Infrastructures : La RDC lance les travaux d’élaboration de ses propres normes de construction, une première depuis son indépendance

Le gouvernement, par l’entremise du ministère des Infrastructures et Travaux publics (ITP), a officiellement lancé, ce mardi à Kinshasa, les travaux de la Commission nationale chargée de l’élaboration des normes de construction des infrastructures et travaux publics (CNE-ITP) en République démocratique du Congo. Une initiative inédite soixante-six ans après l’indépendance, placée sous le haut patronage de la Première ministre, Judith Suminwa Tuluka, et destinée à doter le pays d’un référentiel technique adapté à ses réalités.

« 66 ans après notre indépendance, nous structurons enfin le secteur »

Devant un parterre d’experts, de représentants des institutions techniques et de membres du gouvernement, le ministre des ITP, John Banza Lunda, a d’abord rendu hommage au chef de l’État, Félix Tshisekedi « qui est en train de structurer le secteur et qui vient de lancer, après la première conférence nationale sur les infrastructures, l’atelier d’élaboration des normes, 66 ans après notre indépendance ». Il a ensuite fait le lien avec les assises récentes qui ont balisé le chemin à ce moment historique.

 « Ces travaux font suite aux recommandations des états généraux des travaux publics qui se tenaient également pour la toute première fois en RDC », a, en effet, rappelé John Banza qui a également fait savoir que cette dynamique s’inscrit dans une volonté de rupture avec les pratiques passées.

« Nous ne pouvons plus accepter que des ouvrages publics se dégradent prématurément, que les routes se détériorent à peine livrées, que des bâtiments soient construits sans garantie suffisante ou que des matériaux circulent sans certification adaptée à nos réalités », a-t-il martelé en effet.

« Une norme bien conçue protège les vies humaines » : l’enjeu et la finalité des travaux

Poursuivant son propos, John Banza Lunda a longuement insisté sur l’importance capitale de ces travaux. « Les pays ont besoin de règles claires, d’exigences techniques crédibles et d’un système de normalisation qui parle le langage du terrain autant que celui de l’excellence », a-t-il posé en principe avant de détailler la mission confiée à la commission : « Elle devra produire un référentiel national rigoureux adapté aux spécificités de notre territoire, à notre climat, à nos sols, à notre hydrographie, à nos matériaux locaux et à nos priorités de développement. »

Et de fixer le cap : « Nous attendons des résultats concrets, des propositions normatives opérationnelles, des textes applicables et une hiérarchisation claire des priorités. Nous attendons surtout que ce travail débouche sur des normes utiles pour les routes, pour les bâtiments, pour les ouvrages d’art, pour les matériaux, pour le contrôle qualité, pour la maintenance et pour la résilience des infrastructures. »

John Bannza Lunda a ensuite élevé le débat en expliquant la portée multidimensionnelle de l’enjeu. « L’enjeu n’est pas seulement technique, il est aussi économique, social, voire politique. Une norme bien conçue protège les vies humaines, préserve les investissements publics, améliore la transparence dans la commande publique et renforce la confiance des citoyens dans l’action de l’État », a-t-il déclaré. Et d’ajouter, plus insistant sur la qualité et la norme : « Elle permet aussi au pays d’avancer avec une meilleure harmonisation avec les standards régionaux et internationaux, notamment celles de l’ISO et de l’ARSO, tout en gardant une capacité nationale d’adaptation et d’innovation. »

S’adressant directement aux experts, le Ministre des ITP, organisateur de ces travaux historiques, les a exhortés à l’ambition utile : « Le pays n’attend pas de vous des formulations abstraites. Il attend des normes qui orientent les chantiers, qui sécurisent les ouvrages, qui renforcent la qualité des études, qui améliorent la réception des travaux et qui garantissent la durabilité des infrastructures ».

Et de marteler encore : « Votre travail devra être guidé par un impératif : produire des standards qui soient à la fois techniquement solides, économiquement réalistes et immédiatement exploitables. »

Un acte de souveraineté et un choix de vision, selon Judith Suminwa

Prenant la parole à son tour pour l’ouverture des travaux, la cheffe du gouvernement, Judith Suminwa Tuluka, a d’emblée salué l’action et la détermination du ministre des Infrastructures et Travaux publics. « Je voudrais exprimer ma reconnaissance au ministre des ITP pour l’initiative et la mobilisation autour de cette réforme structurante », a-t-elle déclaré, après avoir rendu un hommage appuyé au Président de la République.

 « C’est conformément à la vision du Chef de l’État, Son Excellence Monsieur Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, que nous agissons. Sa volonté de bâtir une RDC moderne, ordonnée et tournée vers l’avenir est le socle de cette ambition normative », a dit Judith Suminwa qui a ensuite souligné que cet atelier dépasse le simple cadre technique et « marque une étape importante dans la volonté du gouvernement de doter notre pays d’un cadre normatif national, moderne, cohérent, crédible et adapté aux exigences de notre développement. Il s’agit d’un acte de souveraineté, d’un choix de vision et d’un engagement ferme en faveur de la qualité, de la sécurité et de la durabilité des ouvrages qui structurent notre avenir ».

Déclarant, par ailleurs, que « la République démocratique du Congo ne peut pleinement bâtir son développement sur une dose d’improvisation, ni sur la dépendance permanente à des référentiels qui ne tiennent pas toujours compte de nos réalités », la cheffe de l’exécutif national a rappelé les drames du passé pour ensuite souligner l’importance du travail qui consiste à normer les infrastructures congolaises par les Congolais et pour les Congolais.

 « Une norme juste, bien élaborée et bien appliquée est une garantie contre les malfaçons, contre le gaspillage des ressources publiques, contre la fragilité des ouvrages et contre les drames que peuvent provoquer des constructions mal conçues », a-t-il dit avant d’inviter, pour cela, les experts à concilier rigueur scientifique, faisabilité économique et intérêt général dans leurs travaux.

Pour une synergie de toutes les parties prenantes autour d’une initiative stratégique portée avec détermination

En ouverture de la cérémonie, le Secrétaire général à la reconstruction a salué la présence des experts dans la salle et en visioconférence comme « un signe fort d’attachement à la patrie » avant de rendre un hommage appuyé à la Première ministre « pour avoir accepté de patronner cette cérémonie et de rehausser de sa présence ces moments historiques pour notre secteur. » Une présence qui, a-t-il encore souligné, « traduit l’attention particulière que le gouvernement accorde à la normalisation des infrastructures, à la qualité des ouvrages et à la modernisation de notre cadre technique national. »

Il a également salué l’engagement du ministre John Banza Lunda dont la vision des infrastructures et travaux publics lui a fait porter avec détermination cette initiative stratégique. « Son engagement traduit une conviction forte : la RDC doit se doter de normes nationales adaptées à ses réalités pour mieux encadrer la conception, la construction, le contrôle et l’entretien de ses infrastructures », a-t-il encore reconnu

A son tour, le patron de l’administration des infrastructures et de la reconstruction nationale a appelé à renforcer la synergie entre administrations, privé, société civile et partenaires techniques pour aboutir à des normes robustes et réalistes.

Les travaux de la Commission nationale, qui devraient durer plusieurs semaines, voire des mois, doivent produire une première génération de normes prioritaires couvrant routes, bâtiments, ouvrages d’art, matériaux, contrôle qualité, maintenance et résilience climatique.

Jonas Eugène Kota

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