette dynamique de mobilisation internationale autour d’une épidémie que les autorités sanitaires congolaises espèrent contenir rapidement.
Pour l’OMS, la RDC dispose aujourd’hui d’un atout majeur : une expertise forgée par plusieurs décennies de lutte contre Ebola. Une expérience qui pourrait une nouvelle fois permettre au pays de transformer une crise sanitaire majeure en opportunité de consolidation de son système de santé et de renforcement de sa résilience face aux futures épidémies.
JDW

